La Traversée du Temps de Mamoru Hosoda (2006) par Tootsif

Makoto est une jeune lycéenne comme les autres, un peu garçon manqué, pas trop intéressée par l’école et absolument pas concernée par le temps qui passe ! Jusqu’au jour où elle reçoit un don particulier : celui de pouvoir traverser le temps. Améliorer ses notes, aider des idylles naissantes, manger à répétition ses plats préférés, tout devient alors possible pour Makoto. Mais influer sur le cours des choses est un don parfois bien dangereux, surtout lorsqu’il faut apprendre à vivre sans !

affiche la traversée du temps

UN TEMPS POUR JOUER. UN TEMPS POUR GRANDIR.

Mamoru Hosoda est la nouvelle petite merveille de l’animation japonaise. Que dis-je ? De l’animation mondiale. En effet, tandis que l’animation américaine est engluée dans des suites à rallonge (même Pixar s’y met, comme incapable de se réiventer) ou dans la parodie et que celle en provenance du Japon se limite de plus en plus à l’adaptation de mangas à succès, Mamoru Hosoda trace sa voie hors de sentiers battus comme des Myazaki ou Kon (Paprika, Tokyo Godfathers…) avant lui.

La force de Hosoda c’est dans un même film d’aborder les thèmes les plus légers comme les plus graves, passant de l’un à l’autre sans que cela ne nuise au rythme du film et ne plombe le récit par une dramaturgie exagérée.

Ainsi La Traversée du Temps commence comme une fable légère, voire naïve,  qui ne laisse en rien présumer la profondeur et le tumulte dans lesquels il va peu à peu nous plonger.

image la traversée du temps - 1

A première vue La Traversée du Temps semble être une ode aux plaisirs simples, aux petits bonheur du quotidien tel que déguster une part de flan fraîche avant de partir à l’école. Emportée par Makoto, adolescente un peu dans la lune l’on suite les plaisirs simples d’une adolescence fantasmée et que l’on aimerait immuable : les parties de base ball entre amis, aux déambulations, aux karaokés entre ville et campagne. Bref, une adolescence fantasmée au regard d’une société japonaise où tout est millimétré.

Et quand Makoto découvre son don pour voyager à travers le temps c’est par une utilisation simple et ludique qu’elle se sert de cette capacité : pouvoir manger son flan que sa sœur lui avait piqué, prolonger quasiment indéfiniment ses tribulations avec ses amis, pouvoir partager un bon repas avec sa famille….

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Mais, derrière ce ton a priori résolument optimiste, Hosoda nous plante des petites graines qui nous indique qu’il y a plus que cela. Makoto est enfin arrivée en plein cœur de son adolescence, l’heure des premiers choix et grandes décisions : entre orientation scolaire qui demande à envisager son futur, les premières déclarations amoureuses et la peur qu’elles peuvent engendrer, tout ce que l’on croyait fixé pour toujours vole en éclat et Makoto a peur de ses changements.

Son utilisation de son don va donc peu à peu changer : oui, elle s’en sert pour que ses bons moments durent le plus longtemps possible mais c’est surtout par peur du changement. Ainsi quand une conversation tourne à la déclaration d’amour, elle remonte le temps pour pouvoir en détourner le cours, quand un contrôle va définir son orientation scolaire, elle remonte le temps pour le repasser et s’offrir un sursis dans la détermination de son choix.

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Makoto voudrait que cette période bénie d’insouciance et d’absence de responsabilité dure toute la vie, la peur des choix et du changement commence peu à peu à s’immiscer en elle et sa belle insouciance et son optimisme à la découverte de son don vole peu à peu en éclat.

Ainsi le jeu du voyage dans le temps laisse peu à place à celui des responsabilités. Responsabilités aussi car elle va s’apercevoir que modifier le cours des évènements ne fait pas qu’influencer sa propre vie mais aussi celle de tous ceux qui l’entourent. Et, si certaines modifications n’ont que des effets limités, d’autres changent radicalement le cours des évènements de ceux  qui l’entourent. D’une situation a priori comique qui transforme un élève en souffre-douleur au refus d’une déclaration amoureuse qui fait aller l’amoureux inconsciemment éconduit vers une autre personne, Makoto découvre que le voyage à travers le temps n’est pas qu’un jeu et qu’à essayer de garder les choses en état elle peut peut être tout perdre.

Makoto découvre donc que le changement est hélas de l’ordre naturel des choses et que si le jeu, l’insouciance font partie de la vie il y a d’autres moments où ils doivent laisser la place  à des choix; qu’il faut aller de l’avant.

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Hosoda introduit donc tout en subtilité et humour avec des bonds temporels ou Makoto déboule en roulant au sol) des thèmes profonds comme la prise de conscience des responsabilités.

Hosoda plonge ainsi peu à peu Makoto dans l’âge adulte  mais nous rappelle en m^me temps qu’il ne faut jamais perdre cette magie, cette insouciance de l’adolescence. Ainsi en nous parlant d’une personne en particulier et son intimité, Hosoda plonge dans des thèmes universels qui nous toucheront tous.

Ainsi, Hosoda nous offre un film a l’apparence simple, mais jamais simpliste qui, en restant très proche de ses personnages terriblement attachants ( les tribulations d’une adolescente qui cherchent à réparer ses erreurs), plonge aussi dans le profond. Servi par ailleurs par une animation remarquable (le grand studio Madhouse est à la manœuvre), le film fait preuve en outre de vraies trouvailles visuelles pour mettre en valeur ce thème du voyage temporel (entre les retours en arrière visuellement fous et ce travelling où Makoto rattrape puis dépasse la caméra, chaque plan ne laisse rien au hasard) et ainsi propulser Mamoru Hosoda dans la cours des très grands.

Excellent, encore!!

‘La Traversée du Temps » de Mamoru Hosoda (2006. Distribué par Eurozoom. Durée : 01 H40.

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2 commentaires

  1. Une petite merveille que ce film (à noter qu’il est l’adaptation d’un livre du même auteur que Paprika), à l’aune des deux suivants (ma préférence va à Summer wars) traversé de moments suspendus et de grosse meringues nuageuses dans un ciel d’azur. Magnifique.

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