Blade Runner de Ridley Scott (1982) par Bruce Kraft

BLOOD RUNNER.

Los Angeles en 2019, quatre réplicants de type Nexus 6, des androïdes semblables en tout point à l’être humain et travaillant dans les colonies de l’espace, reviennent sur Terre alors que la loi leur interdit ce retour. De plus, ils ont tués des humains pour y parvenir. Les autorités font donc appel à un ancien membre des « Blade Runner », une unité d’élite chargée de « retirer » de la circulation ces réplicants déviants.

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Vous parler de ce « Blade Runner » n’est pas un promenade de santé tant il y a de choses  à dire de ce film culte…et pourtant. Tout avait mal commencé pour l’adaptation (libre!! Au grand dam des fans de Dick!!!) du livre de Philip K. Dick, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », avec un tournage des plus mouvementé et à des réécritures innombrables du script. Tournage mené d’une main de fer par un Ridley Scott plus que jamais en conflit avec les studios de la Warner qui exigeaient de lui un film moins personnel.

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La sortie du film en 1982 est un bide commercial avec une fin des plus controversée puisque ne correspondant pas à la vision du réalisateur qui voit une voix-off « expliquer » au spectateur son film et un montage intégrant des rush inutilisés du film de Kubrick…. »Shining »!!! C’est seulement 10 ans plus tard qu’arrivera la version « director’s cut » et une vision plus « Scottienne » du film et qui jette encore plus le trouble sur l’existence du héros du film, Rick Deckard (la « légende » veut qu’il serait aussi un Réplicant).

Au final, ce n’est pas moins que 7 versions différentes du film (avec deux fins diffèrentes!!) qui existent avec la parution en 2007 d’un « Final Cut » pour le 25ème anniversaire du film. Et le film alors? « Blade Runner » a beau être qualifié de film de science-fiction il n’en reste pas moins une véritable ode au « film noir » avec les clichés du genre: le héros portant un imperméable au col relevé, l’esprit cynique des personnages, une action se déroulant la plupart du temps la nuit, un temps pluvieux, de la fumée dans les ruelles sombres et dégueulasses, l’omniprésence d’éléments comme une asiatique, d’une vidéo publicitaire, lançant en permanence dans les rues de la ville son message….Culte!! La musique fantastique de Vangelis  couronnant de manière magistrale l’atmosphère très « bluesy » et « cosmique » de ce film pas comme les autres.

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L’ensemble des décors n’a, pour le coup, jamais semblé aussi réel et rappelle, y compris les costumes, l’esprit des années 30 version futuriste, on parlera même d’univers Cyber-Punk!!!. Scott, certainement excédé aussi par les dirigeants de la Warner, voulait tellement que son film soit parfait qu’il fit vivre un véritable cauchemar à toute l’équipe du tournage (y compris les acteurs…Harrison Ford en ressortira lessivé!!!) qui changèrent le nom du film en « Blood Runner » à cause du ras-le-bol général!!!

N’empêche que cette exigence portera ses fruits car l’univers de « Blade runner » est irréprochable et immerge le spectateur dès les premières minutes en voyant Deckard dans les rues de Los Angeles entouré d’une faune grouillante de parapluies « néons ». L’ambiance est lourde tout comme le rythme du long-métrage et autant le dire, l’action n’est pas le maître-mot de ce film qui privilégie une enquête se partageant entre un Deckard au bord du gouffre et les réplicants dont la raison de leur retour va s’avérer « vital » pour eux.

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« Blade Runner » est un film hypnotisant (notamment le passage où une réplicante qui se fait tirer dessus traverse des vitrines, le tout filmé au ralenti sur une « musique de vieux films porno »!! Fantastique!!) qui cache bien son jeu car derrière cette « simple » enquête se découvrent bons nombres de thèmes proposés à qui veut bien se triturer un petit peu l’esprit:

Les réplicants qui inspirent la fameuse réflexion « je pense donc je suis », l’omniprésence de la publicité dans une société « industrielle », les questions inhérentes au clonage et à la génétique…Autant de thèmes qui peuvent échapper au spectateur qui passerait alors à côté du travail de Scott. D’ailleurs il est bon de rappeler que ce dernier s’est littéralement détaché du livre dans ce domaine, ce qui lui valu les foudres médiatiques lors de sa sortie.

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La grande réussite du film passe également par le biais de ses acteurs, que ce soit avec un Harrison Ford en Deckard usé et contemplatif devant ces réplicants « pas comme les autres » et en pariculier une réplicante des plus troublantes. La Warner ne vit d’ailleurs pas d’un bon oeil le côté « faible » du personnage de Ford qui risquait de déstabiliser le public habitué à le voir « puissant »…ooooh!! Les pauvres américains!!

Bon, ceci dit Ford ne sera pas l’acteur « phare » du film et puisqu’il se fait voler la vedette par le « chef » des réplicants, Roy Batty, avec un Rutger Hauer des plus charismatique (un regard démentiel!!) se permettant même d’improviser une des répliques cultes du film (la dernière d’ailleurs!!).

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Le reste du casting n’est toutefois pas en reste avec la performance inclassable de Sean Young dans le rôle de la secrétaire/réplicante Rachel dans le style poupée de porcelaine et Darryl Hannah (« Elle Driver » dans Kill Bill!!) qui impressionne par son côté « prête à exploser » en incarnant Pris. La force de « Blade Runner » c’est qu’à chaque fois que Scott s’attarde sur un personnage c’est pour lui offrir un moment référence (Brion James dans le rôle de Leon avec son fameux: « Ma mère? J’vais vous en parler de ma mère!! ») et qu’on regarde bien il n’y a jamais de moment dispensable dans ce film.

Ridley Scott offre donc à la SF, et au cinéma en général, un monument maîtrisé d’un bout à l’autre parsemé de moments cultes et d’images surréalistes (le rêve de la Licorne présent sur la version de 1992). Un film qui devient une véritable alternative aux inévitables et sempiternels « Star Wars » (le plus pop-corn de la SF) et « 2001, odyssée de l’histoire »(le plus élitiste de la SF).

note-7

« Blade Runner » (1982) de Ridley Scott. Distribué par Warner Bros. Avec Harrison Ford, Sean Young, Rutger Hauer. Durée: ???

 

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9 commentaires

  1. Difficile d’aller à l’encontre de cette critique. Cependant, en tant que spectateur, j’avoue ne pas avoir eu un plaisir immédiat à la vue de ce film. Je l’ai trouvé vraiment très lent.

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  2. rah la la ! excellent film en effet, que j’ai eu la chance de revoir sur grand écran l’année dernière ! 🙂
    très bonne analyse et en plus je ne connaissais pas la plupart des anecdotes que tu évoques… 🙂

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  3. alors alors ? c’est aujourd’hui le jeu des répliques ? j’espère que vous n’êtes pas en grève… faudrait que ça se passe soit maintenant, soit après 21h ce soir… d’accord ? :op
    sinon toujours de belles bannières qui clignotent… on peut vraiment dire que vous avez « l’art et la bannière » vous ! 🙂

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  4. 2001 élitiste oui, Star Wars pop corn oui mais pas que… 🙂
    Pour ce film, rien à dire il contient tout ce qui me fait aimer la SF.
    J’ai lu le livre après et du coup, ça ne m’a pas dérangé car j’ai ainsi découvert une autre histoire. Au final, une adaptation ne doit pas coller au bouquin, elle doit être puissante cinématographiquement. Et c’est le cas ici.

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    • Contrairement à Star wars ou 2001 s’installe dans la veine du film futuriste réaliste et c’est dingue mais je crois que c’est ce que je préfère le plus.

      Alors tu es comme moi pour le livre car franchement je n’ai pas été déçu du tout et je trouve qu’ensemble ce sont deux très bons compléments. Le livre est beaucoup plus complexe et affirme plus qu’il ne suggère contrairement au film.

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