Enter the Void (2010) de Gaspar Noé par Bruce Kraft

Oscar et sa sœur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu’il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa sœur de ne jamais l’abandonner, refuse de quitter le monde des vivants.

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DEAD TO BE ALIVE.

Quant on a un film de Gaspar Noé (Irréversible) entre les mains il est difficile de ne pas pousser la galette dans le lecteur DVD pour découvrir quel délire nous attend. C’est ce que j’ai fais avec ce Enter the Void et je dois dire que j’en suis encore tout perturbé.

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Je dirais qu’en fait Enter the Void ne se raconte pas mais (je sais c’est facile!!) se vit comme peut se vivre tout voyage dans le cerveau d’un jeune camé subissant son dernier trip conditionné par son environnement et ses derniers moments, grâce à la DMT (molécule qui se libère dans le cerveau au moment de la mort), alors qu’il crève comme une merde au fond d’un chiotte d’un bar malfamé de Tokyo.

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On regarde ce film alors comme si on regardait dans un  kaléidoscope psychédélique (des interludes de formes aux couleurs fluorescentes et les mouvements d’une caméra flottant au-dessus des vivants) et dramatique dans lequel Oscar (et vous par la même occasion puisque la caméra se met à la place de ses yeux) y voit les événements d’une enfance douloureuse et tout ce qui l’a amené vers la mort, le présent en voyageant à travers les murs (vues du dessus) d’une ville qui peut s’avérer être aussi lumineuse que sombre où ses proches (sa sœur pour laquelle il voue un amour sans limite) continuent de (sur)vivre à sa disparition et un futur qui lui laisse entrevoir le choix d’une nouvelle vie.

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Enter the void serait donc un pamphlet sur la réincarnation après la mort? Les tableaux, mêlant le sexe, la violence et des proches en perdition ou de véritables ordures (le dealer droguant des jeunes pour leur infliger des sévices sexuels), qui se succèdent  de manière presque anarchique seraient-ils différents paliers que devrait subir une âme avant d’accéder à….autre chose? Noé ne semble franchement pas s’y attacher laissant la part belle à l’imagination d’un homme sous l’influence de la drogue plus qu’à une quelconque théorie sur la mort aussi plausible soit-elle. Un parti pris réaliste qui envoie valser toute notion de fantastique qu’on pourrait attribuer au film et ainsi rembarrer les réalisateurs pseudos intellectuels (en gros: super chiants) cherchant une soi-disant vérité sur l’au de-là.

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Enter the Void se révèle, en réalité, être un panel de tout ce que l’être humain peut faire (ou vivre) de plus con, dégueulasse, absurde et incontrôlé dans une existence. Un monde où le sexe, la drogue et l’argent peuvent bousiller une vie déjà difficile sans qu’on ai besoin d’en rajouter une couche (de merde!) et où la mort s’avère être le seul point final possible. C’est ainsi que le film de Noé doit être vu même si c’est le fantasme d’une fin « heureuse » qui nous apparaît à l’écran.

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Avec très peu de dialogues, des tableaux complètement barrés (l’hôtel où tout le monde s’adonnent aux pratiques sexuelles les plus déviantes) et parfois dérangeants (relation incestueuse), des acteurs s’abandonnant à l’histoire (alors que ce sont des amateurs), une musique mêlant de la musique bruitiste, du drone et de la musique classique, et surtout ne faisant aucune morale, c’est ainsi qu’Enter The Void arrive à nous mettre une véritable claque dans la gueule et ainsi affirmer son statut de film inclassable et inimitable.

excellent, brillant
excellent, brillant

« Enter the void » (2010) de Gaspar Noé. Distribué par Wild Bunch. Avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy. Durée: 2h30.

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14 commentaires

      • Ah non!! Carrément pas, je l’ai vu et bien bien vu!! Et franchement j’ai bloqué tout du long!! Comme quoi….même moi j’arrive à cautionner des films qu’habituellement j’aurais certainement descendu!!

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  1. Ah ! Gaspar Noé ! Il réalise trop peu de films à mon goût. Pas grave, du moment qu’il reste lui-même ! Je n’ai pas vu ce film, mais je pense que je vais le trouver intéressant. Je n’adore pas son cinéma, à Noé, je le trouve simplement indispensable au paysage cinématographique français. J’imagine qu’il a du mal à financer ses oeuvres, même si Irréversible a été présenté à Cannes (sans doute grâce au couple Belluci/Cassel)…

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  2. Je viens de finir l’expérience de « Enter the void », un seul mot à dire : GEANT !
    Je connaissais déjà Gaspar Noé avec « Irréversible », qui déjà m’avait conquis.Maintenant c’est sûr, je peux le dire, ce réalisateur est un génie !
    Je ne vous dirais pas que ce film est excellent et beau (tout comme « Irréversible » d’ailleurs), parce que Noé utilise surtout la noirceur du monde qui nous entoure (attention aux âmes sensibles), pour nous faire de la philosophie, je trouve. Ces films ont toujours quelque chose de très important à nous dire. Et Noé a une façon de filmer bien à lui (qui ne plait pas à tout le monde), et en cela je trouve que justement il est novateur.
    Je l’imagine bien, dans sa jeunesse, être l’élève qui a les plus mauvaises notes en cours artistiques, parce que justement il innove tellement qu’il n’est pas compris par ses profs lol
    C’est donc grâce à ce blog, que j’ai eu connaissance de ce film, et ai relu la critique juste après avoir vu le film, et c’est dingue comme deux personnes peuvent avoir des visions très différentes d’un même film lol
    En effet, Bruce, je ne suis pas du tout d’accord avec toi…. 😉
    Pour toi, ce film ne serait pas « un pamphlet sur la réincarnation après la mort »
    Moi, j’y vois exactement ça pourtant. Le livre du bouddhisme est le fil conducteur de toute l’histoire. Et comme j’aime beaucoup cette philosophie, j’ai retrouvé dans ce film les mêmes idées que je peux me faire sur ce qu’il y a après la mort. Et que toute cette violence et cette dépravation qu’il y a autour, n’est là que pour mieux faire ressortir cette lueur d’espoir d’un au-delà.
    Deux scènes m’ont particulierement marqué : l’accident de voiture et l’acte sexuel vu de l’intérieur (et oui il n’y a que Noé pour nous faire des scènes qu’on ne verra jamais ailleurs !)
    Je n’en dis pas plus, juste FAITES L’EXPERIENCE DE CE FILM……il le mérite.

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    • Bonne analyse mais je répondrais juste au sujet de la mort et de la réincarnation Noé fait de cette réincarnation un fantasme mais cela veut-il dire que Noé l’approuve? Pas sûr mais chacun est libre de ressentir les choses comme il l’entend. Heureusement!! lol!

      En tout cas ça fait plaisir d’avoir un avis aussi divergent et pouvoir connaître ce que pense les gens!! Reviens me contredire quand tu veux!!

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      • Par contre je tiens à préciser aussi qu’ayant lu aussi une interview de Noé sur le sujet religieux je me permet d’être assez affirmatif sur la question de la place de la religion dans ce film. 😉

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      • Ok, moi non, donc c’est juste mon ressenti. Par hasard, saurais-tu où je pourrais trouver cette interview ? Cela m’intéresse. Merci pour la précision en tout cas.

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      • Dans un numéro de Mad Movies datant du mois avant sa sortie je crois mais j’ai retrouvé sur le net quelques bribes captées sur le net:

        Je voulais cette fois-ci faire un film hallucinatoire d’images et de couleurs, quelque chose d’onirique ou hypnotique où la beauté visuelle et le sensoriel prendraient le pas sur le factuel (…) Même s’il est souvent question de défonce, ce n’est pas un film sur la défonce, mais plutôt sur l’existence comme une dérive sans port d’arrivée. Le sujet principal serait plutôt la sentimentalité des mammifères et la chatoyante vacuité de l’expérience humaine. »

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  3. Je sais, j’aime bien aller jusqu’au bout des choses 😉
    Suite aux bribes que tu as pu me retranscrire (un grand merci d’avoir pris ce temps pour moi) , je continue à penser la même chose :
    En effet, il dit : « Ce n’est pas un film sur la défonce…Le sujet principal serait plutôt la sentimentalité des mammifères et la chatoyante vacuité de l’expérience humaine. »
    Ne sachant plus exactement la définition de vacuité, je suis allée voir comme à mon habitude, sous wikipédia, et là oh surprise, c’est une notion qui a principalement été développée dans le bouddhisme et l’hindouisme….
    Je pense donc que Noé a voulu montrer la bêtise de l’être humain à ne pas réussir à s’élever vers le nirvana ou plénitude, et à perpétuellement recommencer une vie où il répètera les mêmes erreurs
    Dilia

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    • Je ne sais pas si finalement il était bien nécessaire de montrer la bêtise humaine pour démontrer l’importance de s’élever vers autre chose mais ton raisonnement n’est pas mauvais. 😉

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