Boyz’n the Hood, la loi de la rue de John Singleton (1991) par Tootsif

Le passage de l’adolescence à l’âge d’homme pour trois amis du ghetto South Central à Los Angeles : Tre, un brillant élève qui s’est fait renvoyé de son école pour avoir déclenché une bagarre; Ricky, un athlète qui cherche à décrocher une bourse d’études pour une grande université; et son demi-frère Doughboy, plongé dans l’alcoolisme et la délinquance.

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LAISSE PAS TRAINER TON FILS

Il est des films dont la valeur tient plus à leur place dans l’histoire du cinéma qu’à leurs réelles qualités narratives et cinématographiques. Bruce en parlait (voir sa chronique de Vampyr ou l’étrange aventure d’Allan Gray ) en visant les films des balbutiements du cinéma, quand tout était à inventer et que tenir une caméra était encore du domaine de l’expérimentation et que la narration empruntait encore nombre de codes à la littérature et au théâtre. C’est ainsi le cas de nombre de films qui ont fait avancer la technique cinématographique.

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Nombre de ces films nous semblent aujourd’hui kitsch, dépassé mais leur apport au cinéma moderne est incommensurable. Et si Boyz’n the Hood n’est pas un grand film en tant que tel, son apport au cinéma, et dans un cadre plus vaste, à notre société est quand à lui indéniable.

Fin 1980/début 1990, l’Amérique est en crise tant les tensions sociales sont fortes dans le pays avec une communauté afro-américaine ostracisée. L’accès à l’emploi, à la santé, aux grandes écoles,  cela est impossible pour nombre de ses membres, qui sont carrément mise au ban de la société en étant parqués dans des quartiers. Et ce renfermement communautaire va être total et jusqu’au-boutiste puisque vont apparaître des guerres entre quartiers.

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Alors loin de moi l’idée de faire une analyse sociologique de la communauté afro-américaine, mais il est important de poser le contexte de cette période de la fin des 80’s/début des 90’s au Etats Unis puisque ce contexte va avoir une grande influence sur l’art pendant cette période.

En effet, il y avait jusqu’à présent comme un vide  culturel sur ces évènements. Alors que l’art s’emparait jusqu’à présent de tous les problèmes sociaux, la communauté noire se voyait là aussi mise au ban. Elle s’empara alors elle même de la parole, d’abord par le biais du rap puis du cinéma pour faire entendre sa voix, et, Boyz’n the Hood est un des ces principaux étendards.

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Alors, certes Spike Lee avait déjà mis à jour les problèmes sociaux de la communauté afro-américaine dès 1989 avec Do the Right Thing, mais ce dernier, issu d’un milieu favorisé, s’il est vu comme un porte-parole de cette dernière par la communauté blanche, ne l’est pas au sein de cette dernière. Je ne viendrais pas sur le terrain ultra sensible de la question « faut il être issu d’une communauté (et putain que je déteste ce terme) pour pouvoir parler en son nom ? » mais toujours est il que Boyz’n the Hood eu plus d’impact que son prédécesseur auprès de de la communauté afro-américaine qui se reconnut pleinement dans ce film, puisqu’il y eut même des émeutes devant les salles de cinéma le projetant lors de sa sortie !

Le film s’ouvre sur cette phrase, lapidaire «  Un homme noir américain sur vingt et un meurt assassiné. Ces crimes sont majoritairement commis par d’autres hommes noirs  » qui permet à John Singleton de poser La question : oui, les institutions semblent avoir abandonnés la communauté afro-américaine allant peut être même jusqu’à se frotter les mains de les voir s’entretuer, mais, cette dernière n’est elle même pas en partie responsable des problèmes qui l’assaillent ? En répondant à la violence par la violence, en s’organisant en gang, en faisant de la vengeance une règle de base, en méprisant ses membres qu’elle estiment plus « faibles » (femmes, anciens, handicapés….) n’est elle pas elle même responsable de sa propre situation ?

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A travers le personnage de Jason « Furious » Styles (Laurence Fishburne) , John Singleton pose les questions qui mettent sa communauté en face de ses propres responsabilités. tou comme il dénonce l’environnement dans lequel il vit à travers les destins croisés de 3 enfants du ghetto.

Il y a d’abord Tre Styles, qui a la chance d’avoir son père comme figure d’autorité et puis il y a les 2 frères, Darin et Ricky. Si le père est absent pour ces 2 derniers, Ricky a la chance d’avoir le sport comme moteur dans la vie tandis que Darin, lui, n’a rien, même pas la chance d’être aimé par sa mère. On va alors suivre leurs pas sur une dizaine d’années, les voir évoluer au milieu du ghetto, entre violence quotidienne, drogue et policiers brutaux. On s’attache peu à peu à ces personnages et on espère le meilleur pour eux, que Tre, bien cadré par son père, puisse faire les études qu’il veut, que Ricky puisse décrocher sa bourse sportive tandis que que Darin réussira lui à décrocher des armes.

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Mais , dans cet environnement violent à tous les niveaux (le langage y est lui aussi le plus outrancier possible, le film étant d’ailleurs à regarder en V.O, les insultes n’ayant pas le même feeling en anglais, où derrière chaque insulte il y a le spectre de ta place dans ce microcosme, alors qu’en français cela donne dans le too much et le caricatural), la fin ne peut être que tragique.

Boyz’n the Hood est donc d’un pessimisme morbide, John Singleton laissant à penser que même en hurlant à la face du monde cette ghettoïsation violente de la communauté noire, rien ne semble pouvoir l’arrêter et que, la seule solution pour s’en sortir passe par le fuir comme le fait Tre, car sinon sa violence te rattrapera et tu mourras.

Boyz’n the Hood  se veut le reflet de son époque et si cela fait sa force quand au message qu’il fait passer et son ton quasi prophétique (avec en 1992, les émeutes de Los Angeles suite au passage à tabac d’un jeune noir par 4 policiers qui furent acquittés), cela se ressent aussi à travers son visuel très marqué par son époque lui donnant un côté plus que daté.

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A cela il faut ajouter une réalisation qui est assez plate et des acteurs, pour la plupart débutant (comme Cuba Gooding Jr, Ice Cube) donnant au tout une dimension plus proche d’un téléfilm et amoindrissant ainsi l’impact du propos. Mais, de par son message et l’influence qu’il a eu pour tout une vague de films (citons entre autre La Haine de Matthieu Kassovitz, La Cité de Dieu de Fernando Mereilles), il vaut bien plus que ses simples qualités cinématographiques.

Bon film
Bon film

« Boyz »n the Hood, la loi de la rue » de John Singleton (1991). Avec : Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr, Ice Cube. Durée : 01 H 52.

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2 commentaires

  1. Oui il a vieilli avec son esthétique fin 80’s avec chemises trop larges et bariolées, sa VF too much, mais pour ce qu’il a apporté au genre il est juste indispensable

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