Toi de Zoran Drvenkar (2012) par Bruce Kraft

Imagine une tempête de neige sur l’autoroute. Un bouchon qui s’étire sur plusieurs kilomètres, aucune visibilité. Un homme sort de sa voiture et en silence assassine méticuleusement, à mains nues, vingt-six personnes dans les véhicules alentours. C’est le début d’une série de meurtres sans mobiles apparents commis par celui que la presse surnomme Le Voyageur.

Imagine maintenant cinq adolescentes. Cinq amies avec leurs espoirs et leurs peurs, leurs envies et leurs problèmes. Cinq jeunes filles que rien ne peut séparer, qui vont être prises au piège d’une situation qui les dépasse. Prises en chasse par un un truand à qui tu ne voudrais pas avoir affaire, en quête de vengeance et sans pitié, elles vont se jeter dans une fuite en avant sauvage et désespérée..

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Amis cinéphiles il est temps de rester un peu à la maison car voici qu’arrive le second roman de Zoran Drvenkar. Après un Sorry plus que marqué par le cinéma voilà qu’il remet le couvert avec pas moins de 9 personnages principaux pour un polar échevelé au final inattendu.

Normalement si je vous dis ça déjà vous devez vous dire: »ça a l’air plutôt bien ce roman!? ». Et vous auriez raison car l’ami Zoran réussi à passer le cap du deuxième roman d’une manière bien élégante avec, toujours, son style narratif unique basé sur la deuxième personne: oui lecteur, le narrateur te parle et parle à ses personnages!! Déroutant mais vraiment excellent.

« Tu as toujours eu des difficultés avec les femmes, mais nous ne déroulerons pas ta vie, le temps nous manque. Nous t’accompagnerons pendant quelques heures jusqu’à ce que tu quittes cette histoire, comme une poignée de main fatiguée après une longue soirée ou le tremblement d’une hache restée plantée dans le bois. Mais, auparavant, il faudra que tu parles à Ragnar et à son fils, autrement nous ne pourrions pas te donner congé. »

Comme pour Sorry l’auteur prend du temps à mettre son histoire en place et pendant longtemps vous aurez l’impression de ne pas comprendre où il veut en venir car, et c’est la force du livre, il est impossible de deviner ce qui va se passer à l’avance…Drvenkar délivre les clés de son histoire ,au final assez incroyable et malsain, au fil des chapitres sous forme de puzzle avec des flashbacks pour corser le tout.

Intéressant aussi le fait que l’auteur donne la même part de projecteurs à chacun de ses personnages, personne n’est mis de côté. Les adolescentes, d’ordinaire c’est le genre de personnage qui m’agace, sont réellement attachantes car leurs différences en font un groupe homogène à la psychologie simpliste et dirigé par la soif de vivre à fond les choses.

Cette soif de vivre ne laissent d’ailleurs personne indifférent et surtout pas les hommes qui les croisent, tous autant attirés qu’intrigués par ces cinq jeunes filles.

« Les filles t’attendent sur la terrasse. Vous êtes assises à la table où, deux jours plus tard, quatre hommes se réuniront avant de vous prendre en chasse. Vous ne pouvez pas le savoir, si vous le saviez, ça changerait tout. »

Du côté bad guy on retrouve donc un truand assez dérangé au charisme assez incroyable et un psychopathe tout aussi charismatique au vu de son « œuvre ». Deux personnages passionnants et qui n’ont aucun lien au début de l’histoire.

« Gamin, le destin, c’est un type atteint de syphilis, qui a une queue en acier et qui t’encule dès que tu regardes du mauvais côté. Tu crois que je lui tournerais le dos ? »

Toutefois, je peux vous l’avouer ma préférence va au tueur qui, pour une fois, s’écarte vraiment des clichés du tueur de masse. Et attention lecteur car c’est grâce à lui que j’ai ressenti pour la première de ma vie une « excitation de lecture!! ».

« Nul ne savait dans quelle catégorie te ranger – tu n’étais ni un tueur en série, ni un meurtrier de masse, ni un forcené. Tu étais un peu tout ça, une étrange création de l’enfer, qui paraissait tuer sans motif. »

« Excitation de lecture »? Pour moi c’est ce moment unique où tu pose le livre sur tes genoux après avoir lu un passage bien précis, avec le cœur qui s’emballe et la gorge nouée, en regardant autour de toi en te disant: » oh putain yes!! oh putain que c’est bon!! oh putain ça va chier maintenant!!! ». Moment incroyable que tu aimerais faire partager aux autres alors que finalement c’est impossible car tu es le seul à le lire…Plaisir solitaire.

« Tu n’es plus. Quand tu te déplaces, autour de toi l’air reste immobile. Pas un souffle. Tu parles et c’est le silence qui te répond. Tu es là sans être là. Et tu ne le croiras peut-être pas, mais c’est un plaisir de faire enfin ta connaissance. »

Sinon? Drvenkar nous montre encore à quel point il a été touché par le cinéma avec sa propension à rendre un peu clichés ses personnages et leur caractère. On a l’impression d’avoir vu chacun d’eux dans un film ce qui est, en réalité, plutôt sympa puisqu’il y a une certaine facilité à rapidement les visualiser.

De même on sent le bouquin complètement prêt à être adapté au cinéma, tout comme l’était déjà Sorry, et franchement ça me ferait drôlement plaisir de voir ça. Toi est un thriller haletant, violent et riche alors n’attendez pas une seconde….Allez vous faire tutoyer!!

Excellent, encore!!

Toi (Allemagne) de Zoran Drvenkar (2012). Editions Sonatine.

 

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