Shutter Island de Dennis Lehane (Livre)

Les années 1950. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island se dresse un hôpital psychiatrique dont les patients, tous gravement atteints, sont de dangereux criminels. C’est un ferry qui assure la liaison avec le continent et qui amène le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sur l’île. Ils sont venus à la demande des autorités de la prison-hôpital car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur?

Pour continuer dans la série « J’critique un livre qui a donné lieu à un film », je vous propose la critique du roman de Dennis Lehane « Shutter Island » qui a inspiré le film de Scorsese qui est sorti en 2010, soit 7 ans après la sortie du bouquin.

Bon, certains connaissent peut-être déjà Dennis Lehane qui avait déjà connu le monde du cinéma puisque son roman « Mystic River » fut adapté à l’écran par un brave type nommé Clint Eastwood en 2003.

De là à dire que le bonhomme a écrite « Shutter Island » en se disant qu’il serait certainement adapté au cinéma ne serait peut-être pas une hypothèse si crétine que ça et je m’en expliquerai au fil de cette critique.

« Shutter Island » est avant toute chose un livre vraiment agréable à lire grâce à une écriture fluide et pas à un seul moment je ne me suis emmerdé ou forcé à lire pour terminer le roman.

En fait, pour moi, qui suis un fan de ciné, la grande qualité de ce livre est de plonger véritablement le lecteur dans l’histoire et cette ambiance proche d’un polar d’Agatha Christie (pluie, vieilles bâtisses et énigmes).

Lehane fait en sorte que lecteur puisse facilement visualiser l’univers de Shutter Island et n’allourdit jamais les description de lieux bien qu’elles soient nombreuses, un véritable roman graphique. C’est pour ça que je trouve que Lehane semble avoir pensé à une adaptation pour le cinéma en écrivant son histoire qu’il définit comme étant un « Shocker ».

« Ils découvrirent les pierres à environ cinq cents mètres de la côte, alors que le ciel chargé de nuages couleur d’ardoise s’assombrissait rapidement. Ils avaient franchi plusieurs passages détrempés où foisonnaient des graminées ramollies, rendues glissantes par la pluie, et à force de crapahuter ils étaient tous les deux couverts de boue. Un champ s’étendait en contrebas, aussi plat que le fond des nuages, nu à l’exception de quelques buissons, de grosses feuilles charriées par les bourrasques et d’une multitude de petites pierres dont Teddy supposa d’abord qu’elles avaient été elles aussi portées par le vent. En descendant, il s’arrêta cependant à mi-parcours pour mieux les examiner. »

De plus, les personnages principaux, bien que clichés, intéressent réellement le lecteur et on a hâte de savoir le sort qui leur est réservé. En plus, Lehane fait naître l’empathie pour Teddy avec des flashbacks mettant en scène un passé des plus terribles et des plus traumatisant.

« Teddy remarqua un homme aux cheveux noirs qui portait un uniforme semblable à celui des autres gardes, à la différence près que le sien était réhaussé d’épaulettes jaunes, d’un col rigide et d’un badge doré. C’était le seul à garder la tête haute, une main dans le dos, tandis qu’il avançait parmi les hommes, et sa démarche rappela à Teddy celle de colonels qu’il avait croisés pendant la guerre – des hommes pour qui le commandement n’était pas seulement un fardeau nécessaire imposé par l’armée, mais par Dieu lui-même. Un livre noir serré contre la poitrine, il salua de la tête leur petit groupe, puis s’engagea dans la pente par où ils étaient arrivés, ses cheveux noirs soulevés par la brise. »

En plus, ayant eu envie de lire le roman après avoir vu la bande annonce du film j’ai eu le syndrôme de personnification de Teddy Daniels avec la gueule de Caprio, alors que je n’avais même pas vu le film et la description de son coéquipier, m’a même fait penser à l’acteur Kirk Acevedo (de la série « Fringe » saison 1 ou « Band of brothers ») (quelle déception quand j’ai vu le film et Mark Ruffalo!! Aaargh!) c’est aussi peut-être ce qui m’a donné le sentiment de « lire un film ».

L’intrigue est quant à elle géniale puisque d’une simple enquête sur une disparition le lecteur va s’enfoncer en même temps que les deux marshals vers un monde des plus effrayant et qui vous ferait presque devenir parano. Une tension et un mystère entretenu de main de maître (bien que les lecteurs confirmés devineront une partie de la fin) par Lehane jusqu’au dénouement final. Ou devrais-je dire un « double dénouement ». Excellent.

« Teddy s’approcha encore de la grille pour scruter l’intérieur de la cellule. L’homme assis sur le matelas contre le mur de gauche
se tenait voûté, la tête entre les genoux, les mains autour des chevilles. Il avait les tempes grisonnantes et le sommet du crâne orné d’une tonsure. Pour tout vêtement il ne portait qu’un caleçon blanc. Sa peau était parcourue de frissons. Teddy s’humecta les lèvres et le palais.

-Hé…

-Ils m’ont ramené. Ils disent que je leur appartiens.

-Je ne vois pas votre visage.

-Ils disent que je suis rentré à la maison.

-Si vous pouviez relever la tête…

-Ils disent que je suis ici chez moi. Que je ne partirais jamais.

-Montrez moi votre visage.

-Pourquoi?

-S’il vous plaît.

-Tu ne reconnais pas ma voix? Après toutes ces conversations qu’on a eues? ».

Un bon film

 

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