Tour du Monde de la Censure au Cinéma – Partie 2: L’Italie

« Oh nuit, belle nuit, sous un ciel d’Italie, on t’appeeellllleee Beeeeelllllaaa notttte!!! ». Oui pour moi l’Italie ça toujours été ça mais depuis que j’ai fais des recherches pour cet article sur l’Italie et la censure de son cinéma mon image de l’Italie a beaucoup changé. En naïf que j’étais j’avoue que je ne savais pas que la censure avait été aussi dure et je suis très content de vous proposer cette série d’article car j’en apprends autant que vous en toute franchise. J’ai presque envie de me féliciter.


DE LA LIBERTÉ AU FASCISME:

Entre 1907 et 1920 s’est mise en place une législation comprenant une commission nationale de censure des films (italiens et importés), exercée à deux niveaux : tout d’abord au niveau du scénario puis du film achevé avant sortie en salles. Les critères sont semblables à beaucoup de pays catholiques: la sauvegarde de la morale et de l’ordre social.

C’est avec l’arrivée de Mussolini que se termine le premier cycle de la censure en Italie. Le pouvoir fasciste ne va, dans un premier temps, pas se montrer très strict puisque la production cinématographique italienne n’est franchement pas au mieux de sa forme , voir même catastrophique. Il se contente « seulement » d’assurer sa main mise sur les actualités filmées et renforce progressivement le contrôle de l’Etat au détriment d’une commission qui s’était quand même démocratisée en s’ouvrant sur la société civile depuis quelques années.

Les années 30 voient enfin le début d’une véritable censure du régime fasciste. Le doublage en italien des films, devenus parlant et donc potentiellement dangereux, est ordonné par le régime. De même, dans le soucis d’un contrôle plus radical, le régime finance  allègrement l’industrie cinématographique nationale. Inutile de préciser que cette décision a pour but aussi de palier à la disparition des productions américaines sur le sol italien. Résultat: le cinéma italien se porte à merveille.

C’est le cinéma de divertissement qui prédomine et cela permet d’éviter tout sujet immoral et ,surtout, d’éviter de parler du dur quotidien des italiens et d’une réalité sociale dramatique. C’est la grande époque des films à « téléphone blanc ». Ces films mettaient en scène des histoires, légères, se déroulant toujours dans les milieux aisés de la société italienne où le téléphone blanc était un objet quasi obligatoire. Il était le symbole d’une certaine classe et servait de manière récurrente dans les intrigues.

LA FIN DE LA GUERRE ET DES TÉLÉPHONES BLANCS:

La fin de la guerre provoqua un relâchement certain de la censure cinématographique ce qui permit au néoréalisme (d’influence française et inspiré par le naturalisme et les penseurs du Parti Communiste Italien) d’apparaître avec son approche réaliste, et sans idéal, de la société italienne et de son économie. Une opposition totale au cinéma des « téléphones blancs » qui étaient les symboles du pouvoir fasciste. (notons aussi l’apparition du calligraphisme qui est opposé à la fois aux « téléphones blancs » et au néo-réalisme).

En 1946, la fondation de la République italienne n’est pas synonyme de liberté pour le cinéma italien. Scénaristes et réalisateurs de gauche sont très nombreux et protestent dès fin 1947 contre la censure. La Démocratie chrétienne au pouvoir (avec bien sûr le Vatican aux premières loges!!) conserve une censure très sévère et surveille les propos et les teintes politiques des scénarios et des dialogues.

La politique d’aide au cinéma favorise toujours le cinéma italien (grâce à la loi Andreotti de 1949 sur l’aide au cinéma) et en même temps elle renforce le contrôle de l’Etat.

Les réalisateurs néo-réalistes publient en 1955 un manifeste contre la censure et en 1960, le milieu du cinéma proteste à nouveau mais sans succès.

LES SCANDALES DE LA CENSURE:

Une réforme sur la censure, censée être plus légère, est votée en 1962 (ouverture à gauche du gouvernement italien) mais jusqu’aux années 80 le cinéma connaît de nombreux scandales et polémiques, de films coupés, bloqués puis sortis ou interdits. Bref, c’est le gros bazar et de grands réalisateurs comme Fellini, Visconti,  Antonioni et Bertolucci se retrouvent censurés.

Cette atmosphère plus qu’exécrable va se retrouver dans l’humour corrosif des films de la comédie italienne et avoir comme effet , inattendu, d’alléger les contrôles de la part des comités de censure.

Actuellement, les films qui sortent en salles sont examinés par une commission dépendant du ministère des Biens et Activités culturels. La censure s’est faite moins dure qu’avant les années 90 mais attention car certains films se voient tout de même frappés de coupes ou de diffusions limitées.

Voilà la classification des films pour le cinéma:

  • T (tutti): Tout public.
  •  VM14 (vietato ai minori) : interdit aux mineurs de moins de 14 ans.
  • VM16 : interdit aux mineurs de moins de 16 ans. Cette classification ne se pratique quasiment plus. Seule la justice italienne peut décider l’interdiction avec le dépôt d’une plainte.
  • VM18 : interdit aux moins de 18 ans.

Alors que les vidéos et les DVD sont habituellement cotés par le distributeur, les chaînes de télévision (hors câble et satellite), quant à elles, ont l’obligation de ne diffuser les films estampillés VM14 et VM18 qu’après une certaine heure (22h30 normalement) ou plus tôt si le film connaît des coupes de scènes dites « à risque pour le public » (Brockeback Mountain et son homosexualité « immorale » sur la chaîne RAI2).

L’Italie se veut être un pays de liberté et au final se retrouve parmi les pays qui pratiquent toujours une censure morale et religieuse obsolète. A l’heure actuelle beaucoup de réalisateurs et d’auteurs se battent toujours pour une censure allégée.

LISTE DE FILMS AYANT CONNU LES FOUDRES DE LA CENSURE EN ITALIE

De l’Unité Italienne au Fascisme (1861-1922)

  • Florette et Patapon de Mario Caserini

Durant Le Fascisme (1922-1943)

  • A l’Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone
  • L’adieu aux armes de Frank Borzage, distribué seulement en 1956
  • La Vie d’Emile Zola de William Dieterle, distribué en 1946
  • Les 39 Marches d’Alfred Hitchcock
  • Le Dictateur de Charlie Chaplin
  • Les Monts en Flamme de Luis Trenker, distribué seulement en 1951
  • Les avventures de Marco Polo de Archie Mayo, distribué sous le nom Uno scozzese alla corte del Gran Khan
  • Aventure à Manhattan d’Edward Ludwig
  • Le dernier gangster d’Edward Ludwig
  • L’ennemi public de William A. Wellman
  • Revolutionshochzeit de Hans Zerlett
  • Les amants diaboliques (Ossessione) de Luchino Visconti, une des œuvres majeures du néo-réalisme, tout d’abord distribuée dans quelques salles,  dont toutes les copies avaient été détruites par le régime fasciste. Une copie avait été conservée par Visconti et a été ensuite utilisée pour sa distribution après 1945. C’est à cette période que Visconti est capturé et qu’il échappe au peloton d’exécution grâce à l’actrice Maria Denis.
  • Le petit César de Mervyn LeRoy. Le film montre qu’il est facile de devenir un caïd quand on connaît des moments durs ou que la vie vous y force. W. R. Burnett décrit le personnage de César : « Ce n’est pas un monstre… au mieux un petit Napoléon, un petit César ». César pourrait être un membre de la population qui aurait trop lu la presse à scandale.
  • Le drame de Shangaï de Georg Wilhelm Pabst
  • Quatre de l’infanterie de Georg Wilhelm Pabst, distribué seulement en 1962. Le film fut aussi interdit en Allemagne en 1933 par Joseph Goebbels, ministre de l’Information et de la Propagande du Troisième Reich.
  • Raspoutine et l’imperatrice de Richard Boleslawski, réalisé en 1932 et distribué en 1960
  • Scarface de Howard Hawks, distribué en 1947 mais interdit aux mineurs de moins de 16 ans
  • Rue sans issue de William Wyler, réalisé en 1937 et distribué en 1948

Les films russes ont largement été boycottés par le gouvernement italien:

  • Celiuskin de A. Shafron, Mark Troyanovsky (1934)
  • Tutto il mondo ride/Ragazzi allegri de Grigorij Aleksandrov

Durant la Première république (1946-1992)

  • Colpo di stato de Luciano Salce, (1969) le film a été télédiffusé sur Channel 5 en 1985 et 1989 sur deux chaînes de télévision privées au cours d’une rétrospective consacrée à Luciano Salce pendant le 62 e festival International du Film de Venise de Venise.
  • Orange Mécanique, de Stanley Kubrick, n’a pas été télévisée jusqu’en 1999 (pour la télévision payante) et jusqu’à 2007.
  • Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci bloqué par les censeurs jusqu’en 1987.
  • Gorge Profonde de Gerard Damiano censuré en 1972 et diffusé en 1975, mais sans scène de sexe!!!
  • Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini censuré de 1975 jusqu’en 1991 et n’a eu qu’une diffusion de la télévision payante en 2005.
  • Sesso Nero (Sexe noir) de Joe D’Amato a été censuré en 1978 jusqu’en 1980
  • Le Lion du désert de Akkad Moustapha (film historique de 1981), censuré et bloqué par le Premier ministre italien Giulio Andreotti, diffusée uniquement sur la télévision payante en 2009.

Durant la Seconde République (1992 à nos jours)

  • Toto qui vécut deux fois (1998) de Cipri et Maresto. Il a été montré en sélection officielle à Berlin en 1998, puis interdit en Italie avant même sa sortie, notamment en raison de son caractère blasphématoire. Traînés en justice, Daniele Cipri et Francesco Maresto reçurent le soutien de nombreux cinéastes : Bernardo Bertolucci, Marco Bellocchio, Mario Monicelli ou encore Mario Martone. Cette affaire se retourna finalement contre les détracteurs du film : face au tollé générale que provoqua l’interdiction pure et simple du film, la censure cinématographique fut abolie. Le film sortira en salle six mois plus tard, mais frappé d’une interdiction au moins de 18 ans. Dans un dernier sursaut vindicatif, des bataillons de catholiques fanatiques se plantèrent alors devant les cinémas, empêchant les spectateurs de voir le film. Au total, le procès intenté contre le producteur, aux réalisateurs et au co-scénariste, qui furent accusés d’outrage et de tentative de fraude contre l’état, dura deux ans. Durant ce lap de temps, ces derniers furent privés de toute subvention pour leurs projets en cours et à venir.
  • Li chiamarono… briganti! (il les a appelé…..Brigands) (1999) de Pasquale Squitieri, retiré des salles et non distribué en dvd.
  • OIL de Massimiliano Mazzotta (documentaire sur l’impact environnemental de la pétrochimie) bloqué par un magistrat italien.
  • Citizen Berlusconi de Susan Gray et Andrea Cairola, absent à la télévision 2009 (seulement sur le câble payant).
  • Bye Bye Berlusconi! de Jan Henrik Stahlberg, présenté à la biennale de Berlin (2006) mais jamais distribué en Italie.
  • Le Da Vinci Code  de Ron Howard. Tous public mais a reçu des plaintes pour obscenités et s’est vu interdit au Vatican.

6 commentaires

    • Complètement démagogique le type et hypocrite à un point tel qu’il en devient ridicule!!

      En fait ce pays c’est vraiment du n’importe quoi à tous les niveaux.

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  1. Un pays qui a eu l’un des cinéma les plus fou, inventif, sexy, violent dans les années 70/80 entre les giallo, les polars….. A croire que c’était en réaction à la censure. Comme quoi plus on impose de limites plus les créatifs ont envie de les dépasser ^^

    Bon maintenant le cinéma italien n’est plus aussi créatif même si le fait que Berlusconi soit au pouvoir a redonné un coup de fouet à des films plus engagés

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    • Ouai et bien pour le coup c’est clair qu’il a pris un pain en pleine tronche le cinéma italien!!

      Au niveau du fantastique et horreur y a carrément plus rien (si ce n’est un ou deux films par an) de folichon. Et au niveau cinéma mainstream c’est la dèche complète. Je ne sais pas si ils relèveront la tête un jour.

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