Kill List de Ben Wheatley (2012) par Tootsif

 

Meurtri dans sa chair et son esprit au cours d’une mission désastreuse à Kiev 8 mois plus tôt, Jay, ancien soldat devenu tueur à gages, se retrouve contraint d’accepter un contrat sous la pression de son partenaire Gal et de sa femme, Shen. Jay et Gal reçoivent de leur étrange nouveau client une liste de personnes à éliminer. À mesure qu’ils s’enfoncent dans l’univers sombre et inquiétant de leur mission, Jay recommence à perdre pied : peur et paranoïa le font plonger irrémédiablement au cœur des ténèbres.

affiche kill list

KILL FIN DE MERDE

Au moment où je me lançais dans le visionnage de Kill List qui m’avait été conseillé par un de nos lecteurs, notre patron publiait un article sur les films dont les fins frustraient le spectateur car elles ne répondaient pas aux questions que ce dernier se posait pendant le film.

Et bien, à la lecture de cette article je n’arrivais pas à visualiser précisément un film rentrant dans cette catégorie. Alors certes y avait les films dont la fin ouvertes appelaient forcément une suite mais comme globalement on le sait avant d’aller voir un film ce n’est pas foncièrement frustrant, donc je n’avais pas de films en tête où la fin n’avait pas répondu aux questions que le film m’avait fait me poser entraînant ainsi ma frustration.

Et le soir même de la lecture de cet article je lançais dans ma platine Kill List et là, comme Bruce, je peux clairement beugler BON SANG DE BOIS C’EST QUOI CETTE FIN A LA MORDS-MOI-LE NOEUD !!!!!!!!!!! (oui je mets tout plein de points d’exclamation pour exprimer le degré de frustration et d’énervement qu’a entraîné la fin de Kill List chez moi)

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Alors Ok, je déteste les films qui filent clefs en main au spectateur tous leurs éléments de compréhension en appuyant clairement sur ce que doit comprendre ce dernier pour ne pas être perdu dans le récit (limite comme ses putains de jeux vidéos modernes où dès que tu fais une action le bouton correspondant clignote à l’écran) mais là, le film fait hélas bien plus que jouer avec le spectateur en le laissant combler les zones d’ombre puisqu’il le jette dans son dernier tiers clairement dans la nuit la plus totale.

Pourtant Kill List sait bien jouer avec le spectateur en l’orientant sur de nombreuses fausses-pistes et en se jouant habilement des codes des genres qu’il aborde.

Ainsi tout semble commencer comme un drame familial et social puisqu’on croit assister à la déliquescence d’un couple tant tout pour Jay et son épouse Shel est prétexte à une dispute où plus que les noms d’oiseaux fusent.

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Ouais encore un film anglais dans la veine réaliste sur le bonheur perdu d’un couple sur fond de chômage quoi ! Et non, car lors d’un repas avec Gal, ami de Jay, on s’aperçoit chacun d’eux est bien plus que ce qu’il montre.

Ces derniers sont en effet d’anciens militaires reconvertis en tueurs à gage, mais le dernier contrat, à Kiev, semble s’être mal passé et Jay a du mal à y faire face.

Que s’est il passé ? Quel est le traumatisme qu’a subi Jay ? De tout cela on ne sait rien.

On sait juste que par amitié et par amour pour sa femme il va accepter un nouveau contrat. A lieu alors une rencontre étrange qui nous fait penser que ce contrat n’a rien de normal.

Et la suite va accentuer cette impression de malaise car la première cible un prêtre, ainsi que la seconde appelée l’archiviste semble remercier Jay quand ce dernier les tue.

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Et, surtout chez l’archiviste Jay et Gal découvrent des cassettes vidéos qui les choque fortement allant jusqu’à faire basculer Jay dans une rage meurtrière folle

Le film alors bascule dans le thriller halluciné : Jay a t il rêvé ces remerciements post mortem tout comme il semble avoir vu la petite amie de Gal le saluer en face de sa chambre d’hôtel ?

Et le chat de sa maison retrouvé à sa porte a t il un lien avec le contrat en cours ?

Le film bascule donc peu à peu dans la folie et nous aussi grâce à une réalisation syncopée qui retranscrit parfaitement ce sentiment de folie, de doute qui assaille peu à peu Jay et nous par la même occasion.

Et la dernière phase du contrat va conforter ce basculement total dans la folie avec cette fois-ci la folie visuelle qui se rajoute à la folie mentale par le montage acéré à coup de cuts bien sentis et de bruitages stridents à tendance anxiogène que nous sert Ben Wheatley.

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Bref tout est fait pour nous emmener en apothéose vers le final qui se doit alors de répondre à nos interrogations, à comprendre quel est la part de la folie et quel est la part de réel, malheureusement pour moi Ben Wheatley va trop loin dans son trip avec un final qui joue la carte de la surenchère gothico-halluciné rappelant les giallo des années 70 et qui surtout ne répondant à aucune des questions que le film avait soulevé jusque là, en soulevant au contraire une dernière : pourquoi tout cela ?

Intriguant, hallucinant, dérangeant, Kill List dévoile au fur et à mesure son univers aussi fou que malsain qui navigue entre les genres. Il est alors malheureux que le final où je croyais comprendre l’imbrication de tous les éléments me plonge encore plus dans le brouillard, me laissant avec un sentiment amer de frustration.

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« Kill List » de Ben Wheatley (2012). Avec : Neil Maskell, Myanna Buring, Harry Simpson, Michael Smiley. Distribué par Wild Side Films. Durée : 01 H 35.

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11 commentaires

    • Tout le film est intriguant, dérangeant on est vraiment happé mais la fin m’a frustré d’une force devant son incompréhension. Peut être que toi tu apprécieras plus que moi ce final particulier

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  1. Pas du tout d’accord. Original et bien construit autant dans la forme que dans le fond, une bonne tension et une atmosphère parfaitement maitrisé. Dans mon Top 3 de l’année… 4/4

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    • Ah mais j’étais à fond dedans juqu’au final où là quand la fin est arrivé je me suis dit « quoi ? tout ça pour ça ? Mais il veut dire quoi? ». La fin m’a laissé un immense sentiment de frustration qui a balayé le côté hypnotisant, dérangeant de tout le métrage

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  2. Je ne pense pas que Wheatley veuille vraiment en venir quelque part et je comprends que le côté très décousu de la fin puisse déplaire à beaucoup de spectateurs. Il n’y a pas grand-chose à comprendre, on assiste simplement au basculement dans le cauchemar, à un esprit qui part lentement en vrille, mais pour moi le film fonctionne parfaitement au niveau sensoriel. C’est angoissant, terrifiant. Je me suis rarement senti aussi oppressé dans un fauteuil de cinéma avec limite l’envie de quitter la salle qui me submergeait. Mais jette un coup d’œil à Touristes si ce n’est déjà fait, le récit est plus linéaire, on est davantage dans la comédie mais avec le même climat anxiogène et le même talent pour la mise en scène.

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  3. Et bien j’ai trouvé que le film démarrait trop lentement mais en ce qui concerne la tension aucun soucis et quant au dénouement il ne m’a pas gêné puisque je trouve qu’il s’insère bien dans l’esprit psychotique de la trame. En tout cas même si le film possède quelques défauts il faut avouer que Wheatley est un réalisateur prometteur.

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  4. Bon, et sinon est ce qu’on peut parler de ces scènes qui me mettent hors de moi ? Vous savez ce genre de scènes qui font clairement plus que référence à des monstres du cinéma comme, au hasard, Pulp Fiction de Tarantino ? Eh oui, le moment où les deux amis se retrouvent dans la salle de bain; un se lave la main pleine de sang et l’autre reste là à lui faire la causette, à lui parler de la politesse que pourraient avoir leur commanditaire et à lui dire de faire attention à ne pas tout salir avec le sang… Bref, sur le coup, je me suis dit chouette ! Bon choix pour la référence même si ça peut paraître un peu trop marqué. Sauf qu’ensuite, en lisant quelques articles et en parcourant les interviews de Ben Wheatley, que dalle ! Il dit se référer à certains réalisateurs d’horreur, il évoque quelques noms, mais personne ne semble choqué par cette scène tirée vraisemblablement de Pulp Fiction ! Bref je lance donc un appel désespéré, suis-je la seule à avoir bloqué sur ce détail ? suis-je parano ?

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  5. en même temps Tarantino fait lui même hommage à d’autres réals dans ses films (dont cette scène mais je me souviens plus de quoi s’est inspiré) donc de là à crier au plagiat ^^
    Mais c’est vrai que la scène y ressemble mais ça ne m’a pas choqué plus que ça, ayant déjà vu bien pire (Scorsese et son Les infiltrés donc le rappel que c’était un remake, bien pourri d’ailleurs, de Infernal Affair)

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