Gravity d’Alfonso Cuaron (2013) par Tootsif

Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre – et la moindre chance d’être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d’autant plus qu’à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d’oxygène qu’il leur reste.

Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre…

présentation Gravity

LA TETE A MOITIE DANS LES ETOILES

Combien de fois dans sa vie peut on dire que l’on a assisté à un moment historique dans l’histoire du cinéma ? A notre époque je pensais que cela ne m’arriverait jamais comme ce fut le cas pour ceux qui découvrirent le cinéma L’Arrivée du Train en Gare de la Ciotat de Louis Lumière, le premier film, ou le cinéma de Mélies, ou le premier film parlant, ou le premier film colorisé, ou les premières images de synthèse. Si la technologie d’aujourd’hui permet des choses que l’on pensait naguère impossible, elle n’était, pour moi, jusqu’à présent qu’une évolution de choses déjà existantes.

Alors oui, j’ai eu des claques visuelles avec la création d’univers jusqu’alors difficilement réalisables (le Seigneur des Anneaux entre autres) et la 3D a, grâce à Avatar, apporté quelque chose e nouveau, mais ce n’était à mes yeux pas suffisants pour être une véritable révolution cinématographique. Et est arrivé Gravity.

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Mille et une rumeurs ont entouré le film quand aux techniques utilisées pour  nous faire croire à cette épopée en apesanteur : tournage avec câbles et fonds verts, ou en piscine comme l’entrainement des véritables cosmonautes avec suppression par ordinateur de l’effet d’eau, performance capture des visages de Sandra Bullock et George Clooney puis intégration de ces derniers sur des corps réalisés en image de synthèse….Jusqu’à présent personne ne sait réellement quelles techniques ont été utilisées par Alfonso Cuaron (et j’ai vraiment hâte de le découvrir lors de la sortie dvd/bluray) et, à la vue des images, on s’en fout.

je suis désolé, Clooney et Bullock étaient pour moi dans l’espace avec la caméra de Cuaron juste autour d’eux. Ce film a réellement été tourné à environ 380 km d’altitude. Et on y est avec eux. La réalisation de Cuaron nous transporte effectivement avec cet équipage et il utilise avec génie toutes l’arsenal de techniques cinématographiques à sa disposition pour nous faire croire à la réalité des évènements se déroulant devant nos yeux.

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Devant nos yeux ? Non, Gravity va plus loin, ce qui se passe n’est pas devant nous mais tout autour de nous avec l’utilisation d’une 3D à son firmament. Et, oui, je suis désolé pour Monsieur Cameron et ses schtroumpfs géants, mais même Avatar ne m’avait pas convaincu de l’utilité de cette technique. Peut être parce qu’on parlait d’un monde imaginaire  alors que là Cuaron touche à quelque chose de réelle, dont tout un chacun a déjà une perception.

Et là, toutes ces perceptions, ces impressions que l’on a de l’espace prennent vie devant nous. Dès les premières minutes Cuaron nous décroche la mâchoire avec un plan séquence hallucinant qui nous immerge totalement en nous présentant d’entrée tout ce qu’est l’espace : le silence, l’absence de gravité et de repère. De par sa maestria dans l’utilisation de sa caméra, il nous plonge au cœur de ce balai étrange se déroulant en apesanteur et quand au bout de ce premier quart d’heure on croit enfin avoir trouver nos repères telle la cosmonaute débutante Ryan Stone, il nous les fait totalement perdre avec ce nuage de débris qui envoie valdinguer Ryan  bien loin de la navette.

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Et, comme elle tournoyant sans arriver à se rétablir, tous les repères que l’on venait juste d’établir volent en éclat et Cuaron nous rappelle que cet espace qui nous semblait si beau, si calme, si tranquille, est en réalité, froid, obscur, vide. On ressent toutes les émotions du personnage de Sandra Bullock, cette impression d’enfermement, de claustrophobie alors qu’on est dans « l’endroit » le plus grand absolu.

Cuaron joue donc ainsi en permanence sur cette dualité de l’espace : l’enferment  dans un espace infini, au silence s’oppose les cris d’une cosmonaute cherchant à entendre une voix rassurante, cette dernière étant souvent le seul contact que l’on a, l’attraction se mélange avec la répulsion au travers d’un câble comme un cordon ombilical entre 2 cosmonautes à la dérive.

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Pendant 40 minutes quasi non stop, Cuaron nous maintient en apnée et c’est presque avec un soulagement que l’on peut enfin reprendre son souffle tout comme Ryan à l’intérieur de la station spatiale internationale.

Malheureusement cette respiration que l’on pense salvatrice marque aussi l’essoufflement du métrage qui peine à trouver un second souffle aussi inspiré que son premier acte. A travers une métaphore de renaissance où on voit Sandra Bullock adoptée une position fœtale, le film prend peu à peu une dimension métaphysique, hélas peu inspirée dans sa mise en scène.

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Entre métaphores lourdes (le plan final) et mise en scène moins inspirée, le film m’a fait peu à peu décrocher et il me semble que Cuaron aurait été plus inspiré de reste dans la veine du survival pendant une heure et demi qui se serait voulu intense comme un roller coaster. Malheureusement en allant chasser sur les terres d’un 2001 (que j’exècre) ou d’un Solaris et de trip métaphysique lourdingue sur la signification du retour sur Terre pour une cosmonaute qui n’a a priori pas de raison de vouloir vivre (d’ailleurs vivait elle vraiment jusque là),.

Le deuxième segment n’évite hélas pas de faire un peu dans le pathos nous faisant ainsi raccrocher cette mâchoire qui était jusque là pendante.

Reste une performance cinématographique qui fera date dans l’histoire du cinéma en rendant l’espace et ses sensations « touchables » pour nous, pauvres mortels, cloués au plancher des vaches, et un premier segment d’une intensité rare.

On était vraiment pas loin de toucher les étoiles.

bienmaissansplus

« Gravity » d’Alfonso Cuaron (2013). Avec : Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris. Distribué par : Warner Bros. Durée : 01 H 30.

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6 commentaires

  1. Une semaine après le visionnage, je n’ai pas changé d’avis. Si je comprends parfaitement ta critique, pour moi c’est clair, le scénario est vraiment secondaire et ce défaut n’entrave en rien la réussite totale du film.

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  2. Intéressant point de vue critique qui renverse paradoxalement les arguments des autres détracteurs du film (dont je ne suis pas). Là où la majorité des reproches vont pointer du doigt une deuxième partie en forme de survival classique, tu regrettes précisément l’arrêt de celui-ci. Par ailleurs, beaucoup ont reproché à « Gravity » de ne pas avoir la profondeur de « 2001 » alors que tu lui trouves justement des velléités en ce sens. Voilà qui pose question tout de même sur la perception de ce film. Je crois qu’il vaut vaut mieux évacuer toute dichotomie et s’accorder sur le fait que « Gravity » est un film virtuose, une expérience inédite de cinéma.

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  3. @ flow : une semaine après je ne change pas d’avis non plus ^^. Je comprends que le Waouh Effect de la performance technique puisse faire passer outre une deuxième partie plus lente et à mes yeux répétitives (on va d’un point A au point B) et aux véléités de profondeur lourdes

    @Princécranoir : oui le film marque une évolution technique et fera date mais ça sera seulement pour ses qualités techniques et non à mes yeux narratives.
    comme je le dit la deuxième partie m’a semblé redondante par rapport à la première en moins rythmé et avec des vélléités de profondeur ratées. J’aurais vraiment aimé qu’on reste dans le survival intense et haletant.
    Moi je vois des points communs avec 2001, que je n’aime pas, peut être pour ça que le 2eme segment m’a moins plus dans certains plans (la nouvelle naissance de Bullock quand elle retire sa combinaison ou le plan final avec toutes les étapes de la vie humaine) et j’ai trouvé ça lourd.
    Personnellement je suis bien content que le film n’ait pas toute la profondeur d’un 2001 car ça ne colle pas avec le 1er segment. Et là ces éléments narratifs censés apportés du fond (l’histoire de la fille de Ryan et d’autres que je ne citerais pas pour pas spoiler sont mal amenées, sans finesse) et donc ça m’a dérangé comme la moins bonne utilisation de la musique dans le 2eme segment qui alourdit les images.
    Reste 40 premières minutes magiques

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  4. Une superbe attraction avant-gardiste que n’aurait pas renier le Fururoscope.
    L’immersion est totale, c’est vraiment une expérience à vivre ! De plus arriver a faire un film d’une heure et demi que dans l’espace, sans succomber à la facilité des flash-back ou autres-choses, il faut vraiment saluer la performance.

    Par contre ça ne fait pas un bon film. Je serai donc incapable de lui donner une note en tant que film.

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  5. @ Selenie : c’est quand il s’éloigne du survival que je trouve que le film devient moins bon. Soit il restait dans cette veine de bout en bout soit il partait dans le délire psy total. Hélas non, il nous rabâche de façon lourdingue les thèmes de la vie et de la mort

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