Hara-Kiri de Masaki Kobayashi (1963) par Tootsif

Au XVIIe siècle, le Japon n’est plus en guerre et le pays est dirigé avec fermeté. Hanshirô Tsugumo, un rônin (samouraï errant) sans travail parmi tant d’autres, décide de frapper à la porte du puissant clan des Ii. Reçu par Kageyu Saitô, l’intendant du clan, il lui demande la permission d’accomplir le suicide par harakiri dans la résidence. Tentant de l’en dissuader, Saitô commence alors à lui raconter l’histoire de Motome Chijiwa, un ancien rônin qui souhaitait accomplir, lui aussi, le même rituel.

L’HONNEUR OU LA MORT

Jusqu’où l’honneur et le respect des tradition doivent ils être placés ? Jusqu’où ces derniers conditionnent, façonnent la vie d’un homme ?Jusqu’où faut il préserver les apparences sans perdre son âme ? Telles sont les questions que pose Masaki Kobayashi avec Hara-kiri.

Toutes ces questions vont se poser à travers les histoires que vont se raconter Tsugumo et Saito où chacun va aboutir à un point de vue diamétralement opposé et irréconciliable.

Pour cela il faut comprendre que le Japon est un pays très codifié et ce encore plus pendant les siècles précédents et surtout le monde des samouraïs. Ces derniers sont soumis au Bushido, un code qui régit aussi bien l’art du sabre que leur manière de vivre. Ce dernier représente donc un véritable guide de vie, quasiment une religion.

Alors quand un samouraï ne peut plus vivre ou ne vit plus en respectant le Bushido il n’a y a qu’une seule voie : la mort. Le Seppuku, ou Hara-Kiri est le suicide chez le samouraï mais là aussi c’est un acte extrêmement codifié au cérémoniel sacré car il est l’acte le plus profond et puissant du Bushido.

Alors quand des rônins, c’est à dire des samouraïs sans maîtres, en pervertissent l’esprit en menaçant de se suicider aux portes des maisons nobles dans l’espoir d’obtenir une aumône, la maison Li décide de réagir.

Alors quand Tsugumo,un rônin, demande à pouvoir se faire Hara-Kiri, Saito, le chambellan de la maison Li teste la pureté de ses intentions en lui racontant l’histoire de Chijiwa, un jeune rônin, qui se présenta quelques jours plus tôt que Tsugumo avec la même requête, mais qui s’avéra être un imposteur que le clan Li punira de la pire des manières pour un samouraï en faisant de son seppuku un calvaire.

Mais Tsugumo ne semble nullement impressionner par cette histoire et confirme sa volonté de mettre fin à ses jours. Mais, dans l’attente de la personne qui doit l’assister, Tsugumo va lui aussi conter l’histoire de ce Chijiwa et expliquer ce qui a conduit ce dernier à cette solution.

Ces deux facettes de l’histoire vont alors faire se confronter 2 visions du code d’honneur : ce dernier doit il être placé au dessus de tout ou doit il savoir être flexible pour être au service des individus ?

Tsugumo était au départ un adepte de la ligne ferme du Bushido et se croit ainsi déposséder de son honneur lorsqu’il ne peut accompagner dans la mort son seigneur qui vient d’être désavoué par le Shogun tenu qu’il est par la promesse faite à son compagnon de s’occuper de son fils. Et son honneur il croit l’avoir retrouvé quand il voit le bonheur de ses proches, la réussite de cette promesse semble être sa façon d’accomplir le Bushido.

Alors quand ce bonheur cesse, Tsugumo reperd de nouveau tout mais il se pose alors une question : n’a t il pas perdu ce bonheur à cause du Bushido ? Chijiwa n’avait il pas raison de fouler son honneur pour sauver ses proches ?

Que faisait il lui pendant que ses proches mourraient ? Se cacher derrière ses beaux principes pendant que ses proches mourraient ?

Tout ce pour quoi il s’était battu était ainsi à l’origine de son malheur. Est ce ça la vocation des codes et de leurs règles ? Déshumaniser l’humain ?

Alors maintenant qu’il n’a plus aucune raison de vivre il lui reste cependant encore une chose à accomplir avant de quitter ce monde : punir ceux qui portent haut la notion d’honneur et qui en font un dogme sans en comprendre le véritable sens.

Ainsi deux visions de l’honneur et des traditions vont s’affronter dans un face à face sanglant car deux visions aussi antagonistes ne peuvent s’entendre et les mots à un moment ne suffisent plus.

Mais là aussi à la vision humaine de Tsugumo s’oppose la vision froide de la maison Li et ce n’est pas à un combat honorable qu’il est soumis mais à une mise à mort car toute trace du déshonneur subi par le clan Li doit être effacé.

Ainsi le clan qui place l’honneur au dessus de tout est prêt à bafouer cette notion même pour préserver son apparence d’honorabilité et de tradition rigoureuse

Cette confrontation entre deux visions de l’honneur est toute la force du film dont l’histoire, puissante et profonde, est magnifiquement mise en scène par Masaki Kobayashi. En effet, ce dernier adopte une froideur dans la mise en scène des ses images qui couplée à la rigidité du jeu d’acteur extrêmement lent et précis dans ses déplacements renvoient ainsi au Bushido et à son extrême codification.

A cela il faut ajouter l’interprétation habitée de Tatsuya Nakanai (Tsugumo) que l’on sent au bord de la folie terrassé par les drames de sa vie et son interprétation erronée de l’honneur.

Hara-kiri est donc une histoire intense où s’oppose deux visions de l’homme et de ses devoirs : ces derniers doivent ils dicter sa vie ou au contraire doivent ils être à son service ? Ceux sont ces deux visions qui vont s’affronter à travers ce face à face, d’abord verbal puis martial, entre le Tsugumo et le clan Li.

Et si au final le clan Li sort gagnant de cette confrontation, l’hypocrisie de leur dogme apparaît au grand jour.

« Hara – Kiri » de Masaki Kobayashi (1963). Avec : Tatsuya Nakanai, Shima Iwashita, Akira Ishihama. Distribué par . Durée : 02 H 15.

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