Tueurs nés d’Oliver Stone (1994) par Mat Castle

KILL TO BORN.

Un jeune couple meurtrier devient le chouchou des médias au point de se hisser célébrité préférée des Américains. Croupissant en taule suite à une arrestation des plus « hard », les deux anges de la mort veulent profiter d’une interview TV pour se faire la malle dans un énorme bain de sang.

 

« Tueurs nés » fait partie de ces œuvres subversives, toutes plateformes confondues (comme Orange mécanique ou bien encore GTA pour les jeux vidéos..), qui se retrouvent toujours responsables de tous les maux du monde quand une tragédie arrive (une tuerie dans un lycée, l’ado responsable de ce carnage a un poster du film d’Oliver Stone dans sa chambre, bing! C’est obligatoirement la faute du long métrage, l’amalgame est honteux, très facile voir malhonnête) et qui se fait défoncer par la critique généraliste lors de sa sortie.

Tueurs nés est pourtant très loin de se résumer qu’a une accumulation de body counts. Ce brûlot ressemble plus à une réflexion pertinente sur notamment le peuple Yankee et sa fascination morbide pour les serial killers et la violence en général.

Avec le rôle du journaliste cocaïnomane Wayne Gale (Robert Downey JR complètement allumé et beaucoup moins policé qu’aujourd’ hui), le metteur en scène de Platoon nous envoie en pleine face l’incroyable cynisme du monde de l’information et de son pouvoir de l’image qui peut nous faire gober n’importe quoi (et encore à l’époque pas d’internet).

Avec un nombre incalculable de plans aux textures différentes visant clairement l’expérimental (David Lynch n’est jamais loin), Stone mixe le réel et l’irréel (bifurquant parfois dans l’animation cartoon) mais reste cohérent dans sa démarche de raconter une histoire forte, malgré son bombardement d’images subliminales dans sa bobine.

Privilégiant la forme mais pas au détriment du fond, le scénariste de Scarface booste néanmoins ses scènes d’actions par une bande son dopée aux hormones (les cages à miel se font déchirer par du L7, Patty Smith, Nine Inch Nails ou bien encore un Bombtrack surpuissant des R.A.T.M qui illumine une séquence clé du film…).

Mais le film n’aurait pas la même saveur sans les prestations formidables de ces interprètes principaux pour les personnages de Mickey et Mallaury Knox (Woody Harrelson est au point culminant de sa carrière, Juliette Lewis magnifique comme très souvent).

La grande malice (et perversité aussi) d’Oliver Stone, c’est de nous rendre attachant ce Bonnie and Clyde des temps modernes, qui au fond, sont de belles raclures, en les opposant à des esprits, et hommes de loi encore plus déglingués et malades qu’eux (comme Rob Zombie et son Devil rejects). En effet, les seconds rôles tenus par Tom Sizemore et de Tommy Lee Jones (cabotinant à l’extrême mais dans le bon sens) sont de vrais psychopathes malgré leurs badges.

Tueurs nés en se la jouant, burlesque, sarcastique et d’une grande ironie (un des derniers plans avec la caméra) est un pur trip de cinéaste. Un train fantôme qui pointe du doigt les déviances de l’homme et des médias qui, à force de glorification et starification des assassins, créent des monstres de popularité…

Avec l’arrivée de nouvelles technologies où tout est modulable à volonté (You tube, etc…), le discours de Stone sonne toujours d’actualité et nous rappelle que la pensée unique, et médiatique donc, est très néfaste pour les individus. Un grand film.

Excellent, encore!!

Tueurs Nés (U.S.A) de Oliver Stone (1994). Avec Woody Harrelson, Juliette Lewis, Robert Downey Jr. Durée: 1h58.

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2 commentaires

  1. Il m’a un peu gavé ce film. Je l’ai trouvé lourdingue et finalement, trop simpliste. Avec pas mal d’effets gonflants. Et la violence m’a paru plus soûlante que subversive. Faut dire, Oliver Stone, c’est pas ma came non plus…

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