Avé (2012) de Konstantin Bojanov par Flow

Des films d’auteur comme celui-ci, qui vous marque à vie, je pourrais en voir plus souvent. Mais je me dis que si ça demeure exceptionnel l’effet de plénitude qu’ils me procurent restera intact. En attendant, Avé l’est, à bien des égards.

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Bouh la menteuse!

Parti de Sofia, Kamen se rend en stop à Roussé, dans le nord de la Bulgarie. Sur la route, il rencontre Avé, une jeune fugueuse de 17 ans, qui lui impose sa compagnie. À chaque nouvelle rencontre, Avé leur invente des vies imaginaires et y embarque Kamen contre son gré. D’abord excédé par Avé et ses mensonges, Kamen se laisse troubler peu à peu…

Le long-métrage se présente comme un road-movie classique. Un gars, une fille errant sur les routes d’une Bulgarie désincarnée, aux teintes blafardes.

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Pourtant, on voit très rapidement que contrairement à la majeure partie des road-movies américains, les motivations des personnages restent floues. On comprend vite que ces deux adolescents sont les représentants d’une génération perdue qui cherche une place dans ce monde inhospitalier sans jamais parvenir à la trouver. Une errance métaphysique, poétique et lyrique pour laquelle la pudeur le dispute à la force d’expression des sentiments. Un voyage bouleversant et pittoresque (les conducteurs qui prennent le couple en stop sont assez particuliers). Pourtant, Avé n’est pas la chronique sociale d’une jeunesse en perte de repères qu’on pouvait attendre. En réalité, tout ce qui intéresse le talentueux (et toujours sobre) réalisateur ce sont ces deux êtres qui se rencontrent, se séduisent et se trouvent.

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Leur histoire d’amour naissante est magnifique. Pour la simple raison (en plus de l’immense talent des deux acteurs) qu’elle parvient à signifier beaucoup sans longs épanchements sentimentaux. Tout passe par les regards échangés ou non. Le jeu de séduction subtil qui se déroule sous nos yeux est le point fort du film. Le climax étant atteint avec cette lente et magnifique étreinte dans le bus, tout en retenue et hésitations mutuelles. Elle pleure face à l’épreuve qu’ils viennent de vivre, il la regarde longuement puis malgré les tentatives pudiques de la jeune femme pour dissimuler son chagrin, il l’étreint chaleureusement. Cette scène figure l’apprivoisement compliqué mais émouvant d’Avelina par Kamen. Le jeune homme bourru la comprend enfin.

Et nous avec. On découvre petit à petit les motivations des personnages derrière cette longue errance (attention spoilers).

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Lui doit aller assister à l’enterrement de son meilleur ami qui vient de se suicider; elle est à la recherche de son frère toxicomane disparu. La jeune fille est une mythomane compulsive. Dès que le couple rencontre un nouveau protagoniste, elle s’invente une vie. Jusqu’à la visite de la famille de l’ami défunt où elle se fait passer pour sa petite amie. D’abord intrigante pour Kamen (et pour nous) cette manie devient vite problématique à mesure que les mensonges entraînent ennuis pour le couple. Le jeune homme est vite excédé alors qu’on se demande où tout cela va les mener.

Puis les intentions du film nous apparaissent clairement. Face à l’âpreté de notre monde, où se faire une place est difficile, comment peut réagir la jeunesse? Et par cette question, le couple déjà poignant acquiert une dimension quasi-tragique. Kamen fait face à l’horreur du monde. Très terre à terre, il accepte la réalité et en souffre. Avé, elle, refuse d’y faire face et se construit un imaginaire où s’échapper. Pourtant, elle est malheureuse (son frère finissant par mourir loin d’elle) également. Après leur seule et unique nuit d’amour, Kamen commencera à l’imiter en racontant son premier mensonge. Son air apaisait signifiant que la solution se trouve peut-être dans cet échappatoire.

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On pourrait en rester là, avec la volonté de cette jeunesse déchue qui retrouve la liberté en inventant sa propre réalité mais le mensonge final, d’une puissance mélancolique rare, montre bien que ce n’est pas non plus la solution. Avec celui-ci, le personnage de Avé s’adresse directement à nous, spectateurs. Il semble nous dire, avec un mélange de résignation et d’espoir quasiment perdu, qu’il n’y a pas de réelle solution mais qu’il faut bien faire avec. Cruelle vérité de la vie.

Porté par des acteurs talentueux et un scénario poignant, ce film est un immense coup de cœur à la fois drôle, attachant, poignant et amer. Chaudement recommandé!

Chef d'oeuvre, n'hésitez pas!!!
Chef d’oeuvre, n’hésitez pas!!!

Avé (Bulgarie) de Konstantin Bojanov. Avec Anjela Nedyalkova, Ovanes Torosyan, Martin Brambach. Durée: 1h26.

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