Johnny s’en va-t-en guerre (1971) de Dalton Trumbo par Marc Shift

Johnny Bonham est un jeune américain idéaliste qui s’engage dans l’armée pour la défense de la démocratie pendant la Première Guerre Mondiale, au grand désespoir de sa fiancée. Lors d’une mission entre deux tranchés, il reçoit un obus de plein fouet et il est gravement mutilé.

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ALLUMEZ LE FEU……

Film sorti durant la guerre du Vietnam, adapté d’un livre sorti lui en 1939 juste au début de la Seconde Guerre Mondiale. Dalton Trumbo adapte ici son propre livre avec ce qui sera son seul film en temps que réalisateur, car il est avant tout un scénariste de talent, récompensé plusieurs fois et parfois sous pseudonyme.

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Il faut dire que le monsieur à des idées indéfendables pour les États Unis. Il a des sympathies pour les idées socialistes ce qui lui vaudra d’être mis sur la liste noire créée par le sénateur McCarthy et de ne pas pouvoir travailler pour Hollywood (mais il le fera sous pseudo, exilé au Mexique).

Les petits rappels ne font pas de mal, mais le message du film ne nécessite pas vraiment de connaître tout le contexte pour saisir toute la portée.

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Alors oui encore un film qui est une charge antimilitariste, charge violente mais qui pourtant n’utilise pas vraiment la violence graphique pour étayer son propos.

Un film antimilitariste de plus ?

Et bien non, car le film est ancré dans un univers fantastique et psychologique dont la charge est portée par un homme tronc, aveugle, sourd et muet. Cela fait beaucoup d’handicaps et d’ailleurs ce corps supplicié on ne le verra jamais,  perpétuellement masqué et caché sous un drap, Johnny n’étant visible que lors des flash back sur sa vie antérieure.

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Le film se tient sur trois niveaux de réalité, le temps « actuel » souligné par l’utilisation d’un noir et blanc saisissant (et dont certaines visions ancrent le film dans un registre fantastique, limite horrifique), les flash back en couleur (seule réalité non fantasmé pour Johnny « Joe ») et des divagations métaphysiquo-religieuses où Johnny ne distingue plus ni le temps, ni la réalité.

Pendant une partie du film seul le spectateur sera témoin des états d’ âmes, des souffrances, des espoirs de l’homme tronc qu’il partage au travers d’une voix-off, la voix de sa conscience. Seule une infirmière, pleine de compassion et d’humanité, réussira à rompre la solitude dans laquelle est enfermé Joe.

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La grande force du film est surtout de se placer dans le registre du ressenti, on souffre avec Joe de son immobilisme, de son incapacité à agir, à communiquer. On souffre pour ce qu’il a été, pour la vie qu’il aurait pu avoir. Les divagations de la conscience de Joe, être immobile et quasi invisible pour le spectateur, sont souvent très (plus?) évocatrices que nombres de films basant leur réflexion sur la puissance de l’image, du mouvement souvent bien trop spectaculaire et iconographique perdant ainsi une grande partie de leur force (ou de leurs intentions).

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Par le prisme d’ un homme, dont l’humanité est totalement nié par les agissements de l’armée (qui le maintient en vie), lui refusant tout libre arbitre, il est possible de comprendre ce que les soldats peuvent ressentir face à une armée pour qui ils sont des simples pions interchangeables.

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Cri universel d’un seul homme face à l’absurdité de la guerre, cri d’une violence absolue mais aussi plaidoyer incroyable sur l’antimilitarisme et sur l’euthanasie, film radical et pourtant pudique (ce qui n’enlève rien de sa force, au contraire), et qui en étant très ancré dans le passé se permet d’être résolument moderne et actuel.

Indispensable.

Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre

Johnny s’ en va-t-en guerre – « Johnny got his gun » (1971) de Dalton Trumbo, production World Entertainment, avec Jason Robards, Donald Sutherland, Timothy Bottoms, Kathy Fields, Diane Varsi…..durée 1h46.

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Un commentaire

  1. Film atypique qui m’avait beaucoup marqué, par sa mise en scène très particulière suivant un mode narratif déroutant mais d’une logique implacable! Très étonnant, et d’une grande beauté tragique.

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