L’Enfer du Dimanche d’Oliver Stone (2000) par Tootsif

C’est la descente aux enfers pour les Miami Sharks, une équipe de football américain qui subit une série de revers. Pour se maintenir à son poste, l’entraîneur qui commence à être serieusement contesté fait jouer un débutant talentueux. A travers cette fresque sur les enjeux du football americain, le réalisateur dresse un bilan des névroses de l’Amérique.

affiche l'enfer du dimanche

BIEN PLUS QU’UN JEU

« Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fairplay. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins » disait le célèbre auteur de 1984, George Orwell et, au visionnage de L’Enfer du Dimanche cette maxime semble prendre tout son sens puisque dès les premiers instants c’est au coeur même d’un champ de bataille que nous plonge la caméra d’Oliver Stone !

Impacts, fureur, vue trouble, bruits étouffés puis explosion sonore, il n’y a pas de doute nous sommes plongés au plein coeur d’une guerre. Puis, un homme est à terre, la caméra prend alors le temps de se poser un instant et prend du recul avec le champ de bataille pour nous permettre de respirer une seconde et de se rendre compte que…..,nous ne sommes pas sur un champ de bataille !

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Mais un terrain de football américain. Cette première scène est totalement bluffante au niveau des sensations et tiens sans aucun soucis la comparaison avec celle du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan ou du début de Gladiator avec la bataille de Maximus contre les Goths. Bref, dès les premiers instants, Oliver Stone, spécialiste du film de guerre, réussit son pari de faire du sport, de par sa violence et son engagement, une métaphore du champ de bataille.

Ce côté immersif continue après cette première scène coup de poing en nous faisant passer d’un membre à l’autre du staff d’une équipe alors en plein coeur de sa saison sportive : de l’entraîneur aboyeur qui cherche désespérément à remettre sur les rails une équipe en chute libre à la dirigeante qui doit prendre des décisions dans le seconde (un joueur vient de se blesser : on fait quoi ? on essaie de le refourguer fissa ou on attend son retour ? Qu’y a t il de dispo sur le marché des transferts pour le remplacer ?), au médecin qui doit jongler entre la santé des sportifs et les impératifs commerciaux, la caméra de Stone se fait virevoltante et nous laisse à aucun moment le temps de reprendre notre souffle et de comprendre toutes les implications sportives, commerciales et même sociales tournant autour de sport qu’est le football américain.

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Ce parti pris d’une narration rapide et éclatée risque ainsi de perdre les non-initiés qui se demanderont quel est tout ce cirque qui tourne autour d’un simple sport. Mais,le sport aux USA, et e, particulier le Football américain (dont la finale du superbawl est l’évènement le plus visionné au monde et qui paralyse quasiment l’activité du pays ce jour là) est bien plus qu’un sport ! C’est un spectacle et surtout un business !

« L’important c’est de participer » disait le baron Pierre de Coubertin ? Mon ocil ! On voit que ce dernier n’a jamais vu du football américain ! L’important c’est de gagner ! Et avec la manière ! De faire le show pour faire chavirer le public et ainsi pouvoir lui vendre un max de produits dérivés qui permettront ainsi aux dirigeants de l’équipe (qui s’appelle une franchise) de se remplir un max les poches. Caron devient peut être propriétaire de club par amour du jeu mais surtout car on attend un retour sur investissement.

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L’important c’est de gagner. De gagner un paquet de frics.

Et L’Enfer du Dimanche revient sur cette dimension en nous présentant cet aspect à tous les échelons d’une équipe. Du joueur qui attend ses primes de résultat et d’avoir un max de contrat de sponsoring, de sa femme qui attend qu’il signe le gros contrat qui la mettra à l’abri, du médecin qui touche des primes d’efficacité à remettre rapidos un joueur blessé qur le terrain, aux dirigeants qui attendent des plus-values sur les ventes de joueurs ou la revente d’une franchise  et des subventions municipales, aux municipalité qui y voient des retombées économiques et de popularité quand l’équipe gagne (comme un certain président français au sommet de sa popularité après une victoire en coupe du monde), tous les éléments gravitant dans et autour d’une franchise semblent avoir pour unique moteur le fric.

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Alors tout ceci gonflera un certain public lassé de voir tout ce petit monde se la péter à grand coup de bling bling et ce d’autant plus qu’Oliver Stone ne fait pas dans la dentelle et tombe franchement dans la caricature à coup de soirées partouze et drogue et de personnages archétypaux (l’entraîneur vieux de la vieille qui semble en décalage avec les méthodes modernes de management, l’ancienne gloire prêt à tout pour ne pas se faire piquer sa place et le jeune loup prêt à tout pour lui prendre et gagner un max…..) et même moi je dois dire que les scènes entre matches ont eu tendance à me saouler malgré un casting de haut vol (Al Pacino, Jamie Foxx, Cameron Diaz….).

Il faut dire que les sous intrigues sont au mieux mal exploitées (tout ce qui concerne le personnage de Cameron Diaz, héritière par son père d’une franchise où on lui reproche son manque de légitimité et tiraillée entre un devoir de mémoire et l’envie de se débarrasser de cet encombrant héritage) et au pire (ce qui est généralement le cas) totalement sans intérêt (les pérégrinations vers la gloire du personnage de Jamie Foxx) et que la réalisation très clipesque et ultra cuttée de Stone peut filer la migraine.

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Mais à mes yeux tout ceci vole en éclat à l’abord des scènes de matchs. Un célèbre magazine a comme pour maxime « Le poids des mots, le choc des photos » et cette dernière prend tout son sens lors des matchs.

Le poids des mots, ce sont ceux du coach dans le vestiaire, ceux qui préparent ces hommes à entrer sur le terrain comme un militaire est envoyé sur le champ de bataille. Ceux qui font de cette bande de gamins égoïstes et principalement focalisés par leurs bulletins de salaires et leurs statistiques personnelles; des frères d’armes, des gars pour qui vous sacrifieriez votre corps si nécessaire et qui feraient de même pour vous, des gars que vous savez être là sans avoir besoin de les regarder,. Ces mots c’est ceux qui vous font vous battre pour gagner chaque centimètre de ce foutu terrain; comme si vous preniez une tranchée à l’ennemi.

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Le sport c’est la guerre et cela comme ainsi par des mots. Avant de se voir traduire visuellement par les faits. Et c’est là qu’excelle Oliver Stone, de faire de chaque scène de match un véritable combat. Là sa réalisation stylisée et son sens de la mise en scène prennent toute leur ampleur et il nous livre ainsi de véritables scènes de bataille qui foutent franchement sur le cul tant on ressent l’intensité de ces matchs, la violence des impacts. Servies en outre par des musiques ultra pêchues c’est juste un putain de régal d’intensité.

Alors oui nombre y verront une jolie coquille vide qui se la pète visuellement sur un sport inintéressant et aux règles obscures, mais les fanas de l’intensité de ces sports conçus comme un véritable show dépassant largement le cadre stricto sensu du sport y prendront un pied monumental.

Et moi, je fais parti de la seconde catégorie !

Un bon film

« L’Enfer du Dimanche » d’Oliver Stone (2000). Avec : Al Pacino, Jamie Foxx, Cameron Diaz, Dennis Quaid, James Woods, Aaron Eckhart. Distribué par Warner Bros. Durée : 02 H 25.

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5 commentaires

  1. Autant je n’ai foutrement rien à secouer du foot US (c’est juste chiant comme la mort), autant ce film m’a donné une bonne grosse claque, même avec ces sous intrigues qui montre quand même une partie du business de l’ombre (et pour rappel le type de fiesta montré n’est pas si loin de la réalité…)

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    • Au début je pigeais rien au foot US donc ça m’interessait pas mais en comprenant les règles j’ai appris à aimer ça (bon moins que le basket), ce mélange entre tactique et force me plait bien.
      Oui bon la fiesta c’est un peu ultra cliché quand même

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  2. J’ai pensé au private ryan moi aussi lors des matchs, peut étre le dernier bon film de Stone (parsque Savages…) des acteurs parfaits qui ont tout de suite compris la vision furieuse du réal de jfk, ça claque, ça dérive, ça bastonne le foot us n’est pas si compliqué que ça et peut étre passionant malheureusement il n’est plus diffusé que sue bein sport mais je m’egare, en l’état ‘any given sunday’ reste un film passionant de bout en bout (la pirouette finale) Stone nous manques..

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    • Clairement le dernier bon film de Stone (effectivement Savages m’a tué aussi) et ouais le foot US faut juste rentrer dedans et après les règles deviennent limpides et on on kiffe devant les stratégies mises en place (et leur réussite ou pas)
      La pirouette finale est sympa mais j’aurais aimé un meilleur traitement des phases hors matchs

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  3. le « cut » ricain s’interesse davantage aux tactiques du jeu, de Quaid au volubile Foxx, en passant par Eckart ou Wood (génial quand il péte les plombs à l’entrainement, contre sa meuf) ils sont tous excellents, dernier bon film de l’ami Oliver mais aussi derniére bonne perf’ de scarface également à mon avis…

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