Hara Kiri : Mort d’un Samourai de Takashi Miike (2011) par Tootsif

 

Voulant mourir dignement, Tsugumo, un samouraï sans ressources, demande à accomplir un suicide rituel dans la résidence du clan Li, dirigé par le chef Kageyu. Essayant de décourager Tsugumo, Kageyu lui conte l’histoire tragique d’un jeune ronin, Motome, venu récemment avec la même requête. Tsugumo est traumatisé par les détails horrifiants du sort qui fut réservé à Motome mais il persévère dans sa décision de mourir dans l’honneur. Au moment de se faire hara-kiri, il présente une ultime requête : il désire être assisté dans son acte par trois lieutenants de Kageyu, qui sont absents tous les trois, par une étrange coïncidence. Méfiant et furieux, Kageyu demande à Tsugumo de s’expliquer. Ce dernier révèle ses liens avec Motome et livre le récit doux-amer de leurs vies. Kageyu comprendra bientôt que Tsugumo s’est lancé dans une épreuve de force. Les codes de la chevalerie des samouraïs s’en trouveront bousculés dans leurs certitudes, pour mieux réapparaître dans leur humanité.

affiche hara-kiri mort d'un samourai

MIIKE N’EST PAS UN MICKEY MAIS EST LOIN DU MAITRE

Voir s’attaquer Takashi Miike a un remake de Hara-Kiri de Kobayashi est aussi effrayant qu’intriguant.

Effrayant car Hara-Kiri est un chef d’œuvre que le passage des années n’a nullement altéré, rendant la question du remake à mes yeux inutile.

Intriguant car Miike est un réalisateur aussi prolixe (des fois il sort 4 ou 5 films en une année) que fantasque, qui se joue des codes et conventions du cinéma pour nous offrir des œuvres, certes, pas toujours très abouties, mais qui offrent de vrais moments de folie (Ichi The Killer, la trilogie Dead or Alive, Sukiyaki Western Django) alors comment allait il s’attaquer au formalisme, à l’extrême codification du monde des Samouraïs, avec le « Bushido » ce code qui est une philosophie de vie, dont Hara-Kiri se faisait le miroir.

La question était donc posée : à quelle sauce le frappadingue Miike allait il manger Hara-Kiri ?

image hara-kiri mort d'un samourai - 1

Et la surprise est alors d’autant plus grande quand dès les premières minutes on s’aperçoit que le style Miike s’efface totalement pour se couler dans les traces de Kobayashi. Pas de relecture moderne ou d’accès de folie, Miike reproduit quasiment à l’identique le premier film tiré du livre de Takiguchi.

Ce mimétisme est une vraie volonté de respecter l’esprit de son illustre prédécesseur, d’en capter l’essence pour justement garder ce respect du code des samouraïs , cette codification extrême de tous les rapports, de tous les gestes du plus simple au plus importants comme le Hara-Kiri.

Cette volonté de transcrire toute la force et complexité du « Bushido » donnait ainsi au film originel une tonalité proche du théâtre, avec un jeu d’acteurs allant vers cette orientation : mouvements limités et secs, expressions du visage accentuées…tout allait dans le sens du théâtre Kabuki, théâtre typiquement japonais, qui, tout comme la voie des samouraïs, est extrêmement codifié.

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Et bien, on retrouve aussi cette influence dans le film de Miike puisque son acteur principal est issu d’une longue dynastie d’acteurs issus de ce style.

Malheureusement cette volonté, s’il est est bien présente, se retranscrit moins dans les faits, le jeu d’acteur semblant ici bien plus classique que dans le film originel. Si certains préféreront ce jeu plus naturel, ce n’est pas mon cas car cela traduit mal la force et la profondeur du « Bushido » et l’importance qu’il prenait pour ceux qui le suivait.

On a aussi la désagréable d’avoir ici des enjeux moins profonds et importants que dans le film originel, ainsi les dialogues, pourtant très proches de ceux du film de Kobayashi semblent ici moins profonds de sens.

Il se dégage donc un sentiment de moins de profondeur, d’extrême codification et surtout on a moins l’impression d’assister à l’affrontement entre deux visions sur la définition de l’honneur du samouraï.

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Le film pourtant fidèle dans sa réalisation à son prédécesseur n’a donc pas la même profondeur et donne moins le sentiment de rentrer au cœur même de la vie des samouraïs et des dilemmes que leur code extrêmement rigide peut entraîner.

Le film donne donc l’impression de passer à côté des enjeux et ce d’autant plus que Miike a tendance à balancer trop rapidement les révélations, désamorçant ainsi fréquemment le côté intriguant de l’étrange face à face entre Tsugumo et l’intendant du clan Li.

Par ailleurs ce face à face, cette opposition entre 2 visions du code d’honneur est ici effacé. En effet, Miike navigue moins dans la ligne temporelle en faisant rarement d’aller retour entre présent et flashbacks, donnant ainsi l’impression que chacun d’entre eux ne fait que raconter son histoire dans son coin et non qu’il compte prouver quelque chose à l’autre.

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C’est dommage car ces interruptions dans les récits de chacun des protagonistes pour nous ramener à l’instant présent contribuaient au rythme exceptionnel du film de Kobayashi, nous faisant nous interroger sur là où chacun des 2 voulaient aller, ce vers quoi son récit tendait.

Ce choix d’une structure plus linéaire et de révélations trop vite expédiées nuit donc au rythme du récit et à sa dramaturgie.

Et, malheureusement la mise en scène de Miike ne contribue pas à améliorer les choses. En effet, cette dernière est bien trop classique et manque clairement de maestria. Dès le plan d’ouverture on s’en rend compte dans la manière de filmé l’armure clanique des Li : alors que cette dernière avait presque une aura mystique dans le film de Kobayashi, comme c’était sa vocation sur les champs de bataille, elle est ici filmée comme un objet de musée.

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Et que dire de la bataille finale ! Miike, habituellement réputé pour son amour de la surenchère sanglante très proche d’un Tarantino (qu’il a fait tourner dans Sukiyaki Western Django) nous offre un spectacle assez convenu et surtout bien loin du souffle épique de son illustre modèle.

La relecture par Miike m’a donc déçu. Si le choix d’un remake pur n’est pas mauvais en soi car démontrant encore une fois que Miike n’est jamais là où on l’attend, ce dernier souffre de trop nombreuses tares pour se hisser dans les mêmes sphères que le chef d’œuvre de Kobayashi.

Alors, attention le film est loin d’être mauvais mais le film de Kobayashi est d’une telle puissance qu’il est dur de passer après lui.

Un film moyen

« Hara Kiri : Mort d’un Samouraï » de Takashi Miike (2011). Avec : Ebizo Ichikawa, Koji Yakusho, Eita, Hikari Mitsushima. Distribué par Rezo Films. Durée : 02 H 05.

 

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