Les fils de l’homme de Alfonso Cuaron (2006) par M.Shift et B.Kraft

2027, une nouvelle ébranle le monde, l’ homme le plus jeune de la terre, Baby Diego, meurt à l’âge de 18 ans. C’était le dernier né recensé sur Terre. La mort de celui qui symbolisait à lui seul l’espoir de l’humanité, crée la consternation de par le monde, et à Londres dans une Grande Bretagne semblant être la dernière terre viable.

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DIEU EST JUSTE UN HOMME.

Marc Shift: J’ai failli voir ce film au cinéma. Je me souviens d’un pote me disant « il paraît que c’est pas mal ». J’en avais pas entendu parler du coup j’ai été voir un truc quelconque vu que j’ai oublié de quel film il s’agissait. D’ailleurs, et malheureusement pour le film, je ne suis pas le seul. Pourtant avec un synopsis classique. mais en prime un casting solide dont Clive Owen, Julianne Moore et Michael Caine, ce film avait tout pour plaire. Et pourtant ce fut un échec au box office. Cuaron sortait pourtant d’un succès en salle, « Harry Potter et le prisonnier d’AzKaban » (franchement le seul digne d’intérêt et de loin le moins chiant). Oui mais voilà, je ne connais pas les raisons de son échec commercial, sans doute une promo défaillante, une mauvaise distribution, sortie au mauvais moment….Alors que….

Bruce Kraft:…bah ouai alors qu’en fait on a quand même devant nous une oeuvre vraiment bluffante où Cuaron montre toute l’étendue de son talent ne serait-ce qu’au travers d’un plan séquence magistral où la caméra suit un Clive Owen en pleine tourmente. D’ailleurs, les cinéphiles ont, au fil du temps, rendu justice au film et dorénavant il bénéficie d’une excellente réputation dans le milieu des amateurs de SF.

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Marc Shift: Je trouve qu’une réputation faite sur un plan séquence est bien trop réducteur et ne rend pas justice à ce film, mélant S.F., road movie, une pincée de survival, de la réflexion politico-métaphysique et même religieuse. Mais fondamentalement ce qui caractérise le mieux ce film c’est sa limpidité narrative alliée à une forme visuelle immédiatement immersive et haletante. Tout le contexte donnant corps au film est brossé en quelques minutes, par la succession de flash info, d’images d’archives et de coupures presse, le tout soutenu par une voix off. Ce n’est pas nouveau (voir l’intro de « Zombie » de Roméro, ou « Watchmen » de Snyder), mais c’est habile et ça permet d’happer immédiatement le spectateur.

Bruce Kraft: Cuaron va ensuite ancrer son histoire, et sa caméra (qui rappelle esthétiquement « 28 jours plus tard »), sur le dos de Théo (Clive Owen), ne se remettant pas de la mort de son fils, qui va devenir notre guide dans une société livrée à une autorité militaire raciste qui n’a trouvé qu’un seul moyen pour redresser le pays: repousser et enfermer les immigrés qui sont, bien sûr, les responsables de la perte de l’humanité. Un message très fort et récurrent tout au long du film. Un monde déshumanisé.

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Marc Shift: Ouai et dans ce monde de grisaille omniprésente, le seul Eden semble être le refuge d’un vieil hyppie caché au fond des bois. Il y a beaucoup de symbole dans ce film, plusieurs niveaux de lectures possibles, mais la force de ce film est de pouvoir être vu au premier degré (pour le côté S.F., road movie-survival), car le contexte décrit est très fort, les personnages sont immédiatement identifiables, et la quête dépasse largement l’individu quel qu’il soit.

 

Bruce Kraft: C’est vrai que cette quête est vraiment intense et narrée de façon à ce que le spectateur reste dans le fond de son siège en se demandant bien ce que le destin va bien réserver à cet homme qui n’attend plus rien de la vie alors que sa protégée est à l’inverse à l’aube d’une nouvelle vie avec une grossesse messianique et symbolique puisque cette « vierge Marie » de l’apocalypse est…noire. Un pied de nez à une société anglaise qui refuse en bloc les réfugiés.

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Marc Shift: Elle devient alors un enjeux pour un groupuscule terroriste qui ne cherchera qu’à l’utiliser pour parvenir à ses fins politiques. A travers ce périple, très finement conté, le film montre tout ce qu’il y a de grand chez l’humain par son héros qui deviendra finalement celui qui cherche à sauver le seul espoir en ce monde (s’il s’ appelle Théo, ce n’est pas pour rien). Il nous montre aussi ce qu’il y a de plus méprisable comme le cupidité, la trahison, la manipulation.
Bruce Kraft: En plus, non content de n’avoir que du fond, visuellement c’est vraiment excellent. Imaginez: Un film dont la structure est constitué de plans séquence vraiment bien pensés et dont la mise en scène est d’une rigueur à faire pâlir bon nombre de réalisateurs de blockbusters. La cerise sur le gâteau restant que chaque séquence véhicule toute une série d’émotions aussi crédibles que surprenantes (la fin du siège de l’immeuble par les forces armées fout les larmes aux yeux!!) avec des acteurs au taquet.

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Marc Shift: Des acteurs qui se sont totalement investis dans leur rôle, comme Michael Caine méconnaissable, Julianne Moore dans l’un de ses meilleurs rôles et Clive Owen en anti-héros absolu agissant aux grès des événements, sans devenir une machine guerrière (à aucun moment il ne tient une arme, impensable dans un film hollywoodien), essayant simplement de croire en un avenir meilleur.

Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre
Bruce Kraft:…ouai…bah tu vois en fait je remercie les blogueurs (qui se reconnaîtront!!!) de m’avoir recommandé ce film qui est tout simplement un incontournable de la SF. Déjà culte pour nous!!
Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre

Les fils de l’ homme « Children of men », de Alfonso Cuaron. Distribué par United International Pictures, avec Clive Owen, Julianne Moore, Michael Caine, Pam Ferris, Claire-Hope Ashitey, Charlie Hunnam….durée 1h50

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18 commentaires

  1. Un très grand film ! Au début, j’ai cru que vous n’aviez mis qu’un seul grille pain pour ce film, je m’apprêtais à poser un commentaire… incendiaire. Puis j’ai fait ce que j’aurais du faire
    tout de suite, lire l’article !

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  2. Super votre dialogue sur le film (et content de voir qu’il t’a plu, Bruce) ; comme vous, il m’a mit une gifle surpuissante et j’adule Cuaron depuis !
    Quant à l’échec commercial, pour moi, c’est simple : l’affiche est dégueulasse. Perso, c’est pour ça que je n’ai pas voulu le voir au ciné et que j’ai tardé à le voir en vidéo… Ensuite, j’avoue
    m’être senti très con pour avoir zappé ça au ciné juste pour une affiche à la con.

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  3. Moi je l’ ai vu il ya un bon moment en fait, au moins 2 ans, revu pour faire la chronique avec Bruce et la claque est encore plus énorme, on voit vraiment plus de choses aux fils des
    visionnages…vraiment intense ce film

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  4. Héhé, en effet, hasard amusant que la coïncidence de ces articles ^_^.
    Un film culte pour moi, que je suis allée voir au cinéma. Je l’attendais, aimant beaucoup ce réalisateur, et je suis même allée jusqu’à Mons, à une demi-heure de voiture, pour le voir, vu qu’il ne passait pas dans mon cinéma débile. Et je n’ai pas été déçue!
    C’est un film incroyable et incroyablement riche, à tous niveaux. Guillaume44 parlait à juste titre du questionnement religieux aussi présent dans le film, notamment (mais pas que) à travers le groupuscule « Poisson » (signe des premiers chrétiens), qui se voit en garde rapprochée du « Messie » mais qui en fait mettra plus des bâtons dans les roues qu’autre chose. Etc. etc. etc.

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    • Salutà toi sur nos nouvelles terres chère Cachou!! C’est vrai que ce film est unique en son genre et moi, qui l’ai découvert très tard, j’en reste encore baba!!!

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    • Oui, Bruce c’ est encore une fois tapé tout le boulot, mais on a quitté overblog, et pour la déco c ‘est pas tout finis (le boss est un perfectionniste…..)

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      • Le boss veut surtout pas qu’on se dise: »c’est quoi ce blog bien pourri? »!!Mdr!!

        Et la prochaine fois qu’on me dit: »on changerait pas de plate forme? » je répondrais simplement « Fuck you!! » ou « démmerde toi!! »!!Mdr!!

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