Goyokin, l’or du shogun de Hideo Gosha (1969) par Marc Shift

Magobei est un samouraï errant de foire en foire où il sert d’attraction à un marchand miteux. Sur le point de vendre son sabre et de renoncer à sa condition il fait volte-face. Heureusement car il ne tarde pas à être attaqué par des hommes qu’il reconnait….

Goyokin-poster-affiche

Sword of heaven.

Je suis un fan de chambara de longue date, et cette passion me vient de mon amour pour le western. Les deux genres sont d’ailleurs très proches l’un de l’autre et cela date depuis, au moins, les films de John Ford qui influenceront durablement Akira Kurosawa. Influence et admiration qui deviendront réciproques au fil du temps (quand Ford commence sa carrière, Kurosawa a 7 ans….).

Goyokin-Hideo-Gosha-Tatsuya-Nakadai

Loin de moi l’idée de comparer ces deux grands maîtres, mais par goût je suis nettement plus attiré par les films de Kurosawa, que je connais bien mieux, que ceux de Ford. Sans doute à cause du sabre….En fait j’aime tellement cet univers que le seul jeu vidéo auquel je fut réellement accroc est à peu près inconnu, il s’agit de Bushido blade, jeu de combat assez court (et assez sanglant, les armes blanches sont plus salissantes….) car chaque coup était à peu près mortel. Enfin bref.

Goyokin est bien plus tardif, et correspond plus au début du western spaghetti avec les quels il partage pourtant des points communs, comme par exemple le héros solitaire et taciturne (mais qui est une figure emblématique de presque toutes les époques de western en fait). Mais je ne vais pas faire la liste des influences de ce film, ni même de l’influence qu’il a eu sur bon nombre de film postérieur.

Goyokin-Hideo-Gosha-Tatsuya-Nakadai

Car Goyokin est bien plus que tout ça. Hideo Gosha utilise tous ces codes pour démystifier le code d’honneur des samouraïs (tout comme dans les westerns spaghetti avec le cowboy….) et faire une critique sociale à l’époque où le cinéma japonais est assez timide dans ce domaine. Le schéma est maintenant classique, mais décrire un système corrompu dont la seule ambition est de se maintenir au pouvoir (c’est pas comme maintenant…..) est à l’époque très novateur et même sacrément couillu.

Magobei a fait parti du clan au pouvoir, mais n’a pas supporté les exactions et les massacres de son clan, il décidera donc de le quitter. Il ne sera pas oublié des siens, et alors qu’un nouveau massacre est en prévision, des hommes sont chargés de l’éliminer car il pourrait devenir gênant. Voulant à tout prix apaiser sa conscience il décide alors de s’opposer à son clan.

Goyokin-Hideo-Gosha-Tatsuya-Nakadai

Grâce à cette trame Hideo Gosha développe des personnages complexes, presque tous tiraillés par leur passé, les décisions à prendre, les enjeux….Que ce soit pour l’espion du Shogunat, la femme du samouraï, la rescapée du premier massacre ou le clan, aucun n’échappe à ce travail d’écriture.

Goyokin-Hideo-Gosha

En fait, pour ce film, on pourrait utiliser tous les superlatifs car il est tout simplement fabuleux. La réalisation est superbe (avec pour l’une des premières fois au Japon, l’utilisation de caméra 35 mm, plus légère que celle utilisée classiquement, permettant une plus grande fluidité), l’éclairage est magnifique (les scènes de nuit, les duels….) et les acteurs sont simplement monstrueux.

Oui parce que des tournages par -20°c , dans la neige, avec des costumes d’époque c’est p’t’être pas la mine mais c’est pas non plus confortable. Avec le toujours aussi immense Tatsuya Nakadai (voir ici), le très bon Kinnosuke Nakamura, la magnifique Ruriko Asakoa….le casting est vraiment impressionnant.

Goyokin-Hideo-Gosha

Ce film est tout simplement un indispensable du chambara, et au delà il est même parfait pour faire la liaison entre un pan entier du cinéma occidental et le cinéma japonais (au moins).

Entre culte et chef d'oeuvre
Entre culte et chef d’oeuvre

Goyokin, l’or du shogun de Hideo Gosha (Japon, 1969). Photographie de Kozo Okazaki, musique de Masaru Sato. Avec Tatsuya Nakadai, Kinnosuke Nakamura, Ruriko Asakoa, Tetsuro Tamba, Yoko Tsukasa…..durée 1h58

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6 commentaires

  1. Comme je suis une bille dans le domaine du chambara j’ai envie de te parler de jeux vidéo: Bushido Blade c’était technique mais pour le côté fun je préfère nettement samouraï shodown…voilà…c’est tout….c’était bien….hein?

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      • En plus des jeux vidéos chambara (avec aussi Last Blade 1 et 2, suite plus dark et réaliste de Samourai Shodown) faut surtout se mettre aux bouquins avec les exceptionnels La Pierre et le Sabre, et La Parfaite Lumière de Yoshikawa Eiji qui raconte la vie du Ronin Myamoto Musashi (ou sinon la version manga tout aussi géniale de Takehiko Inoue : Vagabond)

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