Rollerball de Norman Jewison (1975) par Captain Calva

En l’an 2018, les cadres dirigeants se sont substitués aux hommes politiques, et les Etats ont été remplacés par six départements mondiaux : Énergie, Luxe, Alimentation, Logement, Communications et Transports. Grâce à cette organisation, tous les hommes jouissent d’un confort matériel inégalé. Mais une société en paix a besoin de purger les pulsions violentes de ses membres. C’est dans ce but qu’a été créé le rollerball, un sport très violent, à la fois mélange de hockey, de boxe, de football américain…

En 2018 (donc dans six ans), les gens ne manquent de rien. Les sociétés privées ont remplacé les états et gérent la planète à leur façon. Que du beau. Hum.

Pour divertir la population déjà très heureuse dans ce monde parfait, les corporations dirigeantes inventent le Rollerball. Sur une piste ovoïde de type vélodrome, deux équipes s’affrontent. En roller, à moto et sidecar, le but étant de tenir la balle métallique (prenez une boule de pétanque un peu plus grosse) et de la lancer dans le but aimanté.

Le principe est sympa, ceci dit. Sauf que dans le film, la violence est de prime. Plus le sang coule, plus le peuple est heureux. Les morts deviennent courantes et l’escalade augmente jusqu’au match final, gigantesque bain de sang.

Le héros, Jonathan E. (James Caan) est un capitaine qui brille par son succès auprès du public. Les corporations ne le voyant pas de cet oeil, notre héros est confronté à une vendetta sournoise lors de matches de plus en plus violents, sans règles, sans limites de temps.

Dans le cadre de notre thématique « la tv, c’est nul », j’ai choisi de traiter d’un bon vieux film que je trouve toujours d’actualité. Preuve s’il en est, un remake est sorti dans les années 2000. Erreur monumentale au vu du nanar épouvantable que l’on nous a pondu. Mais ce n’est pas grave puisque l’original est vraiment intéressant.

Dès le début, nous sommes projetés dans une ville futuriste mais sobre. Point de néons, publicités flashisantes et autres nuisances visuelles, sonores, ni olfactives. Non ici, du béton gris, des routes grises, des voitures grises. Tout est lisse. Le film ayant déjà 36 ans, je ne peux que saluer le choix de la sobriété qui lui permet de passer le temps sans trop vieillir.

Les scènes clefs sont évidemment celles des matches. Dans le contexte, c’est le programme TV phare dans le monde entier. Ambiance punk dans un univers propret. Motos cloutées, joueurs habillés comme des footballeurs américains, montés sur des rollers. Leurs gants sont en métal afin d’attrapper la balle métallique sans se blesser, tout autant que pour mettre des baffes monstrueuses aux adversaires. Le jeu/sport est normalement géré par des règles. Dans le film, où le héros se rebiffe contre les corporations, les règles du jeu vont changer.

Et j’arrête le spoil.

Bien entendu, j’ai choisi de parler de ce film car je l’ai toujours gardé en mémoire. Ceci me permet de comparer ce sport qui n’existe pas à ceux existant, ainsi que les émissions diverses et variées (reality show ou pas) toutes plus débilisantes les unes que les autres, mais qui ont toutes un point commun: la souffrance. En effet, Rollerball dénonce deux choses évidentes: La mainmise des sociétés privées sur les comportements humains: consumérisme à outrance, avilissement du libre-arbitre et le sentiment du corporatisme, nécessaire à une production toujours grandissante.  Deuxième chose: les goûts primaires des téléspectateurs pour le sexe et la violence. Arrosez le tout avec de la soupe à veau décérébré à la télévision et voila le travail.

Aujourd’hui, nous avons eu une multitude de programmes plus bêtes les uns que les autres. De Loft Story à Koh Lanta, en passant par les sports devenus tous professionnels. Que cherchent les gens dans ces programmes? Du voyeurisme et du sexe dans les premiers, de la violence et donc du sang dans les deuxièmes.

La qualité est sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. Et peu importe que cela implique de visionner une blondasse se faire prendre dans une piscine miniature par un blond pas plus finot, sous l’oeil haineux et néanmoins curieux de la ménagère de moins de 50 ans, accompagnée de sa fille de 14 ans qui, aveuglée par ses hormones, se délecte du spectacle. Quel est l’intérêt d’un tel programme si ce n’est d’assouvir de basses pulsions reptilienes?

Que dire des sports retransmis à la TV? Même acabit. Les valeurs du sport sont piétinées sous le rouleau-compresseur des dollars/euros qui coulent à foison, mais pas dans l’escarcelle des braves gens. Ajoutez à cela l’espoir à peine contenu des supporters de voir une belle blessure ou bien d’une baston (je me souviens d’un capitaine français au front rageur lors d’une finale en 2006…).

Aller voir le match dans son village et rigoler avec une bière est tout de même plus convivial. Ah oui, c’est vrai, ça fait plouc et ce n’est pas rentable.

Je ne parlerai pas du ultimate fighting et autres K1 qui, bien qu’interdits en France, font un carton dans le reste de l a planète.

Le point commun pour conclure, est de nous faire passer du temps sans réfléchir. Et plus on reste de temps devant l’écran, moins on passe de temps à réfléchir, lire ou bien partager des idées lors de conversations entres amis. Et Rollerball dans tout çà, et bien, il a montré de par un sport fictif que la réalité l’a bien rattrapée.

Alors je vous propose une chose: regardez Rollerball, lisez le livre. Et pourquoi ne pas éteindre la télévision la plupart du temps pour ne l’allumer que lors de bons programmes? Vous verrez, c’est facile et on se sent beaucoup moins con!

Quand je pense que cette « clairvoyance » date de 1973/1975…

Rollerball (U.S.A) de Norman Jewison (1975). Avec James Caan, John Houseman, Maud Adams. Durée: 2h05.

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3 commentaires

  1. Un bon film pour un beau coup de gueule sur l’empire du divertissement procurant du temps de cerveau disponible. Très Rollerball est en effet une très efficace version futuriste des jeux du cirque romain. Le ciné des années 70 était très friand de ce type d’anticipation dénonçant une société totalitaire et policée vers laquelle nous étions censé tendre, sous contrôle d’un ordinateur central qui efface toute trace du passé (on retrouve les même contours dans le background de « starship troopers » avec son indifférenciation sociale et sexuelle). Le principe du film nous prend à ce jeu pervers puisqu’on s’emballe à chaque match pour ce Jonathan dont on se retient de scander le nom dans l’arène comme d’autres celui de Maximus (cf « gladiator »). McTiernan, pourtant pas manchot, n’a en effet pas fait mieux.

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