Batman VS Flow. Round 1: Tim Burton préfère les méchants.

Entre le chevalier noir et moi, ça a toujours été une histoire d’amour. Depuis que j’ai vu le dessin animé des années 90 et alors que je n’avais pas dix ans, je suis fasciné par cet univers sombre et torturé. Rien de plus naturel, donc, que je revienne sur les adaptations ciné, passionnantes  à analyser du comics.

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Batman. (1989)

réalisé par Tim Burton

Double-je.

Avant même que James Cameron n’en fasse la démonstration, Tim Burton, en 1989 (alors en grande forme) a prouvé qu’il était possible de réaliser un gros blockbuster qui se veut tout autant un film d’auteur. Et ce n’est qu’une des qualités de ce long-métrage, qui a certes vieilli, mais reste diablement accrocheur.

Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus dépoussiéré (?) que jamais, il s’apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker…

Première adaptation sérieuse de l’homme chauve-souris au cinéma, celle de 1966 étant à classer dans les inclassables, elle parvient à capter l’essence des comics de Bob Kane tout en se créant un univers qui lui est propre.

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Tout d’abord blockbuster, Batman enchaîne les scènes d’action, les explosions et les morceaux de bravoure essentiels au cahier des charges d’un tel film. Tout ce pan de l’œuvre a très mal vieilli mais lui confère un charme désuet, presque enfantin (les décors ressemblent à des jouets en carton-pâte). Le passage du temps lui a été profitable car il laisse planer un sentiment de nostalgie face à la débauche d’effets spéciaux présents dans les films actuels.

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Bref, on ne s’ennuie jamais. Mais derrière ces faux airs de grosse machine hollywoodienne, Batman cache en fait un film d’auteur dans le sens où les obsessions de son réalisateur imprègnent la pellicule. Les décors rappellent le gothique flamboyant des vieux films d’horreur de la Hammer ou d’Universal mais aussi l’expressionnisme allemand. On sait que ce sont les principales sources d’inspiration du réalisateur. Gotham City est une ville sombre, gangrénée par le crime qui évolue en monde clos. Il n’est pas étonnant que Burton se soit intéressé à cette adaptation. Les univers de Batman et le sien étaient faits pour se rencontrer et pour fusionner. Cette alliance donne naissance à un univers sombre mais chatoyant et très vivant.

Il a également bien assimilé le «cas» Batman. L’identité est le thème central du film et il n’est pas non plus étonnant qu’un type qui doit mettre un masque pour exister puisse intéresser le réalisateur tourmenté. Qui est ce type? Taciturne et inadapté social, il n’est rattaché au monde que par son majordome et confident, Alfred. Pur produit de la société (qui lui a arraché ses parents), il s’est barricadé derrière son masque pour ne plus souffrir.

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A contrario, le Joker, magnifique personnage (génial Jack Nicholson) souffre tout autant mais cache son moi profond par un masque opposé. Sa douleur n’est pas contenue, elle doit s’exprimer à travers son masque de joie, son rictus permanent. Sa (re)naissance lui a permis de devenir clairvoyant, de relativiser les choses de la vie et l’importance qu’on accorde au futile. Pas étonnant là non plus que Burton s’intéresse à un tel personnage. Il s’attache à détruire tout le superflu de la société (l’art, l’argent, la mode, les canons de la beauté). Il en pervertit tous les symboles.

On ne connaîtra jamais l’origine de sa souffrance mais sa douleur est touchante (même plus que celle de Batman car plus expressive). « Mon rire n’est qu’extérieur (…) si vous pouviez me voir au fond de moi, je ne suis que pleurs et vous partageriez mes sanglots. » lance-t-il.

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Leur affrontement se mue en quête identitaire quand on comprend qu’au final, ils ne font qu’un et sont les deux faces d’une même pièce. Ils sont leur double dans le sens où ils incarnent deux façons d’évoluer dans une société pour laquelle ils n’éprouvent aucune sympathie, dans laquelle ils se sentent mal et peinent à exister. Du Burton tout craché, non?

Bref, il y aurait plus à dire mais l’essentiel est là. Tim Burton a su saisir la complexité des comics et l’a transcendée avec ses propres marottes. Le film a pris un gros coup de vieux mais reste une date importante du cinéma contemporain.

Excellent!!!
Excellent!!!

Batman Returns. (1992)

réalisé par Tim Burton

Freaks Show.

Le premier volet laissait entrevoir toutes les possibilités créatrices d’une association entre l’univers torturé de Bob Kane et un réalisateur torturé, Tim Burton. Ce deuxième opus se donne les moyens de les mettre en image. Avec un budget conséquent, l’homme qui fut un jour le plus grand outsider de Hollywood, a laissé libre cours à sa folie créatrice. Le résultat? Certainement son meilleur film (à ce jour, soyons sympas) et une œuvre géniale, tout simplement.

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Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre génétique doté d’une intelligence à toute épreuve, qui sème la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face à la séduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la féline Catwoman qui vont lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprécie Selina, Batman n’est pas insensible au charme de Catwoman (si ça c’est pas un résumé merdique…).

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On lui a reproché, à la sortie du premier opus, d’accorder plus d’égards au personnage du Joker qu’à celui de Bruce Wayne/Batman. Ce qui, en passant, est stupide étant évident qu’ils apparaissaient comme des doubles, donc traités sur un pied d’égalité. Du coup, dans celui qui nous occupe maintenant, il a laissé le chevalier noir dans son coin pour s’occuper des autres personnages.

Un gros fuck adressé aux fans tant le justicier est relégué en arrière-plan comme un vulgaire personnage de seconde zone. Batman Returns est tout comme Batman, mais en mieux. C’est d’abord un blockbuster efficace (qui pour le coup a très peu vieilli), à l’esthétique gothique qui cherche à toucher du doigt les grands classiques des Murnau et autres Lang. Il y aurait beaucoup à dire sur ce thème mais cela ne m’intéresse guère et je n’y connais pas grand chose. Je préfère laisser ça aux spécialistes.

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Concentrons-nous plutôt sur la galerie de personnages, ce freaks show monumental. S’il faut en écarter Wayne/Batman, qui demeure pourtant un monstre, dans le sens où il s’écarte de la norme, relégué au second plan, on peut tout de même se délecter des miettes que Burton daigne bien lui laisser. Ainsi, lorsqu’il dit à une Selina interloquée qu’il s’est confondu avec quelqu’un d’autre ou lorsqu’il se ramène à un bal masqué sans masque, on comprend qu’il n’a toujours pas résolu sa crise identitaire.

Si l’identité reste une part importante du long-métrage, le Pingouin étant perdu entre sa volonté d’être un homme et sa particularité animale et Selina Kyle étant perdue tout court, elle n’en est plus le cœur. Plus personnel pour Burton, ce deuxième épisode prend une tournure autobiographique et propose de réfléchir (comme le fit Edward aux mains d’argent un an plus tôt) aux moyens d’exister dans une société normative, norme dans laquelle les personnages (et le réalisateur) ne se reconnaissent pas.

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La masse de citoyens qui compose Gotham City a le mauvais rôle. Ils vivent du bon côté de la société mais sont présentés comme des débiles, des patins manipulables à l’envie et par dessus tout des garants de l’ordre établi. Prêt à rejeter la différence. Les monstres du film (donc Burton) les répugnent au plus haut point.

Catwoman, le Pingouin (et même Max Schreck) crachent leur haine de la normalité à la face du monde. La première, magnifique Michelle Pfeiffer, détruit tout ce qui la rattache au monde avant de devenir une chatte aguicheuse, une femme à la sexualité débordante et rentre-dedans. Le Pingouin, grandiose Danny DeVito, le hurle à ses congénères: «je ne suis pas un homme, je suis un animal et à sang-froid!». Grandiloquents et pathétiques, les monstres de Batman Returns sont à la fois libérés de leurs entraves et condamnés à la tragédie (voire la mort ridicule et touchante du Pingouin).

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Burton en profite pour détruire des symboles de la société (Noël, la beauté, les centres commerciaux, etc,…). S’il admire ses créations et qu’il aimerait, lui aussi, cracher à la face de la société toute la rancœur qu’il éprouve à son sujet, il semble qu’il ne puisse le faire au-delà du cadre du film. Il adopte plus la posture de Batman, qui se retrouve seul et pantois, spectateur d’un étrange spectacle grandiose et misérable, condamné à enfouir sa rage en son for intérieur alors qu’il souhaiterait la laisser éclater comme viennent de le faire ses congénères.

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Si je lui préfère d’un cheveu l’excellent Dark Knight de Nolan, ce film est certainement la meilleure adaptation des comics à ce jour, car la plus personnelle. Tim Burton a eu les couilles de s’approprier l’univers de la chauve-souris et d’y intégrer ses propres obsessions. Un travail d’orfèvre, porté par une esthétique grandiose et une musique magnifique (encore une fois, le grand Danny Elfman), duquel il est impossible de sortir indemne. Si chaque réalisateur s’attaquant à l’univers d’un super-héros en faisait autant, on verrait naître quelques pépites…

Chef d'oeuvre, culte, n'hésitez pas!!!
Chef d’oeuvre, culte, n’hésitez pas!!!
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10 commentaires

  1. Méchant dossier mon Flow et belle comparaison de Tim Burton avec Nolan. Tim Burton est certainement le réalisateur qui a le mieux compris que l’intérêt de Batman est à chercher surtout du côté des bad guys!! Batman, le retour est, à mon sens, la meilleure adaptation au cinéma de l’univers Batman: burlesque, coloré bien que sombre, et profond!! Rien ne manque et rien ne peut être rajouté.

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  2. Autant j’adore les batman de Burton, autant ceux de Nolan bof. Je sais ce que la majorité en pense mais je trouve qu’il manque de personnalité, les suivant d’un oeil assez indifférent…
    Mais très bon papier Flow, ça a du te faire du bien de voir ça dans la masse de bluette que tu mattes 😉

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    • Je peux comprendre mais je ne peux être d’accord. Ils ont de la personnalité mais elle est moins personnelle. Plus universelle disons. Mais ennuyants, j’admets volontiers qu’ils peuvent l’être si on n’est pas attentifs.
      Merci 🙂 Rhooo je n’en vois pas tant que ça et je te rassure je les avais déjà vu avant, au moins dix fois chacun étant gamin (j’ai honte mais je dois confesser que gamin je préférais Batman Forever -vu au moins 30 fois-. Batman Returns me faisais flipper 😉 )

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      • Tu m’inquiètes….
        Mais les Batman de Nolan (hormis l’hallucinant Jocker), je les trouve fade, ça manque de tripe, c’est trop calculé.
        Et j’adore ta personnalité moins personnel, ça c’est fort 😉

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      • N’aies pas peur, ça a façonné mon caractère !! 😆
        Je vois ce que tu veux dire pour les Nolan et dans une moindre mesure je suis d’accord.
        Je suis fier de cette phrase^^

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  3. Bon dossier flow, le ‘Batman returns’ reste le volet le plus proche des comic books, comme Del Toro avec Blade2 (et le perso de Nomac) Burton privilégies ses Vilains au détriment du Héros, j’espère que si des adaptations du caped crusader vont se refaire, qu’elles redeviennent ‘back to roots’ en incluant ce coté horrifique qu’a bien réussi Timmy (le minuit à Gotham de Steeve Niles serait par exemple une bonne trame).

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