Titanic 3D (1997=>2012) de James Cameron par Flow

Viens, Rose, dans ma machine qui vole

Quinze ans après, ce film n’a rien perdu de sa superbe. Entre blockbuster populaire et œuvre d’auteur comme seul Cameron sait en faire, il offre un spectacle saisissant qui a à peine vieilli.

Vous (re)prendriez bien un peu de glace?

Alors, justifiée la resortie? J’ai envie de répondre par l’affirmative. Je rêvais de revoir mon film préféré au cinéma. Et rien que pour ça, je dois avouer que je peux mourir tranquille. J’avais dix ans à l’époque et je ne me souviens que de bribes, comme ma grand-mère qui pleurait, et les autres spectateurs l’imitant alors que moi non (j’étais déjà un bad ass à l’époque!?). Bref, le voir en grand avec mes yeux d’adultes c’est la classe et j’approuve (malgré un groupe de connasses qui faisait chier le monde).

Parlons de la 3D donc. La conversion HD est parfaite. On a vraiment l’impression que le film sort maintenant pour la première fois. Par contre, la technique obligeant à porter les lunettes ridicules. Hum hum….. Le travail est sérieux, c’est clair, les effets de profondeur sont visibles et même justifiés à certains moments (lorsque Ismay tourne le dos au navire en train de couler par exemple) mais je ne trouve pas ça utile. Pas du tout. Un bon retour à la 2D me semble essentiel (en attendant la 4D du moins)…

Ma critique écrite il y a de ça quelques années:

Le naufrage du Titanic est une des plus grandes catastrophes maritimes qu’ait connu l’homme. En 1912, le paquebot coule dans l’Atlantique Nord en moins de trois heures, emportant avec lui à peu près 1500 personnes. Tragédie humaine, elle est le résultat d’erreurs causées par la trop grande prétention de l’homme. Une fois de plus, l’Histoire est un excellent moteur fictionnel. Ce drame a été adapté 9 fois en film ou téléfilm (incluant ce dernier) entre 1912 et 1997. Sans parler des documentaires, des allusions… Une toile de fond commune, des histoires individuelles romancées. En gros, la recette d’une fresque historique plus ou moins fidèle. Difficile alors pour un auteur de livrer sa propre vision. Et pourtant…

Quand l’Histoire rencontre l’histoire.

Le cadre du film est clair et préétabli. On voit se dérouler sous nos yeux la traversée, puis le naufrage du Titanic. La reconstitution est fidèle (Cameron l’a exploré durant deux ans). Il retranscrit le luxe du paquebot, le comportement des passagers (de la haute société jusqu’à la troisième classe), les personnages historiques (l’orchestre, le colonel John Jacob Astor, Benjamin Guggenheim qui prononce la phrase célèbre: « Nous nous sommes habillés de notre mieux, et nous sommes prêts à couler comme des gentilshommes »…), l’apocalypse du naufrage…

A cela, il croise la petite histoire, au plus près des individus. Ainsi, on voit Rose ( Kate Winslet), une jeune fille de la haute société fiancée à un riche magnat, Caledon Hockley (Billy Zane). Ce dernier la considère plus comme un bien que comme un être humain, si bien que la jeune femme se sent prisonnière. Prisonnière de Cal, mais aussi de son rang, de son éducation. Elle rêve seulement de liberté et d’évasion. C’est dans une tentative de suicide ratée qu’elle rencontre Jack Dawson (Leonardo Dicaprio), un artiste itinérant. La suite, on la connaît.

Le film se révèle être un blockbuster catastrophe typique (bons sentiments, sacrifices…) épaulés par des effets numériques jamais encombrants et ayant à peine vieillis, avec en toile de fond une histoire d’amour naïve. Mais pourtant, James Cameron offre une véritable vision d’auteur.

Lutte des classes.

Tout d’abord, parlons des classes qui semblent avoir une importance capitale dans ce bateau et dans la société en général. Ce critère détermine la vie, la place à bord et surtout la mort. Il n’y a évidemment rien de nouveau là dedans. Mais la séparation est ici tellement grande qu’elle empêche la communication entre les hommes. D’un côté, nous avons les riches bourgeois se sentant supérieurs en tout point et ne voulant rien avoir à faire avec ceux d’en dessous pour lesquels ils n’ont que du mépris. Ces derniers sont casés dans les cales avec les rats. Lorsque le bateau coule, ils sont parqués jusqu’à ce que les gens de première (du moins les femmes) aient embarqués. Le Titanic, si luxueux est comme un moyen pour les riches d’affirmer leur suprématie. Les classes, sont donc un obstacle à l’épanouissement de l’individu. Rose est prisonnière et pour s’épanouir pleinement avec Jack, elle doit s’affranchir.

Plus près de toi Seigneur.

Les machines. Le rapport qu’on entretient avec elles. Si il y a vision d’auteur, c’est certainement à ce niveau. Cette thématique est une véritable obsession pour le réalisateur. De Terminator à Avatar, c’est un thème récurent. Dans Titanic, comme avec Skynet, l’homme crée la technologie, la manie sans précaution et en perd le contrôle. Ce schéma est ici respecté. Le Titanic est un moyen pour l’homme de s’élever au dessus de sa condition, de se transcender (au sens propre). L’humain n’est pas fait pour dominer l’océan, pour s’y lancer à une vitesse folle. Il n’en a que faire, le paquebot est insubmersible. L’eau (un autre thème de prédilection) est un élément hostile. Pour pouvoir évoluer dans ce milieu, il faut une extension. Or, l’homme a oublié que le navire n’est que cela. Il est trop présomptueux. La technologie n’est pas condamnée, c’est l’utilisation abusive qui en est faite. L’abus de fierté a causé la mort. Bruce Ismay incarne parfaitement cette idée. Il n’a que faire des icebergs, tout ce qu’il veut, c’est battre le record de vitesse et faire les gros titres. La scène dans laquelle il s’explique est significative. Il voulait de la splendeur, de la force. Rose rétorque alors qu’il devrait lire Freud. Les préoccupations sur la taille étant représentatif du désir de l’homme d’aller toujours plus loin, plus haut (pour se rapprocher du divin?). Il n’est pas le seul. Le capitaine pêche également par excès de confiance. Il le payera de sa vie en constatant l’étendue des dégâts. De même, le nombre restreint de canaux de sauvetage illustre cette idée.

Histoire éternelle.

Comment évoquer Titanic sans parler de l’histoire d’amour qui s’y développe. Jack rencontre Rose, Jack s’éprend de Rose et Jack sauve Rose en se sacrifiant pour qu’elle survive. Une idylle pleine de poésie et teintée d’érotisme. (qui ne se souvient pas de la main sur la vitre de la voiture…) Certains considèrent cette histoire comme naïve et trop fleur bleue. Ce qui est juste. Jack tombe amoureux au premier regard, la scène (très réussie mais surréaliste) du premier baiser sur la proue du navire. Mais Cameron a toujours proposé des histoires de la sorte. Et une fois encore, on y trouve ses thèmes fétiches. La femme forte et égale à l’homme (ce qui devrait être une évidence je vous l’accorde). La séance de crachat illustre bien l’idée. On retrouve aussi la naissance du couple dans le combat face à la mort. Cette histoire se présente comme une évidence sans que l’on puisse s’y refuser.

Le cœur du Titanic.

Il ne faut pas se leurrer. Le cœur de l’histoire, le personnage principal, c’est Rose. Le film raconte son combat contre la mort, contre sa classe, contre sa mère, contre sa condition. Elle ne rêve que d’émancipation et l’obtient. Paradoxalement certes. (le naufrage et le sacrifice de l’amour de sa vie) Les photos que l’on voit à la fin le prouve. Elle a mené une vie d’aventures. Ainsi, Jack n’est que son faire valoir (n’en déplaise au mâle alpha). Il devient plus un symbole qu’un être réel. Il la guide dans son chemin de croix vers la liberté (ne la tire il pas par la main tout au long du naufrage?). C’est comme si Jack n’avait aucune présence physique. Personne ne se souvient de lui et il n’est pas enregistré. Si il n’est qu’une manifestation, cela explique la naïveté de l’histoire. En effet, Rose aime l’art, il est artiste. Elle veut mener une vie d’aventurière, il vit au jour le jour… Arrivée à la fin du voyage, elle est libre. Il n’a donc plus aucune raison d’exister et disparaît dans l’océan. (Vous avez déjà vu un être humain couler comme une pierre vous?). Il est un symbole, un exutoire pour qu’elle puisse enfin exister en tant qu’individu à part entière.

La comptine fredonnée par les personnages retrouve tout son sens. « Viens, Joséphine, dans ma machine qui vole ». On peut y voir la manifestation du désir de Rose d’échapper à sa condition mais aussi cette volonté de l’humain de s’élever à un niveau supérieur, niveau qui ne lui convient peut être pas. Alors oui, j’aime Titanic et je le revendique.

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19 commentaires

  1. « Le naufrage du Titanic est une des plus grandes catastrophes maritimes qu’ait connu l’homme »
    Ouai, comme le film, je me suis rarement autant fait chier que le jours où je l’ai vu au ciné…..

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  2. Non mais c’est pas possible on peut pas penser autant de bien de ce film.
    Chez moi il a le même effet que les Disney sur les enfants Addams, il faut dire que j’ai un lourd contentieux avec ce dernier

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  3. Punaise…qu’est ce que je suis heureux d’avoir une équipe de chroniqueurs qui soient si solidaires et unis dans la critique. Des gens qui se sont trouvés et qui partagent les mêmes goûts, cette même passion pour le cinéma….

    Les gars…vous êtes une vraie équipe, toujours d’accord!! Merci! Snif…..snif……

    PS: Votre boss vous rappelle qu’il est ceinture noire de second degré.

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