Frères de sang de Kang Je-Gyu (2004) par Tootsif

Séoul, Corée du Sud, au début des années 50. Jin-tae est un cireur de chaussures qui consacre ses modestes ressources à l’éducation de son frère cadet, Jin-suk, et espère envoyer prochainement celui-ci à l’Université. Leur mère, veuve et handicapée, tient une échoppe avec l’aide de la fiancée de Jin-tae, Young-shin, qu’elle a recueillie quelques années plus tôt.

Tous les espoirs de cette famille s’effondrent brutalement le 25 juin 1950, lorsque la guerre éclate. Jin-suk est recruté de force et envoyé sur le front. Jin-tae tente vainement d’intercéder, et subit le même sort. Les deux frères rejoignent cette armée du Sud, mal équipée, mal nourrie, mal organisée, harcelée jour et nuit par un ennemi supérieur en nombre et en force…

PUTAIN LA GUERRE C’EST MOCHE.

« Ce qui compte ce n’est pas la taille mais la façon dont on s’en sert » dit la sagesse populaire (ou plutôt une personne qui se confond dans un optimisme béat et qui a un besoin irrémédiable de se rassurer).

Et bien cette phrase qui sonne douloureusement aux oreilles de nombre d’hommes trouve toute sa force avec Frères de Sang dont la taille du budget n’a d’égal que la vacuité des images.

            Et oui, ça sert à quoi d’avoir le plus gros budget de l’histoire du cinéma coréen (12 millions de dollars, ce qui est quand même à relativiser quand on voit ceux des blockbusters américains et même de leurs films de merde, genre 57 millions pour Ghost Rider 2) si c’est pour faire une histoire aussi mélodramatique qui en plus de tomber régulièrement dans le pathos se montre d’une simplicité et d’une naïveté confondante quand il s’agit de traiter des horreurs de la guerre.

            Alors oui le travail de reconstitution accompli est époustouflant et on plonge véritablement au cœur de ce conflit sanglant qui déchira les 2 Corées. Sanglant le film l’est et peut être un peu trop, Kang Je-Gyu abusant d’effet gore pour démontrer naïvement l’horreur de la guerre. Ben ouais si avec des jambes éclatées qui volent d’un bout à l’autre de l’écran et avec des mecs entrain de crever dont des vers sortent du bide vous ne comprenez pas que la guerre c’est moche je sais pas ce qu’il vous faut ! (ptet vous balancez au cœur d’un champ de bataille ?).

            Ben en même temps ce déchainement d’horreur ne remplit pas son office car sombrant rapidement dans la surenchère gratuite, ce qui fait que l’on regarde ses images sanglantes d’un œil morne voire avec un ennui certain.

            Bref de jolies images mais qui passé le choc initial tournent vite en rond. Tout comme l’histoire qui mélange la petite (celle de 2 frères pris au sein d’un conflit qui les dépasse) et la grande (la guerre entre les 2 Corée qui fit des milliers de morts) et làa aussi la formule ne prend pas.

            La petite histoire est d’une naïveté confondante (le grand frère qui se sacrifie pour sauver son fragile petit frère) et tourne même au grand n’importe quoi lors du dénouement final entre twists aberrants (le grand frère qui change de camps comme ça, bon ok pas vraiment comme ça,  pour rejoindre ceux qu’il excécrait comme un fou 2 minutes plus tôt) et pleurnicheries gonflantes (la dernière demi-heure est un concours de pleureuses et de cris entre les 2 frères) ;

            Et la grande……Ah putain la grande…..

Kang Je-Gyu est sud-coréen mais son film essaie de ne pas être manichéen en nous montrant de gentils sud-coréens résistants à l’invasion de leurs enfoirés de cousins communistes. Et si la première moitié du film semble aller vers un manichéisme crétin avec des nord-coréens commettant les pires atrocités, la situation s’inverse ensuite.

Kang je-Gyu se garde donc de froisser quiconque et par la même occasion se garde donc d’exposer un point de vue et cette grande histoire ne lui sert donc qu’à montrer  un gigantesque champ de bataille où il peut s’amuser avec ses fusils et ses bombes pour montrer qu’il est le Spielberg asiatique.

            Ah si ! Son point de vue se résume à : « regardez comme la guerre c’est moche ! ». Merci de nous infliger  plus de 2 heures de cette chienlit pour qu’on comprenne ça !

            Ainsi cet immense déluge de violence guerrière et d’images chocs est d’une vacuité totale avec un propos digne de ceux tenus par Miss France le soir de son élection.

Si on veut de la guerre spectacle y a qu’à mater Il Saut sauver le Soldat Ryan ou La Chute du Faucon Noir, si on veut de la profondeur on se tournera vers Apocalypse Now ou La Ligne Rouge et si on veut comprendre l’horreur absolue qu’est la guerre on se tournera vers quelque chose  comme requiem pour un Massacre.

            Mais dans aucun cas vers Frères de Sang.

« Frères de Sang » (Corée du Sud) de Kang Je-Gyu (2004). Avec : Jang Dong-Kun, Won Bin, kim Su-Ro. Distribué par United International Pictures. Durée : 02 H 27.

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7 commentaires

  1. D’ailleurs je me faisais la remarque en matant Il faut sauver le soldat Ryan pour la 125ème fois: il n’y a pas l’ombre d’un bon film de guerre depuis belle lurette!!

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  2. Ouais c’est vrai que le genre est un peu passé de mode. Le dernier bon reste pour moi La Chute du Faucon Noir qui est ultra rythmé.
    Maintenant quand on fait des films de guerre c plus des trucs critiques sur l’armée, mais bordel moi c ‘est de l’action que je veux

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  3. La chute du faucon noir !! revu il y a deux jours avec un grand plaisir et beaucoup de fun!! C’est vrai que dorénavant les films de guerre c’est beaucoup de bla bla genre:

    « pourquoi on fait la guerre? »  » C’est vrai c’est mal et puis les pauvres indigènes ils ont rien demandé!! » « on est pas chez nous mec!! je voudrais rentrer chez moi » « l’armée c’est le bras armé de la nation, mais notre nation elle pue du cul!! »….en gros on se fait chier!!

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  4. Pour ma part, j’ai plutôt aimé ce film, plus que soldat ryan, qui passé la scène du débarquement, m’a ennuyé à mourrir…la pauvre maman qui veut pas perdre son dernier fils ! Pffff! Et les drapeau américains qui flottent au vent… Les américains gentils, les allemands les gros méchants, les français les grosses brelles…

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    • Là je me suis ennuyé dès le début. La comparaison avec Le Soldat Ryan ne tient pas pour moi car leur but n’est pas le même : Le Soldat Ryan est du pur divertissement alors que là le film veut se donner une vocation moralisatrice.
      Or cette dernière est très mal amenée et surtout le film sombre dans le pathos de celui des 2 frères qui criera, pleurera, en bavera le +

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