La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton par Marc Shift

Un pasteur aussi séduisant que ténébreux erre dans les campagnes en semant bonne parole et châtiments. Lors d’ un séjour en prison il apprend que son codétenu a caché un magot de 10000 dollars chez lui et il fera tout pour le récupérer.

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We hate love, we love hate…..

Film à l’aura mythique ayant pour personnage principal un pasteur semant la mort et paroles de repentir, avec les mots « hate » et « love » tatoués sur les phalanges. Ses cibles privilégiées sont les veuves, les femmes seules, symbolisant pour lui la tentatrice coupable, la pécheresse qu’il faut punir sans remord et avec la bénédiction divine. Film mythique car film unique, pour plusieurs raisons.

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Hormis un passage non crédité derrière la caméra pour « The man of the Eiffel tower », ce sera la seule réalisation de Charles Laughton par ailleurs acteur reconnu (et oscarisé).

Film aussi unique par son ambiance liée aux nombreux styles cinématographiques utilisés au cours de ce film. Tour à tour le film a des allures de western, de film noir, de conte fantastique et cauchemardesque, et aussi de road movie, de survival (termes sans doutes postérieur à l’œuvre). Et loin d’être un agglomérat indigeste sans queue ni tête Laughton réussit un vrai tour de force pour ce qui sera vraiment son seul film en temps que réalisateur, en maitrisant son sujet d’un bout à l’ autre.

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Dès le début le film s’attache au pasteur Harry Powel, formidablement incarné par Robert Mitchum dans l’un de ses rôles les plus marquants, s’éloignant d’un lieu où le cadavre d’une femme vient d’être découvert. Il est en pleine divagation mystique devisant avec son seigneur, avouant avec une certaine fierté les meurtres commis sous couvert de punition divine. Il roule vers un lieu de perdition où il sera arrêté par la police pour…..vol de voiture. C’est en prison qu’il rencontrera un homme incarcéré pour le braquage d’une banque et meurtre. Le pasteur apprendra que ce dernier, condamné à mort, a caché un magot de 10000 dollars chez lui, mais il ne parviendra pas à savoir où précisément.

Dès sa sortie de prison il se mettra en quête de ce magot, mais devra combattre les gardiens du magot : les 2 enfants du braqueur, John et Pearl.

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L’affrontement sera sans pitié de la part de notre pasteur, face à ces enfants qui ont fait le serment à leur père de ne dévoiler à personne, pas même à leur mère où ce trouve le pactole.

Le film joue beaucoup sur les oppositions,le prêtre se servant de ses mains (love pour la droite symbole de justice et hate pour la gauche symbole du mal) pour des pseudos démonstrations fascinant une population crédule, opposition entre les enfants et les adultes (beaucoup plus facilement berné). Opposition aussi entre la maison familiale qui se révélera être un piège et le monde extérieur comme seul échappatoire.

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Le film regorge de symboles, avec une grande richesse d’analyse. Le film semble ancré dans son temps par la société qu’il décrie et son côté religieux…..en fait rien n’est moins sûr il suffit d’ouvrir son poste de télévision pour voir que les thèmes de ce film sont bien d’actualité.

En dehors de sa richesse thématique, des acteurs vraiment excellents (les enfants étant dirigés par Robert Mitchum, Laughton étant apparemment peu à l’aise avec eux), l’aspect visuel et l’un des autres points fort du film. Le noir et blanc est somptueux, les cadrages sont souvent magnifiques, certaines visions parsèment le film sont vraiment impressionnantes (la découverte de la noyée, Powell poursuivant les enfants à cheval….).

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A titre personnel il y a quand même un bémol, et de taille, c’est la musique. Aux effets terriblement convenus, un peu de violon pour soutenir une ambiance angoissante jusqu’aux cymbales pour souligner l’action finale…..le film méritait une meilleure partition. Ce ne sera pas forcément l’avis de tout le monde…

Film unique, chef d’œuvre quasi ignoré lors de sa sortie (il faut dire que le sujet et difficile) qui poussa Laughton à abandonner la réalisation ce qui est quand même un énorme gâchis au vu de ce film, mainte fois analysé et décortiqué, et d’une réelle limpidité malgré le brassage des genres, un incontournable.

Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre

-La nuit du chasseur « The night of the hunter » (1955) de Charles Laughton, distribué par MGM DVD, avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Billy Chapin, Lillian Gish, Sally Jane Bruce, Peter Graves….durée 1h29



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7 commentaires

  1. Un grand film assez inclassable – même si certains le rattachent par commodité au film noir. Dommage que Laughton n’ait pu réaliser un second film. Enfin, cela rend celui-ci encore plus mythique. Et comme souvent cette pauvre Shelley Winters n’a pas de chance…

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  2. Il faudra que je le revois un jour ce film. Je l’ai vu au collège en cours d’anglais… Il y a donc très longtemps.
    Comme quoi certains prof ont bon gout 🙂

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