Le sabre du mal de Kihachi Okamoto (1966) par Marc Shift

1860 au Japon, l’ère des samouraïs semble révolue. Entre déni de réalité, intrigues politiques et nihilisme sanguinaire un samouraï semble cristalliser toute la dégénérescence de ce monde : Ryunosuke Tsukue.

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LES COUPS CA FAIT MAL.

Le Japon de 1860 traverse une crise politique structurelle, qui mènera à la fin progressive du Shogunat (système très féodal). La figure du samouraï reste mythique, un esprit que l’on pourrait qualifier de chevaleresque. Mais la multiplication des intrigues et des clans, peu à peu, le rend de plus en plus opportuniste. Le film s’ouvre sur un meurtre purement gratuit, un samouraï tue un grand père en train de prier.

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Ce dernier souhaitait ne pas être une trop grande charge pour sa petite fille partie chercher de l’eau. On apprend rapidement que ce samouraï est en disgrâce auprès de son école, ne voulant pas de lui comme nouveau maître lui préférant son rival moralement bien plus irréprochable. Bon, je pas vous faire ici un cours d’histoire, mais pour apprécier ce film il faut avoir quelques petites notions. Rassurez vous, le film n’est pas des plus compliqué à suivre et à comprendre.

Le fil conducteur est la vengeance, celle d’un frère qui veut laver l’honneur de sa famille, celle d’une femme bafouée victime de son propre machiavélisme. Les notions dont je parle, on peut, pour nous pauvres occidentaux, les rapprocher du code d’honneur des chevaliers (imaginez un peu des chevalier se baladant en France en 1860…..) avec des clans et des villes en perpétuels conflits, l’« honneur » des familles, etc……

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D’ailleurs ce film m’a appris comment fonctionnait le système des écoles d’arts martiaux (quand un maître veut laisser sa place un duel est organisé…..) rien de bien compliqué en soit. Okamoto inscrit son film dans un contexte très bien connu (du moins pour le public d’origine) pour mieux le faire exploser.

Car ce film est une attaque en règle contre le mythe du samouraï. Ryunosuke (Tatsuya Nakadai, immense acteur) tue gratuitement, contre la promesse de perdre le duel il force la femme de son adversaire à s’offrir à lui, il deviendra un assassin à la solde du clan le plus offrant…..la chute semble être sans fin.

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Au milieu de ce monde en total dégénérescence Hyoma (Yuzo Kayama) cherche à venger son frère tout en respectant le code d’honneur ancestral, et la délicieuse Omatsu (Yôko Naito) tente tant bien que mal de survivre dans ce système qui fait tout pour la briser. Le plus grand défaut de ce film, comme trop souvent avec les films de la Toho, reste la copie du film. J’ai déjà vu bien pire, ici l’image est très nette, mais la surexposition des blancs gâche un peu le plaisir (les blancs sont beaucoup trop lumineux).

Le film en lui même explore une bonne partie de la noirceur de l’âme humaine, où la violence est omniprésente, les combats sont âpres, sans pitié (notamment une embuscade suivie au rythme d’un homme marchant, la caméra surplombant les hommes….). La caméra est précise, l’action est un modèle de lisibilité (y en a qui devrait s’en inspirer).

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Les acteurs ne sont pas en reste, Tatsuya Nakadai est totalement habité par son rôle de samouraï totalement nihiliste, Michiyo Aratama (Hama, finalement victime de son dévouement) instigatrice de la faute originelle, Toshiro Mifume (« Rashomon », « Les 7 samouraïs », « Barberousse », « Sanjuro »…je continue?) en sage maître d’arme….Ce chambara est un incontournable du genre, si le style vous intéresse je vous le recommande très fortement. (Film très noir, franchement nihiliste, violent donc si vous voulez découvrir le style orientez-vous plutôt vers les films précités avec Mifume)

excellent, brillant
excellent, brillant

 

 

 « Le sabre du mal » de Kihachi Okamoto. Des studios de la Toho, distribué par Wild Side, avec Tatsuya Nakadai,Michiyo  Aratama, Yuzo Kayama, Yôko Naito, Tadao Nakamaru, Kei Sato,Toshiro  Mifume. Durée: 1h55.

 

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3 commentaires

  1. Il devrait bien te plaire celui là, d’ ailleurs surprenant de la part de la TOHO généralement pas trop derrière les films qui égratignent la mythologie.

    Mais il est vraiment génial, si on aime le chambara c’ est un indispensable.

    J'aime

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