Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme de Tsui Hark (2010) par Tootsif

MYSTERE ET BOULE DE GOMME

L’histoire se déroule en Chine, en l’an 690, durant la période trouble correspondant à l’ascension de l’impératrice Wu Ze Tian. Tout est prêt pour la cérémonie du couronnement et la petite ville de Chang-An est dans ses habits de fête. Mais une série de morts mystérieuses menace l’intronisation de Wu Ze Tian. L’impératrice décide alors de faire appel au seul homme capable de percer ce mystère : Le juge Dee, de retour après huit ans de prison pour insolence et insubordination…

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Visionner un film de Tsui Hark aurait provoqué chez moi un orgasme quand j’ai découvert le génial créateur de Zu, Il était une fois en Chine, The Blade, Le festin Chinois et tout autant formidable producteur de John Woo et des Histoires de fantômes chinois.

Seulement, depuis cette période faste qui s’étala du milieu des années 80 au milieu des 90’s, le gugusse a eu la malencontreuse idée de vouloir copier son ex-meilleur ami John Woo en s’exportant aux Etats Unis pour un résultat encore plus lamentable que ce dernier (Double Team et Piège à Hong Kong, je frémis rien qu’au fait de citer ces titres, brhhhh).

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Et avant ce même Woo il décida donc de retourner au pays mais, jusqu’alors tout laissait penser que Tsui avait mal négocié le passage au nouveau millénaire.

Certes il y eu le sympathique Time and Tide mais entre un Légende de Zu proche du néant absolu et un Seven Swords bancal, y avait pas quoi bander ni même avoir une demi-molle (oui, je suis d’humeur poète aujourd’hui).

Donc le débarquement dans les salles obscures de ce Detective Dee, ça m’en touchait une sans faire bouger l’autre. Car en plus d’être réalisé a priori par un has-been, le film semblait s’inscrire dans la veine des Wu Xia (films de sabre asiatique basés sur l’honneur) post Tigre et Dragon et post rétrocession de Hong Kong à la Chine.

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C’est à dire ? Des combats à base de câbles hyper esthétisant (et accessoirement hyper chiants) et un message pro-chinois (enfin pro-gouvernement) assez malsain (remember Les Seigneurs de Guerre, Hero, La cité interdite….).

Bref pas de quoi me faire fantasmer.

Et ne pas attendre grand chose d’un film a du bon car quand le film est bon, la surprise n’en est que plus agréable. Et ce Detective Dee est une putain de belle surprise qui m’a propulsé 10 ans en arrière quand je découvrais les Histoires de Fantôme Chinois et Zu, les guerriers de la montagne magique, et pour moi ça n’est pas rien !

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Car en effet, on retrouve comme dans ces chefs d’œuvre tout ce qui à l’époque m’avait enthousiasmé (oui j’arrête avec les métaphores sexuelles parce que là c’est l’heure d’être sérieux pour que vous vous précipitiez fissa dans la salle obscure la plus proche voir le film), ce mélange hautement improbable mais terriblement réussi entre kung-fu, romance, humour, fantastique, enquête.

Dee réussit ce tour de force, me faire revivre cette époque du cinéma asiatique que je croyais définitivement disparue (les Tigre et Dragon et consorts sont définitivement bien trop sérieux) tout en y apportant la modernité nécessaire.

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La tradition des grands anciens est ainsi respecté avec ce savant mélange des genres. Ici ça commence comme une enquête policière qui nous fait suivre les pas du détective Dee, ex-opposant à la future impératrice, rappelé fissa par cette dernière pour résoudre des embrasements inexpliqués qui risquent de mettre à mal son couronnement car ralentissant la construction du grand Bouddha, qui doit être le symbole de son autorité.

Ainsi Dee se retrouve au milieu d’un jeu de dupes entre les différentes factions politiques qui cherchent chacune à tirer profit de ces morts mystérieuses. Mais ce dernier n’est pas un pion que l’on manipule facilement comme nous le montre la scène le faisant apparaître pour la première fois (ce dernier fait semblant d’être devenu aveugle) et sa virtuosité aux arts martiaux (servie par des des chorégraphies rythmées du grand Sammo Hung parfaitement mises en valeur par la caméra nerveuse, mais toujours lisible de Tsui Hark) n’a d’égale que la vivacité de son esprit et surtout de sa langue.

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Les scènes de dialogues sont donc de véritables joutes où chaque mot est pesé et revêt un double sens. Ceux-ci centrés sur le rôle des puissants, la justification du recours à la force sont d’une grande subtilité mais non dénoué d’humour grâce à un Dee qui n’a pas sa langue dans sa poche, en faisant une arme aussi importante que ses poings et surtout que Dragon Docile, son épée aux formidables capacités (hélas sous exploitées)

Il est cependant dommageable que ces dialogues, tout aussi jubilatoires et profonds qu’ils soient, prennent un peu le pas sur la partie enquête. Certes cette dernière est plutôt légère et Dee semble plus subir les choses que les provoquer (même si cela lui permet à chaque fois de faire progresser sa réflexion) mais elle nous permet de vivre une véritable aventure qui nous porte dans des lieux variés et à la forte entité visuelle (le marché fantôme est vraiment sympa) et nous livre des affrontements aux chorégraphies et au rythme enchanteur (servis en outre par les oppositions de style permettant à chaque spectateur de trouver son combattant car à Dee il convient d’ajouter la légère et gracieuse première officière et l’albinos fonceur).

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Bref, ce serait presque le panard total si quelques nuages n’allaient pas assombrir ce joli tableau.

Le premier de ceux-ci et, le plus visible de tous, est le manque d’homogénéité des effets spéciaux qui atteignent le pathétique lors du combat de Dee dans le temple du grand prêtre (à mon avis les concepteurs des effets spéciaux n’ont jamais du voir un cerf bouger de leur vie).

Mais bon, ceci n’est pas encore trop grave à côté du dernier acte qui baisse un peu de rythme et ne me satisfait pas totalement par sa tournure. La baisse de rythme vient du côté un peu larmoyant qu’il prend et la surabondance du discours pro-chinois lors du face à face entre l’impératrice et Dee un poil nauséabond.

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Mais plus que ça, ce qui m’a déçu, c’est l’absence du traditionnel combat final de grande envergure auquel ce genre m’avait habitué. Après la révélation du grand méchant (très prévisible malgré les fausses pistes dont le film est truffé, mais bon ayant vu tous les films du genre et connaissant comment nos amis asiatiques fonctionnent, c’est pas bien dur), je m’attendais à un combat final mémorable dans le grand Bouddah mettant à profit tous les mécanismes le composant, ce qui n’est hélas pas le cas.

Mais bon, tout ceci ne me fera pas bouder mon plaisir de revoir enfin du cinéma asiatique de bonne facture et qui renoue avec les traditions. Tsui Hark espère développer avec le Detective Dee une franchise, et bien moi aussi.

Sympa, bon film
Sympa, bon film

« Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme » de Tsui Haark. Avec : Andy Lau, Tony Leung Ka-Fai, Carina Lau, BingBing Li .Distribué par : Le Pacte. Durée : 02 H 03.

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7 commentaires

  1. La bande annonce me plait bien, mais je ne sais pas si j’aurais l’occasion d’aller le voir. En tout cas, mon impression semble confirmée : un bon film en perspective, mais pas une réussite absolue…

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    • Effectivement pas une réussite absolue car il n’y a plus ce sentiment de liberté qui soufflait sur le cinéma chinois et hongkongais jusqu’au milieu des années 90.

      Depuis que le gouvernement chinois est entré dans la danse en finançant et en prêtant le concours de l’armée (comme figurant, comme personnel) pour les tournages, il contrôle le message des films produits, ceux ci devant mettre en valeur le sens du sacrifice qu’exige la fonction de gouvernant, et ce message qui dans certains films devient franchement nauséabond (genre Ip Man) atténue grandement la qualité de certains films (dont celui-ci)

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  2. Oh bah il est pas mal quand même le combat dans le Boudha avec le lâcher d’ascenseur et le gros que se mange la tête la première dans la passerelle. En même temps la séquence du « Marché Fantôme » est très réussie et il est difficile de faire aussi bien ensuite. Au moins, on évite le côté répétitif…

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    • Ben le père Tsui m’a habitué à des scènes finales plus intenses avec The Blade, Il était une fois en chine et consorts et là, si le début dans le Bouddha est sympa la partie à cheval est à chier.

      Mais bon c’était cool quand même ^^

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