Metropolis de Rintaro (2001) par Marc Shift

Mangapolis.

Adaptation et relecture du chef d’œuvre mythique de Fritz Lang…..et du manga de Tezuka.

Au moment d’écrire cette chronique je n’ai pas encore vu le chef d’œuvre Metropolis de Fritz Lang, ce qui sera chose fait au moment où vous lirez ces lignes. Ce choix a été fait car quand j’ai découvert ce film, je ne connaissais pas grand chose de l’œuvre de Lang et seulement quelques photos de Metropolis et son aura mythique.

Je ne voulais pas faire de comparaison, sans doute au détriment de l’animé. Surtout que je pensais que le but était plutôt de rendre un hommage, de faire une réadaptation, une relecture destinée à priori à un public assez différent (soit plus jeune, soit de culture différente) but assez louable.

Mais en fait, ce qui transparait dans les intentions des concepteurs, c’est la volonté de rendre hommage….à la version manga papier écrite dans les années 1947 à 49 par Osamu Tezuka et  forcément très largement inspirée du film de Lang, notion qui ne transparait pas dans les notes de productions.

Donc ce manga se lance un défi impossible en se mesurant à l’un des plus grand chef d’œuvre du 7 ème art. Le manga d’origine étant quasi inconnu en occident, le rapprochement avec le film muet se fait immédiatement. L’histoire en reprend donc les grandes lignes  mais assez étonnamment en apportant un changement fondamental à l’ histoire d’amour, déclencheur de l’histoire chez Lang. De toutes façons les différences entre les deux films sont nombreuses, la vision du monde n’est pas du tout la même (en 2001 on sait ce qu’est un régime totalitaire et ce qu’ils ont fait ce qui n’est pas le cas en 1927), la notion de lutte des classes est simplifiée (contexte révolutionnaire) etc…

En fait le déclencheur narratif est une enquête menée par un détective japonais accompagné de son neveu Kenichi, tous deux étrangers à la ville, accompagnés d’un robot qui leur fera découvrir Metropolis et son fonctionnement (procédé hyper classique permettant de réduire les expositions). L’enquête porte sur un scientifique suspecté de trafic d’organes, homme vivant dans la clandestinité et travaillant pour le réel détenteur du pouvoir, le baron rouge (manipulant à son aise un président fantoche) ayant comme projet d’assoir sa domination sur le monde. Tout cela se déroule dans un monde robotisé à l’extrême (le slogan, le monde et son apogée technologique, est maintes fois répété tel un leitmotiv auto persuasif) où les tensions entre les robots serviles et les humains désœuvrés sont intenses.

Ce que cherche le baron rouge c’est la création de l’androïde parfait, destiné à s’assoir sur le trône situé dans la tours de la Ziggurat dominant de toute sa taille la mégalopole, trône permettant de se connecter au monde et de le contrôler.

L’animé est loin d’être exempt de tout défaut, surtout au niveau narratif. Sans connaître l’œuvre matricielle de Lang, il y a une impression d’utilisation abusive de raccourci qui se fait rapidement sentir. Metropolis est une mégalopole se superposant sur 3 niveaux (1er niveau extérieur pour les élites et leurs serviteurs robotisés, 2nd niveau où se concentre le peuple d’en bas largement désœuvré et le 3ème niveau « technique »)donc un lieu immense et tentaculaire et pourtant les principaux protagonistes se retrouvent systématiquement aux même endroits (à chaque instant clé), et le déroulement général est très téléphoné, et cela nuit franchement à l’intérêt du spectateur. Et c’est là que le changement dans le traitement de l’histoire d’amour se fait sentir, moteur essentiel chez Lang, qui est ici réduit à une double relation à sens unique (en clair Kenichi est amoureux de Tima l’androïde, amour réciproque mais aucun des deux ne connait le sentiment de l’autre) et très largement sous entendu, relation qui n’existe que pour donner un sens à la fin du film (mais le manque d’empathie en affaibli considérablement la portée).

Par contre l’animé se rattrape nettement sur le niveau technique. Si le choix du design des personnages (très proche d’Astroboy, écrit par….Tezuka et première version animée par…..Rintaro!! ) n’est pas ce qui ce fait de mieux (mais bon là c’est une histoire de goût) leur animation donne un bon rendu. Là où le film tape très fort c’est au niveau de la ville et des décors fait de dessins traditionnels 2D et de dessins de synthèse 3D encore très bluffant 10 ans après (la seule restriction sera sur les moment de destruction, sur les mouvements de chute. Mouvement encore dans le cinéma actuel que je ne trouve pas encore au point). Très clairement c’est vraiment là que ce trouve l’hommage au film originel, intégré dans le mouvement expressionniste allemand.

Au final l’animé se suit agréablement, même si au final se dégage une grosse impression d’auto satisfaction / auto référencement Tezuka étant une légende au Japon, Rintaro est très influent et…..Otomo responsable du scénario est, rappelons-le, le créateur d’Akira. L’ensemble est assez dynamique (et tiens sur 1h30), visuellement très réussi, dommage tout de même que la narration ne soit pas à la hauteur.

Métropolis de Rintaro (2001), Japon, scénario Katsuhiro Otomo,durée 1h52

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