Le septième sceau (1957) d’Ingmar Bergman par Marc Shift

De retours des croisades, dans un pays ravagé par la peste noire, un chevalier croise la mort qui vient le chercher. Pour essayer de gagner un répits le chevalier la défie aux échecs.

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SAW BY A SOT SANS SON SEAU. SO WHAT?

Voir un film unanimement qualifié comme chef d’œuvre du 7ème peu parfois être déstabilisant. Car le septième sceaux est un film exigeant, une quête métaphysique, à la mise en scène précise mais refusant la facilité et des cadrages généralement serrés accompagnant les divers personnages errants dans un pays ravagé par la peste.

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Si la réputation d’Ingmar Bergman avant la sortie de ce film est grandissante, c’est bien avec ce film qu’il obtiendra une reconnaissance internationale. Et c’est avec ce film que personnellement je découvre Bergman pour la première fois, aiguillé par The Idiot (de Wasteland) qui en a parlé il y a quelque temps sur son blog, film dont les thématiques tant philosophique que métaphysique ne sont pas pour me déplaire. Auparavant revenons tout de même sur la personnalité et le parcours du réalisateur, dont le père pasteur rigoriste inculquait les valeurs d’exemplarités, de disciplines, élevant ses enfants dans la traque obsessionnelle du péché et du repentir à coups de punitions corporelles…..

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La quête du chevalier Antonius Blok pourrait à ce titre être celle de Bergman, pouvant légitimement douter du bien fondé des dogmes religieux, se questionnant sur sa foi et de la réalité (ou irréalité) d’un au delà.

Mais ce film n’est pas un simple pamphlet anti-religieux, dont la charge la plus virulente est portée par l’écuyer devenu au fil de la croisade cynique et nihiliste au final ne craignant même plus la mort, c’est aussi une réflexion sur l’art en général qui est symbolisé par la troupe de théâtre qui accompagnera le chevalier dans son voyage, troupe de théâtre qui sera la seule à apporter un début de réponse au questionnement de chevalier…..

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Le choix d’ une troupe de d’ acteur est loin d’être innocent. Si cet art est très populaire durant le moyen age, même si être acteur est en général mal vu (car dans l’antiquité ce métier était très lié à la prostitution), c’est aussi l’autre grande passion de Bergman alternant tout au long de sa carrière tournage de film (souvent l’été, et soit pour le ciné, soit pour la télé) et mise en scène pour le théâtre (ainsi que la fonction de directeur). Et c’est assez déstabilisant, car le film est en soit très théâtral surtout par le jeu des acteurs.

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C ‘est loin d’être involontaire, cela paraît même à la première vision très caricatural alors que le but n’est pas là. Je ne suis pas un connaisseur de cet art, et voir ces personnages se morfondre, gardant des postures assez statiques, forçant en partie leur jeu a de quoi rebuter.

Ce qui symbolise le plus ce trait, c’est la personnification de la mort dont l’iconographie renvoie à une imagerie très moyennageuse, au jeu très statique tout en ayant un visage très expressif (mais sobre).

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Mais il serait très dommage de ne pas surmonter ce qui fait au final la force de ce film. Car le film possède par ce biais une puissante iconographie, sublimement mis en valeur par le cadrage et l’éclairage (souvent surexposé), ainsi que des scènes fantasmagorique (comme la procession religieuse). Mais surtout en se servant du jeu, de situation statique (comme sur une scène de théâtre) qu’on pourrait croire caricatural, le film évite d’être une caricature de lui même, se permettant alors une réflexion métaphysique pleine de sens.

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Son statut de chef d’œuvre du 7ème art n’est franchement pas usurpé, ce n’est pas une œuvre facile qui livre tous ses secrets à la première vision, et quelques soient vos opinions religieuses (étant moi même franchement athée et nihiliste), et même votre religion (même si l’univers de départ est chrétien), le film réussit à la fois à avoir un message très universel , tout en étant un questionnement personnel.

Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre

-Le septième sceau « Det Sjunde inseglet » (1957), d’ Ingmar Bergman, distribué par Svensk Filmindustri, avec Max Von Sidow, Bengt Ekerot, Gunnar Bjornstrand, Bibi Anderson, Inga Gill, Maud Hansson…. Durée 1h34.


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11 commentaires

    • Oui pas pour tout le monde, c’ est assez exigeant, j’ ai mis un peu de temps à rentrer dedans (heureusement qu’ il y a le personnage de l’ écuyer pour moi), mais si tu as l’ occasion…..

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    • Mais non c’ était pour faire mes habituelles jeu de mot à 2 balles….
      Mais si je reconnais largement la qualité du film, ça ne fait pas de moi un fan de Bergman, j’ ai apprécié mais je pense m’ en tenir là pour l’ instant.

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  1. C’est vrai que le film peut paraître assez déroutant par les thématiques qu’il aborde. Mais, étant d’une très belle beauté plastique, on peut presque se laisser porter par les images sans forcément chercher du sens (ce qui est d’autant plus compliqué que Bergman, comme nombre d’auteurs scandinaves, est marqué par un protestantisme rigoureux enrichi par la philosophie de Kierkegaard – ce qui est une culture toute différente de celles des Français). Aussi, je ne le trouve pas si difficile, moins que d’autres chefs d’œuvre du réalisateur. Je t’encourage d’ailleurs à les découvrir notamment Les Fraises sauvages (réalisé la même année que Le Septième Sceau), L’Heure du loup (film franchement étrange pour le coup), Cris et chuchotements et son ultime opus, le sublime Saraband.
    PS : très joli, ce nouveau site !

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    • C’ est pas vraiment les thématiques philosophiques qui me déroute, ni la différence de culture (je vois des films de tous les horizons), c’ est surtout l’ aspect théâtral notamment le jeu des acteurs qui a pu me rebuter le premier 1/4 d’ heure (en gros).
      Après j’ ai d’ autres horizons à découvrir, je dis pas que reviendrais pas vers du Bergman (j’ ai apprécié, mais c’ est pas forcément ce que je recherche le plus), mais pas tout de suite….

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  2. Un très grand Bergman en effet ; si vous l’aimez, je vous conseille dans le même genre (bien que plus épique grâce à sa seconde partie hallucinante) Andrei Roublev, d’Andrei Tarkovski.

    Par contre, je n’ai pas relevé un côté théatral dans le jeu des acteurs ou du moins, à des années lumières du cinéma japonais de l’époque.

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    • On va dire que je ne comprend pas la référence au théâtre japonais, mais quand même au niveau du jeu d’ acteur les pauses sont typique du théâtre, comme la confession du chevalier confiant ses tourments, les exemples sont multiples en fait. Même la caméra se place parfois en spectatrice de la la scène (je veux dire limite comme dans un théâtre). Mais comme je le dis (si bien 😉 ce n’ est pas de la caricature et cela renforce le film

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      • En fait, dans le cinéma jap de l’époque, les personnages sont très éloquents, très expressifs avec leur corps pour soutenir leur propos. Donc, ouais y a quiproquo là, mais je pense voir ce que tu veux dire pour la caméra de Bergman.

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