Dracula Untold de Gary Shore (2014), par Sékateur

Dracula, personnage hautement charismatique du roman de Bram Stoker, n’en finit pas d’exciter les producteurs américains. Après avoir déconstruit, avec talent, certes, ce personnage mythique, avec le « Dracula » de Coppola, Hollywood revient sur le sujet avec un « flamboyant » Dracula Untold et réinvente la définition d’un mot : Untold. Car Untold signifie manifestement « tout pourri… »

Roaaaaaaarh ! Je suis le prince des ténèbres, ça se voit, j'ai du maquillage rouge autour des yeux !
Roaaaaaaarh ! Je suis le prince des ténèbres, ça se voit, j’ai du maquillage rouge autour des yeux !

Désolé, j’ai déjà vendu le morceau, ce film n’est vraiment pas à la hauteur de Dracula. Vous pouvez arrêter de lire, si cela vous suffit… non, je déconne, continuez !

Sachez cependant que tout n’est pas à jeter…

Le vrai « problème » de ce long-métrage, c’est le scénario. Écrit probablement sur commande, pour des producteurs avides de faire du bénéf’ (jusqu’ici, on se comprend) il lance une sorte de franchise, je le pense… Car ce Dracula Untold semble destiné à engendrer tout plein de séquelles… c’est du pain béni, car en fonction des épisodes, on pourra revenir aux fondamentaux gothiques, aux romances bit-lit, aux actioners, il y a à boire et à manger dans cette impulsion vampiresse… bref, ce scénario opportuniste accumule les grosses ficelles, les incohérences et les effets lacrymaux, au point de prendre le spectateur pour un débile mental…

Je me pose des questions sur notre couple. Je suis maudit. Tu ne l'es pas... je peux te bouffer ?
Je me pose des questions sur notre couple. Je suis maudit. Tu ne l’es pas… je peux te bouffer ?

Mais ça marche (car nous sommes tous un peu débile. Quoi ?) La réalisation est efficace, l’interprétation plutôt solide, même si le casting est assez… euh… moderne… et les effets spéciaux de grande qualité.
Et heureusement que les effets spéciaux sont de qualité.
Car ce film a tout de même coûté à ses producteurs la bagatelle de 100 millions de dollars.
Oui, cent putain de millions de dollars !
C’est un Blockbuster, quoi… Et il est étrange de sortir un Blockbuster avec si peu de matière (90 minutes, pour une histoire assez banale, même si efficace, peu d’esbroufe publicitaire (enfin, je crois)…)
D’où mon impression très subjective d’avoir visionné un simple « pilote » de série… une série de super-héros sauce vampire…

I've got ze powa !
I’ve got ze powa !

J’en viens au scénario. Oh, je ne vais pas raconter l’histoire dans le détail, toutefois, sachez qu’il y aura des révélations (autrement dit des « spoilers »), par conséquent, si vous n’avez pas vu le film et que vous avez l’intention de le voir (dépêchez-vous quand même, il ne sera bientôt plus à l’affiche…), évitez d’aller plus loin… (contentez-vous de la note !)

Dracula Untold accumule les incohérences, anachronismes, absurdités, facilités, pour mieux faire passer son propos de film énergique, moderne, (super-héros), à gros budget. Je peux le comprendre, même si d’un point de vue purement cinéphile, c’est difficile à avaler.
Coppola avait déjà trahi le personnage de Dracula dans son film, en faisant de lui une âme en peine à la recherche de sa défunte dulcinée. Je rappelle à ceux qui auraient lu le roman de Bram Stoker que Dracula est un démon, un être sans vie, sans émotion, un incube corrupteur avide de sang, qui pompe la vie de ses victimes, et au passage leur âme… Difficile de faire plus noir, plus « evil »… et pourtant, il est devenu une sorte de dandy nostalgique, veuf inconsolable chez Coppola… bref. Dracula Untold enfonce le clou, et nous montre un Dracula bon père de famille, et papa-gâteau avec le petit rejeton… comme c’est mignon ! Et comme nous sommes en 2014, sa femme se pose à ses côtés comme une alliée capable d’influencer ses choix politiques… Dracula est un seigneur très compréhensif, humain, qui certes empale ses ennemis par paquets de cent, dans de véritables cimetières super-glauques, mais uniquement pour montrer aux « autres » de quel bois il se chauffe… lui, c’est pas vraiment son trip, en vrai…

Le physique de l’acteur principal, Luke Evans, évoque autant la Roumanie que l’Espagne ou la Grèce… en tout cas, sa silhouette plutôt fine, pour ne pas dire malingre, cadre mal avec le fait qu’il serait, en principe, un combattant furieux capable d’abattre n’importe quel adversaire en combat à mains nues. C’est pourtant l’introduction du film – Dracula serait un enfant offert aux Turcs dès son plus jeune âge, enfant particulièrement doué pour la baston, puisqu’il serait devenu à l’âge adulte le seul survivant des 1000 enfants issus de cette offrande aux Turcs… donc, ce serait une bête à visage humain, un furax avide de bidoche et d’os craquelés sous les phalanges…
Sauf que Luke Evans, ben c’est un peu… un beau gosse, on peut le dire, aussi viril que Thomas Anders… allez, cliquez ici pour une piqûre de rappel, je sais que ça ne date pas d’hier… (laissez la musique durant cette lecture, ça cadre super bien avec. Si.)
Je suis méchant ? À peine…

Alors mes loulous, ça rouge pour vous ? Hi, hi, hi...
Alors mes loulous, ça roule pour vous ? Hi, hi, hi…

En tout cas, ce bon vieux Dracula, très féroce, carnassier, n’en demeure pas moins un élégant seigneur, bien propre sur lui, bien coiffé, et bon père de famille. Très amoureux de sa femme, blonde aux yeux bleus, comme c’est souvent le cas en Roumanie, surtout au 15ème siècle (cela dit, pourquoi pas), il s’occupe de son bambin de façon exemplaire… Vraiment, un papa comme lui, tous les enfants voudraient en avoir un.
Sauf que lui, c’est Dracula, et qu’il a des responsabilités. Pour sauver son peuple, il doit faire alliance avec les Turcs. Mais les Turcs, ce sont vraiment des pourris. Ils exigent de lui 1000 enfants (l’histoire se répète, je l’ai déjà dit, Dracula a lui-même été offert avec 999 autres enfants) dont son propre fils. Sinon, y’a pas d’alliance et c’est la guerre…

Moi je suis le vrai méchant. Rien à voir avec les Modern Talking. Le maquillage, c'est pas ma faute...
Moi je suis le vrai méchant. Rien à voir avec les Modern Talking. Le maquillage, c’est pas ma faute…

Ok, c’est la guerre. Comment un papa-gâteau comme Dracula pourrait-il laisser son fiston aux mains de ces chacals de Turcs ? C’est impensable !

Alors Dracula va se tourner vers une caverne renfermant un être ignoble, surnaturel, un vampire… et il va faire une sorte de pacte avec le monstre pour acquérir des pouvoirs de malade, mais vraiment de malade, afin de protéger son peuple contre les méchants Turcs…

Le vampire originel est victime d’une malédiction, tellement puissante qu’elle l’oblige à rester terré au fond d’une caverne. On ne comprend pas vraiment pourquoi. Qu’il craigne la lumière du jour, ok, mais de nuit, ne pourrait-il pas se dégourdir les guibolles et au passage, anéantir le monde ? Non, manifestement, il préfère rester cloîtré… et ce vampire attend le pauvre crétin qui pourra le remplacer, c’est-à-dire profiter de ses pouvoirs et le libérer de sa malédiction. Ok. Sauf que dès qu’un intrus entre dans sa caverne, probablement poussé par la soif de sang, il le massacre. Pas facile de concilier l’envie de meurtre et le besoin de trouver un successeur. Heureusement que Dracula est là.

Je suis un vampire prisonnier d'une caverne, mais y'a pas de porte... en fait, je crois que je suis juste con...
Je suis un vampire prisonnier d’une caverne, mais y’a pas de porte… en fait, je crois que je suis juste con…

De par son aura naturelle, son charisme, son charme (?), Dracula parvient à nouer le dialogue avec la bête, et à conclure un pacte moisi, une damnation en bonne et due forme, pour s’approprier des pouvoirs de tarés…
Dracula repart de cette grotte avec le pouvoir de se transformer en vol de chauve-souris, de contrôler les chauves-souris, de démolir la tronche de n’importe quel humain d’un bref revers de la main…
Trop balèze.
Il décalque à lui seul plus de 1000 soldats… il n’a même plus besoin d’armée, il peut tout faire tout seul… d’autant plus facilement que son ennemi l’attaque de nuit. Oui, parce que s’il attaquait de jour, ce ne serait plus marrant…

Je vais m’arrêter là avec les révélations sur ce scénario improbable… Relever l’ensemble des incohérences et grosses ficelles pourrait prendre dix à quinze pages. Ce n’est pas le sujet.
Le sujet c’est que ce scénario est un simple produit, visant à agglomérer des scènes d’action, de romance, de combats, sans véritable souci de cohérence, juste pour « poutrer » visuellement, et de ce point de vue, c’est plutôt réussi.

Après trois minutes de combat... imaginez ce que ça donnerait sur une nuit complète...
Après trois minutes de combat… imaginez ce que ça donnerait sur une nuit complète…

Si j’étais objectif, j’accorderais facilement trois pellicules à ce film. Ok, ce n’est pas un film de cinéphile, il est plutôt fait pour les mangeurs de pop-corn venant en salle pour peloter la cuisse d’un(e) futur(e) partenaire sexuel(le)… mais il se regarde sans ennui, en tout cas, sans trop d’ennui…

Sauf que pour moi, c’est juste une sombre daube indéfendable, et qu’il n’y a vraiment aucune raison de se montrer indulgent avec une production aussi opportuniste, et volontiers putassière…

Je sanctionne direct !

Une bouse ou une purge, au choix
Une bouse ou une purge, au choix

Dracula Untold de Gary Shore (2014, USA) Avec Luke Evans, Sarah Gadon, Art Parkinson….durée 1h32

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