Blueberry, l’Expérience Secrète de Jan Kounen (2004) par Tootsif

Mike Blueberry est marshall d’une petite ville tranquille à la frontière des terres indiennes. Tout bascule le jour où un mystérieux tueur, Wally Blount, transforme la bourgade en brasier. Il est à la recherche d’un trésor indien situé dans les montagnes sacrées. Blueberry part à sa poursuite, aidé par Runi, un chamane indien avec qui il a grandi. Les deux hommes doivent empêcher le tueur de pénétrer dans le sanctuaire. Mais là-bas, au coeur des montagnes sacrées, c’est aussi ses démons intérieurs que Blueberry devra combattre.

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LE SOLEIL LUI A TROP TAPE SUR LA TETE

Globalement quand le cinéma adapte une oeuvre de papier il se fait pas chier et reprend grosso merdo la trame de cette dernière et ça roule ma poule. Oui, globalement on se fait pas trop chier à adapter au nouveau média utilisé alors que les contraintes ne sont pas les mêmes entre cinéma et littérature. A mes yeux seul Zack Snyder, avec Watchmen, et Peter Jackson, avec Le Seigneur des Anneaux, ont su allier fidélité et trahison pour faire des films à la hauteur de leurs illustres modèles. Il faut donc savoir garder l’esprit de l’oeuvre plutôt qu’essayer de la respecter à la lettre.

Malheureusement, Jan Kounen, avec son adaptation de Blueberry ne respecte ni la lettre ni l’esprit et transforme les aventures de Mike Steve Blueberry en aventure intérieure psychédélique. De l’oeuvre créée par Charlier et Giraud, Jan Kounen ne garde que le minimum à savoir les noms (Blueberry, McClure, Prosit et Wally), un lien très très lointain avec les 2 albums La Mine de l’Allemand Perdu et Le Spectre aux Balles d’Or. Si Giraud a apprécié cette trahison, ce n’est pas le cas des héritiers de Charlier. Et de moi.

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D’abord Jan Kounen remet en cause dès le début les origines de Blueberry alors que ces dernières ont précisément été décrites dans le tome Ballade Pour un Cercueil. Alors que Kounen change ces dernières pour coller à son histoire ne me choque pas plus que ça mais que cela change totalement la personnalité même du personnage principal, je ne peux pas cautionner.

Kounen fait de son Blueberry un américain élevé par les indiens, et obsédé par un drame de sa jeunesse, ce qui permet de « justifier » la partie chamanique finale du film où Blueberry se cherche tout autant qu’il cherche à empêcher un tueur de pénétrer les terres indiennes. Si le côté mystique est bien présent dans l’oeuvre de Blueberry avec justement Le Spectre aux Balles d’Or ou Dust, le personnage de Mike S. Blueberry reste quelqu’un de très terre à terre, qui fonce sans trop réfléchir aux conséquences de ses actes et il faut attendre ses derniers épisodes pour que ce dernier s’interroge sur sa vie et ses actes.

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Mais bon, ce n’est pas parce que Kounen trahit ma vision de Blueberry que je dois cracher sur le film celui-ci peut être un formidable western ésotérique. Malheureusement pour moi dans ces 2 dimensions le film est mauvais.

Les critiques ont établi le fait qu’avec Impitoyable, Clint Eastwood marquait la fin du western dans sa forme classique, pour créer un nouveau genre, le post-western, où les codes classiques volaient en éclat pour pousser ce genre vers une autre dimension, plus profonde. Jan Kounen nous sert là aussi les scènes classiques du western avec le saloon et le tour de chant de Juliette Lewis, les bagarres, les personnages haut en couleur et ses décors de cartes postales mais cette dernière tourne à l’exercice de style médiocre  de par sa réalisation quelconque, ses situations mal tournées, comme pour servir de caution aux producteurs qui on investit dans la licence Blueberry et ainsi produire aux réunions de production des images typiquement western pour leur faire ainsi plaisir et pouvoir continuer tranquillement, dans l’ombre, son voyage dans le chamanisme.

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Car il est clair que là n’est pas le propos que veut nous tenir Jan Kounen. Le souci c’est que cette partie s’étire pendant plus d’une heure où on sent à tous les instants que, oui, définitivement Kounen, n’en a rien foutre de nous faire un western, que ce n’est pas de ça dont il veut nous parler. Pourtant peut être qu’était là la volonté première de Kounen, mais, en repérage pour le film, il a découvert le chamanisme et les sciences occultes qui l’ont fasciné. Il a donc transformé l’aventure de Blueberry en voyage initiatique sous psychotrope, ce que l’introduction nous annonçait. Alors pendant la dernière demi-heure il va falloir s’accrocher où demander à Kounen de nous filer les mêmes substances qu’il a pris.

Si sa démarche est sincère, pourquoi ne s’est il pas contenté de son reportage « D’autres Mondes » pour parler de ça plutôt que l’introduire dans son métrage ? Car ici Kounen échoue à nous faire ressentir le voyage et ce par quoi passe Blueberry, il nous impose plutôt un délire visuel à grands coups de plans ultra cutés et flous, aux effets spéciaux immondes et incompréhensibles où Vincent Cassel en fait des caisses. On est donc plus dans un bad trip que dans l’ouverture de l’esprit à une autre façon de percevoir le monde.

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On peine ainsi totalement à comprendre ce que subit Blueberry et où cela l’emmène dans sa propre existence et la dernière demi-heure devient ainsi totalement insupportable tant le propos est incompréhensible. A aucun moment les personnages n’existent pas par eux mêmes, on a plus l’impression qu’ils servent juste à Jan Kounen à exprimer ce qu’il a ressenti  lors de ses voyages hallucinogènes. La démarche est couillue, sincère, mais elle n’aboutit à aucun moment à faire un film.

Ainsi alors qu’avec Blueberry je m’attendais à un western avec indiens, héros solitaire, salopards de première, je me retrouve plongé même pas dans un voyage spirituel où un individu doit affronter ses démons intérieurs, mais dans les délires d’un réalisateur fasciné par ses expérimentations hallucinogènes qu’il tente de retranscrire, de manière plus que brouillonne, à l’écran.

Ce n’est pas un film qu’il aurait du faire. Là ce n’est pas que l’attente des fans qu’il trahit mais aussi celle des cinéphiles.

une purge totale, à jeter à la poubelle, par la fenêtre, dans le cosmos, bref très loin
une purge totale, à jeter à la poubelle, par la fenêtre, dans le cosmos, bref très loin

« Blueberry, l’Expérience Secrète » de Jan Kounen (2004). Avec : Vincent Cassel, Michael Madsen, Tchéky Kario, Juliette Lewis. Distribué par UFD. Durée : 02 H 04.

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