Dossier Saga: La Malédiction (The Omen)

1968, Roman Polanski choque le monde entier avec son Rosemary’s Baby et son histoire d’enfant du mal. 1973, L’exorciste, c’est au tour de William Friedkin d’effrayer les spectateurs avec sa petite fille habitée par le démon et qui subit l’exorcisme du père Karras. Deux films polémiques dans une société encore très marquée par la religion chrétienne à tous les niveaux.

Le monde est entré, avec les hippies, dans une période très pieuse avec l’émergence de nouveaux groupes tournés vers l’extrémisme religieux. Et pas seulement du côté de Dieu mais aussi du côté du Diable avec l’apparition, aux U.S.A, d’un certain Anton LaVey et son église de Satan. Une période parfaite pour la venue de la saga de La Malédiction.

Il n’en fallait pas plus pour que le cinéma hollywoodien se penche vers cette « nouvelle » mine d’or qu’était le thriller religieux. Ainsi sort sur les écrans La Malédiction, en 1976, mettant en scène l’arrivée sur Terre de l’Antéchrist sous les traits d’un jeune garçon: Damien. L’histoire, proposée par le producteur Harvey Bernhard, est scénarisée par David Seltzer peu habitué au fantastique.

Sortie de la télévision (Perry Mason, Les Rues de San Francisco, Les Mystères de l’Ouest et La Quatrième Dimension), et de premiers films largement oubliés, Richard Donner se voit confier la réalisation de ce qui sera son premier énorme succès.

Au niveau du casting on propose au jeune Harvey Stephens le rôle de Damien. Il s’est imposé au casting en agressant littéralement Richard Donner pour le convaincre qu’il était l’enfant parfait.

C’est à William Holden qu’on propose de tenir le rôle du père adoptif de Damien, le richissime Robert Thorn, mais ce dernier refuse (tout comme Charlton Heston, Roy Scheider, Dick Van Dyke) de tourner dans un film sur le Diable. Gregory Peck endossera ce rôle bien que la Fox et Harvey Bernahrd hésitèrent à lui proposer. En effet, peu de temps avant, l’acteur oscarisé avait dû affronter le suicide de son fils: on lui demande de jouer le rôle d’un père qui va devoir tuer son fils. Peck accepte.

Le refus de Holden, et sa peur du mal, pourrait presque passer pour ridicule si divers accidents n’avaient pas eu lieu. En effet, le tournage fût bientôt qualifié de maudit à cause de plusieurs événements: les vols séparés de Gregory Peck et le producteur Mace Neufield furent frappés par la foudre, le restaurant où ils allèrent manger explosa lors d’un attentat de l’IRA, l’avion qui, à l’origine, devait faire les photos aériennes explosa tuant tous ses passagers…

Une publicité, malheureuse certes, mais publicité quand même que Bernhard ne cessera d’enrichir au fur et à mesure de la saga.

Le film se révèle être un succès au box-office même si il est nettement moins tape à l’œil que L’exorciste mais quelques scènes cultes marquent les esprits au milieu de cette enquête où Gregory Peck, et l’excellent David Warner, cherche les 7 poignards qui peuvent tuer la bête. Qui ne se souvient pas de Damien et sa crise de folie devant l’église, du prêtre transpercé (tiré d’un fait réel en plus!!) ou de la mère de Damien bousculée par ce dernier?

Le travail de Donner est exemplaire (même si, à l’origine, les studios lui demandèrent de retourner une fin où Damien ne meurt pas: normal c’est le diable!!) et il met en place les éléments qui deviendront récurrents à la saga: les meurtres graphiques de ceux qui se révoltent contre Damien, les rottweillers aidant le mal, le corbeau omniprésent, la marque 666…

Celui qui est aussi beaucoup pour le succès de la saga c’est le compositeur Jerry Goldsmith qui est en charge de la bande-originale et marque les esprits avec une instrumentation aussi inquiétante que maléfique grâce à des chœurs chantant une messe en latin à la gloire de Satan, sous le titre d’Ave Satani. Oscar de la meilleure B.O. en 1977.

Excellent, encore!!

1977. Forts de leurs succès les gens de la Twentieth Century Fox désirent poursuivre l’aventure en faisant tourner une suite: La Malédiction 2 où il serait question de retrouver Damien en pleine adolescence dans une école militaire et avec une nouvelle famille adoptive. C’est son oncle Richard Thorn, le frère de son père adoptif, qui se voit confier l’éducation de l’enfant.

Richard Donner, trop occupé avec le tournage de Superman (avec Christopher Reeve), se voit remplacer par Mike Hodges à la réalisation de Damien, la malédiction 2. Le futur réalisateur de Flash Gordon (1980) se trouve à la fois au poste de réalisateur et mais aussi au poste de scénariste.

D’ailleurs, il est à signaler que Seltzer ne voulut pas reprendre le poste de scénariste car il ne trouvait aucun intérêt à faire une suite à son histoire. C’est le producteur Harvey Bernhard qui finalise le scénar’ et qui supplie Goldsmith de revenir offrir une nouvelle B.O. car conscient que c’est un des éléments phares du film.

Pour le rôle de Richard Thorn on refait à appel à William Holden qui, cette fois-ci, accepte. Dire que le succès commercial du premier volet et les dollars qu’il engendra joua sur la décision de Holden ne serait que pure spéculation. Hum hum!! En tout cas un mois avant la sortie du film un de ses amis se fait poignarder. Coïncidence?

En tout cas pain béni pour la publicité du film (et Bernhard du coup!!) toute l’équipe tombe malade: une grippe d’un type rare sévit gravement tout le monde. Le diable empêcherait-il le tournage?

L’histoire change de tonalité cette fois-ci et on suit un Damien qui est aidé par une société secrète, au courant de son pouvoir, chargée de le mener au pouvoir à travers l’apprentissage et la compréhension du monde industriel et politique. Notez que les critiques du film sur ce milieu trouvent une certaine raisonnance avec ce que connaît notre société actuelle.

L’oncle Richard, de son côté, subit les interventions de divers personnages lui expliquant que son neveu est l’antéchrist et qu’il faut le tuer. Les scènes fortes du film restent la mort d’une journaliste attaquée aux yeux par un corbeau sur le bord d’une route, puis écrasée par un camion, ainsi que la noyade, sous la glace d’un lac, d’un conseiller. Diaboliques.

Hodges traîne un peu trop sur le tournage et les studios le remercient gracieusement en mettant désormais aux manettes Don Taylor (Les Évadés de la planète des singes en 1971) réputé comme plus respectueux des délais et des budgets imposés par les studios. Cependant Hodges reste quand même crédité au générique puisque des scènes entières sont restées au montage (l’usine, l’école militaire, le dîner où tante Marion s’inquiète pour Damien).

Le film rapporte la coquette somme de 26,518,355 de dollars avec 6.8 millions de dollars de budget. Et bien que le succès est moindre que le premier volet (le public regrette le côté gothique et religieux du premier), où les 2.8 millions de dollars avaient rapporté 60,922,980 de dollars, une nouvelle suite est en chantier.

Un film moyen

Richard Donner accepte de tourner ce volet final (bien que Bernhard pensait pondre 7 films, ce que la Fox refusa!) intitulé: La malédiction finale. Malheureusement pour ce dernier il a des problèmes juridiques suite à un désaccord avec les producteurs de Superman 2, et la Warner Bros, et ne peut donc s’occuper de la réalisation du dernier volet de la saga. C’est à Graham Baker (qui ne fera plus grand chose de notable par la suite) que revient cette lourde tâche.

L’autre question c’est qui endossera le rôle de Damien adulte? Les acteurs ultra célèbres Jack Nicholson, Marlon Brando et Gene Hackman sont d’abord pressentis mais c’est à un jeune inconnu que le rôle est confié: Sam Neill proposé par l’acteur James Mason qui use de son influence auprès des studios.

Il lui paye même son billet d’avion pour l’Angleterre afin qu’il aille au casting. Neill le remboursa et basa même tout son jeu d’acteur sur celui de Mason qu’il admirait.

Sans surprise cette suite se fera avec l’aide de Jerry Goldsmith qui en termine avec sa trilogie musicale pour la saga. Il nous livre aussi, sans aucun doute, la meilleure B.O. des trois volets. Mon meilleur passage musical? Lors de la partie de chasse quant Damien galope dans la plaine avec les chiens: visuellement et musicalement magnifique!!

Le film nous emmène dans la dernière ligne droite où Damien arrive dans les plus hautes sphères de la politique internationale mais sait aussi que le second avènement de Jésus est proche.

Pas de temps à perdre: entre les prêtres armés des 7 poignards qui veulent le tuer, ses problèmes professionnels d’ambassadeur et sa recherche du bébé censé être le Christ afin de l’éliminer, Damien n’a pas beaucoup de temps.

Le film est certainement le plus riche et le plus malsain graphiquement (on paya même 10 dollars un des enfants qui jouait sur le film à chaque idée de mise à mort qu’il donnerait pour le scénar’) de la trilogie: suicide d’un ambassadeur, une attaque de chien contenant un plan diaboliquement génial, un prêtre brûlée et figé dans du plastique fondu (une des scènes les plus difficiles à tourner), dialogues sataniques entre Damien et une statue du Christ retourné sur la croix….Rajoutez à cela une interprétation géniale de Sam Neill et vous obtenez une grande « fin » pour la saga…

Le film fait une fois de plus polémique lorsque un mois après sa sortie une jeune femme tue sa sœur car Satan le lui a demandé après qu’elle ait vu le film!! Sans compter que des satanistes manifestèrent devant les studios jugeant que la fin du film ne correspondait pas à une prochaine réalité….No comment!!

Un bon film

Là vous vous dites: »Bon, l’Antéchrist est mort, Jésus is the best, on entendra plus parler de suite…. ». Et bien détrompez vous!! La Fox arrive à la télévision avec la création d’une chaîne. Du coup pour « meubler » certaines plages horaires on balance des films que la Fox produit. L’idée de La Malédiction ressurgit et on rappelle Bernhard pour s’occuper de la « bête ».

La Malédiction: L’éveil est une bouse!! Réalisé par Dominique Othenin-Girard (Halloween 5), au début, qui laissa sa place à Jorge Montesi,ce quatrième volet marque la fin du concept: une petite fille (affreuse soit dit en passant!!) est adopté par un couple dont le mari fait une carrière politique réussie. La mère (une Faye Grant que l’on connaît en France pour son rôle dans V) a des doutes sur sa fille et met un détective sur le coup…A gerber!!

Acteurs burlesques, situations burlesques (un chœur de morts-vivants à la Burton), musique burlesque (on dirait du Elfman)….il ne reste rien de ce qui a fait le charme de la saga et toute trace de peur du Diable disparaît.

Quelle bouse!!

La Fox ne perd pas espoir et met en route une série où elle demandera à Donner d’apposer seulement son nom. Le pilote est une daube et Donner avouera sans mal que cette série fût ce qu’il avait fait de pire à la télévision. Quand même.

La Fox continue de penser que La Malédiction peut encore rapporter du blé et met en route un remake qui sortira en 2006: La Malédiction. Avouons le, c’est un bon remake. Réalisé par John Moore, aussi motivé qu’en colère sur le tournage à cause de conditions épouvantables et des relations peu amicales avec le studio, le film réussit à conserver toute l’âme du premier volet grâce à un esthétisme ultra soigné et des acteurs impliqués (Liev Schreiber excellent!!).

Le succès est mitigé et le public ne vibre plus à l’évocation du diable. La raison? c’est parce que c’est un remake diront certains. Je préfère penser que cette peur du diable ne peut plus s’exercer sur le public de ce siècle.

Un bon film

Les gens croient de moins en moins en Dieu, si vous avez un doute allez jeter un coup d’œil dans les églises le Dimanche, mais croient davantage au matériel, à leur I Phone, aux médias, à internet, à leur BMW qu’ils ont acheté à crédit, à leur paire de pompes à 100 euros, au McDonald’s et surtout….à leur gueule.

Mais, pour reprendre une citation du célèbre Verbal Kint: »Le coup le plus rusé que le diable ait jamais réussi, ça a été de faire croire à tout le monde qu’il n’existait pas ». A méditer….

En tout cas reste de cette saga des moments cultes et un prénom qui gardera toujours dans les esprits, de ceux qui ont vu au moins le premier, une connotation diabolique.

PS: Merci à Guillaume B. sans qui ce dossier n’aurait jamais été possible (un coffret pareil c’est terrible!!).

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5 commentaires

    • Bah non mais quand t’as des côtes pétées, que tu as toute la journée devant toi et que tu as le coffret intégral de la saga et bien tu te dis: »pourquoi je ferais pas un dossier sur la saga de La Malédiction? ». Rien à voir avec Looper….

      Sinon j’espère que le dossier intéressera quelqu’un quand même ! lol!

      J'aime

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