Blackthorn de Mateo Gil (2011) par Tootsif

Passé pour mort depuis 1908, Butch Cassidy, le légendaire hors-la-loi, se cache en réalité en Bolivie depuis 20 ans sous le nom de James Blackthorn. Au crépuscule de sa vie, il n’aspire plus qu’à rentrer chez lui pour rencontrer ce fils qu’il n’a jamais connu. Lorsque sur sa route il croise un jeune ingénieur qui vient de braquer la mine dans laquelle il travaillait, Butch Cassidy démarre alors sa dernière chevauchée…

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DERNIERE CHEVAUCHEE

Le western est mort avec Clint Eastwood et son Impitoyable disent les puristes, ceux apparus après n’étant au mieux que du néo-western (dont la définition échappe à tout le monde) mais le plus souvent que de bien pales hommages.

Si je ne suis pas un « spécialiste » mais un simple amoureux du genre je répondrai quand même à ces théoriciens du cinéma que ceux-ci sont des connards finis bien trop occupés à réfléchir sur les films qu’à les ressentir.

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Non le western n’est pas mort mais comme nombre de formes d’arts (le rock ou la pop pour la musique par exemple) il a muté pour s’adapter et on ainsi vu apparaître des chefs d’œuvre comme L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford, Appaloosa et certes dans une forme plus éloignée de l’image d’Épinal du cow-boy des films comme Exilé, Trois Enterrements, Gran Torino ou No Country for Old Men (ou l’incroyable The Proposition).

Et c’est dans ce contexte que sort Blackthorn film étrange, hybride, à mi-chemin entre le western classique et ses évolutions modernes, déchirement qui sera en partie responsable de son côté bancal mais, hélas, pas le seul élément.

De bonnes choses Blackthorn en est pourtant truffé.

La première est son postulat de départ : et si. Et si Butch Cassidy n’avait pas été tué comme la légende le prétend (et comme nous le raconte le magnifique Butch Cassidy et Le Kid de George Roy Hill) lors de la fuite vers la Bolivie. Et s’il avait ainsi survécu et était devenu un simple éleveur dans ce pays. Et si près de 20 ans après sa « mort », deux éléments, tout aussi distinct l’un de l’autre (la disparition de l’une des dernières traces le rattachant à son passé et une rencontre inattendue), le remettaient en scène pour une ultime chevauchée.

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Oui l’histoire est belle.

Tout comme l’image. Simplement magnifique. Et les paysages fantastiques de la Bolivie n’ont rien à envier au grand Ouest américain et apportent une touche de fraîcheur bienvenue par leur variété. Ainsi si on retrouve les traditionnels canyons on a aussi droit à des endroits plus boisés et surtout au magnifique désert de sel, vaste étendue plate et aride qui nous transporte dans un autre monde.

Et comme la caméra de Mateo Gil prend vraiment le temps de s’attarder sur ces derniers tout en offrant des plans grandioses, il se dégage vraiment une atmosphère particulière de ce film entre contemplation et introspection. On est ainsi parfois hypnothisé par des longues séquences de pure contemplation.

Et par dessus tout il y a le personnage de Blackthorn alias Butch Cassidy, interprété par un monumental Sam Shepard qui apporte tout son talent à ce personnage traversé par de multiples sentiments. De Blackthorn se dégage de la sagesse, de la mélancolie, des regrets, de la rudesse qui dissimule mal un besoin irrépressible de partager tout comme à sa solitude s’oppose son envie de revivre des heures aussi belles que celles partagées avec le Kid.

Sam Shepard donne vie à tout cela avec force et conviction nous faisant vraiment ressentir les tourments intérieurs de Blackthorn.

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La première impression de Blackthorn est donc plutôt positive si tant est que l’on aime les films au rythme lent et contemplatif, ce qui tombe bien est mon cas.

Le problème ici c’est que ce rythme lent et contemplatif a hélas tendance à devenir un rythme mou. La frontière entre les 2 était mince et Mateo Gil l’a franchi malheureusement allègrement en de nombreuses occasions du fait d’une maîtrise peu assurée de son histoire.

Mateo Gil entrecoupe son film de flash-backs nous racontant divers passages qui conduisirent Cassidy à s’installer en Bolivie, malheureusement ces derniers censés nous en apprendre plus sur son passé et éclairer cette dernière chevauchée cassent justement le mystère que Blackthorn entretien avec son compagnon d’aventure et n’apportent finalement aucun éclairage.

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Il faut ajouter à cela des seconds rôles bien fades (le personnage interprété par Eduardo Noriega dont le duo avec Blackthorn ne fonctionne jamais), inutiles voire horripilant (le personnage joué par Stephen Rea tout droit sorti du passé de Cassidy n’apporte rien à l’histoire et dont le sur-jeu est crispant) qui ne tiennent pas la comparaison avec le charisme et la présence de Blackthorn.

Et pire que tout il y a la trame scénaristique, ou plutôt son absence, Mateo Gil multipliant les orientations pour finalement n’en choisir aucune. Film contemplatif ? Introspectif ? Dernière chevauchée d’un vieux cow-boy dont la rencontre avec un jeune lui rappelle une époque qu’il croyait révolue ? Film social et politique par le biais de ces pauvres mineurs indiens dépouillés de leurs biens ?

Gil hésite, tergiverse et pour gagner du temps ses pauses contemplatives semblent se transformer en documentaire touristique sur la Bolivie et non plus dans le cheminement d’un personnage tant sa caméra s’éloigne de ce dernier pour se focaliser sur le décor.

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D’un postulat de départ ingénieux, d’un personnage fort, de décors somptueux, de tout cela Gil ne semble pas quoi faire et plonge le spectateur de l’ennui, allant jusqu’à me donner l’impression que cette petite heure et demi passée en compagnie d’une légende s’est étirée sur des heures.

Bof, ça passe encore
Bof, ça passe encore

« Blackthorn » de Mateo Gil (2011). Avec : Sam Shépard, Eduardo Noriega, Stephen Rea,  Nicolaj Coster-Waldau. Distribué par BacFilms. Durée : 1 H 32.

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7 commentaires

  1. C’est marrant de voir à quel point les westerns ne sont devenus que des prétextes à faire de belles images et à oublier quelques fois que l’histoire et des rebondissements faisaient le sel de ce genre.

    Je reste toujours fan de certains westerns spaghettis parce qu’ils ne laissaient rien au hasard que ce soit au niveau de l’histoire (le bon, la brute et le truand) qu’au niveau de l’esthétisme (il était une fois dans l’ouest).

    Aujourd’hui le style s’est, certes, affiné, mais a perdu en richesse du propos hormis quelques exceptions que tu cites au début de ta critique.

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    • Oui ici on a un peu l’impression de chercher la belle image pour faire de la belle image et non illustrer un propos et c’est franchement dommage car il y avait de quoi faire quelque chose de profond

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  2. dommage le potentiel et là, très bon postulat de départ triste que l’essaie ne soit pas transformé.
    Sinon 3 enterrements c’est carrément génial, avec un énorme Tomee Lee Jones (devant et derrière la caméra)

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  3. Un western crépusculaire dans des décors splendides et envoutant Butch Cassidy reprend du service. Par contre la question de conscience de Cassidy (Blacktorn) à la fin est peu vraisemblable… Il y a quelques années il avait moins de considération… Les flash-backs restent une bonne idée dans ce cas précis mais les acteurs sont trop banals et peu charismatiques ; de fait on ne peut s’empêcher de repenser au duo mythique Newman-Redford. Heureusement les autres sont excellents, la BO associés à ces magnifiques paysages font qu’on passe un très bon moment… 3/4

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    • cette dénomination de western crépusculaire est ici à mon avis galvaudée (et ouais y a du vocabulaire ici ^^) car si on est bien sur une dernière chevauchée le film manque sérieusement de fond et se contente d’enchainer les jolis paysages sans vraiment raconter une histoire

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