J’ai rencontré le Diable de Kim Jee-Woon (2011) par Tootsif

Soon-Hyun, jeune agent des services secrets sud-coréen, se lance à la poursuite du tueur en série qui a tué sa fiancée alors enceinte. Mais pour que sa vengeance soit à la hauteur de la peine subie il met en place un morbide jeu du chat et de la souris avec le tueur.

i saw the devil - j'ai rencontré le diable

(NO) SYMPATHY FOR THE DEVIL

            Kim Jee-Woon est censé être la dernière petite merveille venue de Corée et qui reprend le flambeau des génialissimes Park Chann-Wook (la trilogie de la vengeance : Sympathy for Mr Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance) et Bong Joon-Ho  (Memories of Murder, The Host) tout en se permettant le luxe de changer de genre à chaque film : le thriller avec A Bittersweet Life, le fantastique horrifique avec Deux Sœurs, le western avec Le bon, la Brute et le Cinglé.

            Malheureusement, si je lui reconnais des qualités certaines comme un sens aigu de l’esthétisme et du plan « qui tue », ces films sont bien loin d’avoir provoqués le même choc que celui subit lors du visionnage de ceux de ces 2 illustres ainés.

Ainsi A Bittersweet Life a trop être esthétisant est ultra chiant pendant ses trois premiers quarts avant d’enfin démarrer, Deux Sœurs est trop convenu et Le Bon, La Brute et le Cinglé tourne vite en rond.

            Alors oui le garçon était plutôt doué une caméra à la main mais il ne sublimait pas le matériau originel, le rendant au contraire éloigné de nous par sa mise en scène par trop tape à l’œil qui nous empêchait de rentrer dedans et de ressentir des émotions.

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            Donc je n’attendais pas particulièrement grand-chose de ce J’ai rencontré le diable, son nouveau travail, et ce malgré des critiques dithyrambiques à son sujet.

Et putain, j’avais tort ! Si la claque n’est pas aussi grande que celle reçue par Old Boy, Kim Jee-Woom a réussi avec son film à me tenir en haleine, fasciné, pendant 2 Heures 20 !

            Quelle performance ! Avec J’ai rencontré le Diable, Kim Jee-Woon se débarrasse enfin de son étiquette d’esthète poseur capable de passer à tous les genres, sorte de Tarantino du pauvre (une contrefaçon asiat’ quoi) incapable d’apporter quelque chose de plus que de jolies images bien chiantes aux genres qu’il touchait.

            Là c’est directement un uppercut dans ma gueule et dans celle des spectateurs que Kim Jee-Woon envoie !

Moi qui déprimais de ne plus retrouver ce mix parfait entre folie visuelle et histoire tendue, entre beauté et sauvagerie qui faisait la force des polars sud-coréens, voilà que ce cinéma se rappelle à mon bon souvenir.

            Avec J’ai rencontré le Diable, Kim Jee-Woon revient à un genre qu’il avait déjà touché avec A Bittersweet Life, le thriller mais va beaucoup plus loin.

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            J’ai rencontré le Diable commence comme un thriller avant de basculer dans le revenge movie.

Le début ainsi nous fait suivre un serial-killer dont les pérégrinations automobiles nocturnes le conduisent à sa prochaine victime. L’agression sera aussi rapide que violente et l’on retrouvera le meurtrier en train de découper sa victime où rien ne nous est épargné, horreur et fascination.

            Malheureusement pour le tueur sa dernière victime est la petite amie d’un agent secret qui va alors se lancer à sa poursuite, prenant ainsi le relai d’une police coréenne dépassée (Kim Jee-Woon rejoint ainsi les critiques déjà émises par Bong Joo-Ho dans Memories of Murder).

            Le début d’apparente donc à un thriller noir dans la veine d’un Se7en, glauque, noire mais ce simple cadre va voler en éclat.

            En effet, notre héros (si on peut parler de lui comme ça) va rapidement mettre la main sur le tueur pour le torturer puis…..le relâcher !

Avant de se relancer à sa poursuite.

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            Il va ainsi se produire un étrange jeu du chat et de la souris entre ces 2 personnages. Qui va nous tenir en haleine pendant 2 heures 20. Et, si au début du film on prend fait et cause pour l’agent secret, la suite du film va remettre en cause cette position. Obnubilé par son désir d’une vengeance qu’il veut absolue, d’une douleur aussi forte qu’il a subi qu’il veut infliger à celui qui l’a privé de l’amour de sa vie, son macabre jeu va causer des victimes collatérales.

            Etrange film donc où les 2 protagonistes principaux, de par leur personnalités, leurs actions provoquent chez le spectateur le rejet.

Au visage torturé du tueur s’oppose la beauté angélique du policier.

A la folie pure, fracassante, excessive du tueur s’oppose la rage froide, déterminée de l’agent secret, son insensibilité face aux victimes faites par son jeu cruel.

            Toute cette folie prend corps dans les interprétations habitées de Choi Min-Sik et Lee Byung-Hun, juste exceptionnels.

I saw the devil

            C’est aussi dans ces face à face que le style esthétisant, froid que je trouvais chez Kim Jee-Woon prend toute sa force créant une distanciation, une fascination avec les atrocités commises à l’écran.

            Car, en effet, 2 volontés aussi fortes et aussi folles ne peuvent que donner un summum d’horreur et de violence brute lors de leurs rencontres.

Ces moments permettent au réalisateur de montrer toute sa virtuosité une caméra à la main et surtout une barbarie folle, excessive mais fascinante.

Kim Jee-Woon nous livre de purs moments de folie visuelle dont certains passages marqueront le spectateur à jamais.

            Et un tel film ne pouvait que se terminer dans la noirceur la plus complète qui nous révèlera la face humaine de chacun de ses deux personnages qui nous apparaissaient alors comme des monstres. Les masques tomberont dans l’horreur la plus absolue.

excellent, brillant
excellent, brillant

« J’ai rencontré le Diable » de Kim Jee-Woon (2011). Avec : Choi Min-Sik, Lee Byung-Hun, Chun Ho-Jin, Oh San-Ha. Distribué par ARP Selection. Durée : 02 H 22.

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3 commentaires

  1. Certainement un des plus grand film sur les tueurs en série!! Original dans son approche et sa réflexion sur cette « maladie ». Franchement ça nous change du film de tueur en série où tout est centré sur lui et ses réflexions sur la vie et de longs moments de contemplations sur son œuvre.

    Pour ma part, je retiens des moments comme le prologue ou la scène du taxi comme référence.

    Direct, brutal, violent, esthétisant et d’un noir absolu. Tout simplement Génial!!

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  2. Connaissant très peu le sujet de départ, j’ai pensé que I saw the Devil était centré sur la torture et qu’il multipliait les
    scènes violentes. Certes, c’est gore par moment (la scène du tendon, ouille! ouille! ouille) mais ce film reste un thriller. Les séquences visuelles sont splendides et les thèmes sont aussi beaux que dépouillés. J’ai passé un très bon moment en matant ce film, qui est pr moi un chef-d’oeuvre sous-estimé et les deux acteurs principaux sont énormes.

    PS: Aussi noir que peut paraître ce film, il reserve deux grdes scènes comiques

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    • Ah ah !! Les scènes de tendon!! Toujours un moment douloureux pour les cinéphiles!! Comme toi j’ai été trompé par la promo du film qui semblait nous balancer un énième torture porn et fort heureusement ce fût une formidable surprise…Ce genre de film est trop rare à mon avis…

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