La Guerre des Mondes de H.G. Wells (1898) par Bruce Kraft

RED HOT MARTIANS PEPPERS.

L’Angleterre, dans le roman, et les Etats-Unis dans le film, sont en proie à une invasion martienne surprise qui va mettre la Terre à feu et à sang. Que ce soit le journaliste, du roman de Wells, ou le grutier Ray et ses enfants Rachel et Robby, dans le film, vont devoir survivre dans cette débâcle que vont connaître les habitants de la Terre.

 

Grand classique de la SF, voir LE classique de la thématique « Invasion extra-terrestre », c’est avec grand plaisir que je me suis attaqué à ce livre lu il y a fort longtemps et dont quelques souvenirs venaient chatouiller mon cortex cérébral à de trop rares occasions. H.G. Wells, considéré comme le « Jules Verne anglais », écrivit son livre en 1898 et, croyez le ou pas, son style d’écriture teinté d’un certains lyrisme inhérent aux livres de l’époque a traversé les siècles sans prendre une ride bien qu’il soit « thématiquement » ancré dans son époque. D’ailleurs, il est presque indispensable de se remettre dans le contexte de cette Angleterre du 19ème siècle pour comprendre la démarche de H.G. Wells.

« À cette heure-là, j’étais chez moi, écrivant, assis devant mon bureau, et bien que mes fenêtres s’ouvrissent sur Ottershaw et que les jalousies aient été levées – car j’aimais à cette époque regarder le ciel nocturne – je ne vis rien du phénomène. Cependant, la plus étrange de toutes les choses qui, des espaces infinis, vinrent sur la Terre, dut tomber pendant que j’étais assis là, visible si j’avais seulement levé les yeux au moment où elle passait (…) Personne ne paraît s’être préoccupé de rechercher, cette nuit-là, la masse tombée. »

En effet, Wells justifie l’écriture de « La guerre des mondes » en dénonçant l’attitude des pays colonisateurs de son époque ,qui était assez barbare et sanglante, en les comparant aux martiens colonisant notre bonne vieille Terre. Il faut savoir que l’auteur est habité par les idées du socialisme même s’il se retrouvera bien souvent en désaccord avec les membres de son parti. Wells est favorable à un « état monde » où il veut mettre les sciences à l’honneur, faire disparaître le nationalisme et faire grimper socialement les citoyens grâce au mérite et non plus grâce aux avantages de la naissance dans un milieu social aisé.

Le thème du colonialisme « irréfléchi », bien que Wells reprennent des idées Darwiniennes sur la lutte pour l’espace vital, revient au travers du roman dans plusieurs passages avec certaines réflexions et leçons de morale pas piquées des vers et qui, d’une certaine manière, obtiennent une résonance en 2010 sur la politique extérieure de certains pays. Comme je vous le disais, Wells fait donc de ce roman un véritable instrument critique où l’humanité est quelque part punie de son arrogance et son sentiment de supériorité.

« C’est comme les hommes avec les fourmis. A un endroit, les fourmis installent leurs cités et leurs galeries; elles y vivent, elles font des guerres et des révolution, jusqu’au moment où les hommes les trouvent sur leur chemin, et ils en débarassent le passage. C’est ce qui se produit maintenant…nous ne sommes que des fourmis. Seulement…. »

Un sentiment de supériorité mis à mal avec un dénouement des plus original, déjà pour nous, qui a du faire frémir plus d’un contemporain du livre qui ne devait pas s’attendre à ce que « l’infiniment petit »(Je ne dirais pas ce que c’est pour ceux qui n’ont pas lu le livre!!) aussi mortel et craint pour l’époque, et que l’on combattait tant bien que mal, ne devienne le véritable « héros » de l’histoire. Et oui car le personnage principal, et narrateur du récit,que vous suivrez tout au long de ces pages n’est en fait qu’un simple spectateur de l’invasion martienne qui va écrit en fait ses mésaventures pendant l’invasion et s’acharne à tout décrire.

Comme vous le savez peut-être, je ne suis pas un fan de la description (« Germinal »….poubelle!!) (« Bruce t’es un ignare » note de MS!!!) et le récit de notre journaliste regorge de descriptions géographiques (Celui qui ne connaît pas les alentours de Londres va se régaler!! Hum!) qui parfois alourdissent l’ensemble. Le deuxième point noir est le récit des aventures de son frère qui va apparaître au milieu du livre et puis….plus rien!! On n’en saura pas plus de la fuite de ce dernier. Frustrant.

Notons que Wells était la cible de critiques qui lui reprochaient de ne pas être assez « scientifique »  et plus dans « l’action » par rapport à Jules Verne dans son écriture bien que ce roman laisse une grande part aux sciences avec des explications et des descriptions de Mars et son « atmosphère », des martiens et de leurs sympathiques « us et coutumes », des machines de guerre déployées par les envahisseurs…Ce qui est déjà fort complet je trouve.

« Le colosse décapité chancela comme un géant ivre; mais il ne tomba pas. Par un véritable miracle, il retrouva son équilibre et sans plus prendre garde où il allait, l »étui générateur du Rayon Ardent maintenu rigide en l »air, il s »élança rapidement dans la direction de Shepperton. L »intelligence vivante, le Martien qui habitait la tête, avait été tué et lancé aux quatre vents du ciel, et l »appareil n »était plus maintenant qu »un simple assemblage de mécanismes compliqués tournoyant vers la destruction. Il s »avançait, suivant une ligne droite, incapable de se guider. Il heurta la tour de l »église de Shepperton et la démolit, comme le choc d »un bélier aurait pu le faire ; il fut jeté de côté, trébucha et s »écroula dans la rivière avec un fracas formidable. »

 

Ne chipotons pas car le roman contient en plus de nombreux passages vraiment excellents avec  l’attaque des « tripodes » au bord de la rivière, le passage de la « cave », la découverte des sombres desseins des martiens, le désastre maritime….Un roman qui se veut noir et qui devient presque une étude de comportement décrivant les scènes de panique et le changement d’attitude d’une population en proie à l’apocalypse. D’ailleurs, le personnage principal sera lui-même victime de ce changement de personnalité qu’il expliquera tant bien que mal avec une certaine lucidité et une volonté d’être pardonné pour ses actes.

Un roman culte suintant les idées socialistes et utopistes(?) de Wells et qui va inspirer de manière irrémédiable avec cette nouvelle approche de la SF le monde de la littérature, de la BD et du cinéma….bien entendu. Ce que nous verrons avec le film de Spielberg dans une deuxième partie.

Excellent, encore!!

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6 commentaires

  1. Très bonne analyse d’un bouquin que je n’ai pas lu, ça donne bien envie de s’y plonger! L’atmosphère retranscrite me fait penser à la trilogie Quatermass: Le Monstre (1955), La Marque
    (1957) et Les Monstres de l’Espace (1968). Ces films devraient te plaire!

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  2. Tiens ! Ca me fait penser que je ne l’ai pas lu, celui-là… une lacune à combler ! N’empêche, Wells, c’était quelqu’un : l’homme invisible, la machine à explorer le temps, l’île du docteur
    moreau… c’est pas de la merde tout ça !

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