PIFFF 2014 – Les films en compétition

Le PIFFF touche à sa fin. Comme pour l’édition 2013, il fallait s’y attendre, certains films échappent à la classification SFFF pour nous proposer autre chose, un cinéma « alternatif », dirons-nous. Et Fausto Fasulo, rédacteur en chef de Mad Movies l’a très bien résumé, la plupart des films relatent cette année des histoires… d’amour… Ami(e)s fleur bleue (parfois tâchée de sang, tout de même), bonjour…

Cette année, peu de films sont en marge de la sélection, ni en bien, ni en mal – comprenez pas-là, pas de grosse déception et pas de gros coup de cœur. La qualité est cependant bien présente, sous de nombreux aspects. Observons-les un par un, par ordre de diffusion…

Time Lapse de Bradley KingTime Lapse 2014

Un trio de colocataires (un couple + 1 ami) découvre chez un voisin disparu une étrange machine qui photographie leur salon, mais d’une façon particulière. Les clichés montrent ce qui se passera le lendemain dans ce fameux salon.

Étrange concept pour une histoire qui emprunte beaucoup à « petits meurtres entre amis. » Le scénario se suit gentiment, même si après réflexion, il demeure bourré de zones d’ombre, c’est dommage mais il n’en reste pas moins une jolie histoire de « déconstruction sociale » parfois jubilatoire.

Sympa
Sympa

Housebound de Gerard Johnstone

housebound

Une ado difficile s’étant fait prendre la main dans le sac en train de défoncer un distributeur de billets est condamnée à vivre chez sa mère (!) pendant plusieurs mois, avec un bracelet électronique fixé à la cheville. Sous surveillance de son garde-chiourme, elle va rapidement se rendre compte qu’il y a de choses bizarres dans la maison de sa daronne. Des trucs hantés, peut-être.
Rien n’est réellement original dans ce film, le résumé le démontre très bien. Cependant le ton un peu décalé, qui rappelle souvent le « Hypnose » de David Koepp, fait passer beaucoup de choses, et le réalisateur, un peu roublard, joue avec les clichés du genre pour mieux nous faire frémir – ou rire… D’autres l’ont fait avant lui, mais ça fait plaisir de retrouver un bon film de série B qui ne se prend pas au sérieux.

Sympa
Sympa

Bag Boy Lover Boy de Andres Torresbag-boy-lover-boy

Un jeune homme au physique et au mental particuliers se fait repérer par un photographe « d’art » qui l’initie à la photographie en lui offrant un polaroïd… Ouais, vu sous cet angle, ça peut paraître bizarre, mais ça ne l’est pas tant que ça. Le réalisateur met en abyme son atypique personnage, avec des scènes oniriques à la « eraserhead » dans un style très cru, épuré, sans réellement perdre le fil de son intrigue, ce qui est plutôt louable. Ce qui au final donne un film de 75 minutes qui paraît malgré tout un peu long, le scénario n’ayant pas grand chose à proposer. Il n’en reste pas moins un film intéressant, ainsi qu’une vraie révélation pour l’acteur, qui joue autant de son jeu que de son physique…

Pas très fun, mais vraiment intéressant
Pas très fun, mais vraiment intéressant

The Duke of Burgundy de Peter StricklandThe_Duke_of_Burgundy_03

Deux lesbiennes vivent une histoire d’amour un brin sado-maso, sans violence, juste avec un « jeu » dominante/dominée, sous l’oeil désapprobateur du voisinage, et voient leur relation s’étioler peu à peu…
Le fantastique de ce film se situe essentiellement dans le traitement poétique de la réalisation, d’une délicatesse assez rare, il faut le reconnaître. Strickland filme avec finesse, tendresse, cette relation un peu hors-norme, sans jamais la rendre sordide. Pudeur, élégance, raffinement, sont les maîtres mots de ce long métrage, qui mériterait d’être présenté à Cannes, rien que pour le principe, car ce n’est pas un cinéma de genre, plutôt un genre de cinéma un peu en marge de ce qui est proposé habituellement. Strickland me paraît être le seul réalisateur actuel à pouvoir mettre en image l’oeuvre délicate de Sweig, notamment « la confusion des sentiments », ce qui en fait une valeur sûre du cinéma, au sens large du terme.
Il n’en reste pas moins qu’on serait en droit d’attendre autre chose dans un festival SFFF…

Très beau, mais voilà, quoi...
Très beau, mais voilà, quoi…

Alléluia de Fabrice de WeltzAlléluia

Une quadra délaissée, maman d’une petite fille, rencontre un homme génial, dont elle tombe presque immédiatement amoureuse, et qui s’avère être une sorte d’escroc. Loin d’être découragée, elle va se proposer de le seconder dans ses actes que la morale et la loi réprouvent – s’engageant dans une relation extrême, très très extrême…
Fabrice de Weltz s’inspire d’un vieux fait divers pour mettre en images (une image assez moche en 16mm – c’est voulu, et cohérent, même si… c’est moche) une histoire d’amour déglinguée, poisseuse, dégénérée. Ca va loin, peut-être trop loin trop vite, mais après tout, pourquoi pas. Beaucoup de qualités dans l’ambiance, la lumière. Le duo d’acteurs est quasiment parfait, ma préférence allant à celui de Lola Duenas – il faut dire, son personnage est sans doute mieux écrit que celui de Laurent Lucas – totalement investie dans son rôle.
Ce genre de cavale sociopathe n’est pas nouvelle, Bonnie & Clyde sont déjà passés par là, mais le film est plutôt réussi dans ce genre…

Volontairement âpre et poisseux...
Volontairement âpre et poisseux…

Shrew’s Nest de Juanfer Andrés et Esteban Roelshrews-nest

Deux sœurs vivent ensemble depuis la mort de leurs parents, et l’aînée, souffrant d’un mal bizarre, sorte de phobie qui l’empêche de sortir de son appartement, recueille son voisin du dessus, blessé à la suite d’une chute dans l’escalier (!) Elle va faire le maximum pour affronter ses démons…
L’école espagnole n’est pas morte, c’est clair. Alex de la Iglesia en bon producteur, nous propose ici ce qu’on a fait de mieux depuis pas mal de temps au pays du chorizo… Le scénario n’est pas d’une folle originalité, mais il a le mérite d’envoyer du pâté. On pense très fort à Misery, c’est sûr, mais le scénario délivre moult révélations avec parfois, quelques fautes de goût. Rien de bien grave, le film fait son effet, il est plutôt rythmé malgré le principe du huis clos… Une belle réussite.

un bon film
un bon film

Starry Eyes de Kevin Kolsch et Dennis WildmeyerStarry_Eyes_Still__1.1.3

Une charmante « miss patate » fine et élancée (comme une frite, ah, ah, ah), rêve de devenir actrice. Entourée d’amis aux « encouragements » peu délicats, elle va se présenter chez un gros producteur pour un rôle de hurleuse dans un film d’horreur. Un rôle fait pour elle.
Je n’en dis pas trop, le scénario propose assez peu de surprises, alors autant les découvrir soi-même. Car il serait dommage de passer à côté de ce film. Même si le dénouement met énormément de temps à se conclure, il propose une excellente mise en abyme d’un personnage un poil trop rêveur, interprété par une actrice vraiment investie – et heureusement, car Alex Essoe porte tout le film sur ses frêles épaules.

Très sympa
Très sympa

Spring de Justin Benson et Aaron Moorheadspring

À la mort de sa mère, un jeune américain décide de partir en Italie pour se changer les idées, se reconstruire, et fait la connaissance avec une belle Italienne dont il va immédiatement s’enticher. Sans se douter que la belle est en réalité une bête…
Beaucoup d’humour dans cette romance hors norme, la jeunesse vanneuse y est mise en valeur de belle façon, les reparties fusent, c’est drôle, enlevé. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve Jeremy Gardner, réalisateur du très très bon « The Battery », dans un rôle secondaire, certes, mais remarquable… Le dernier quart d’heure de ce film est vraiment très long, le scénario n’ayant (volontairement) aucune surprise à proposer, c’est vraiment regrettable, car ces quelques minutes d’inertie tirent tout le reste vers le bas. Le déception paraît inévitable, alors que les qualités globales de ce long métrage sont évidentes, et ses interprètes vraiment attachants…

Très sympa
Très sympa

Le palmarès sera disponible sur le site officiel du PIFFF très prochainement. Peut-être même au moment où vous lirez cet article…

Pour finir, un petit mot pour le nouveau film des frères Spierig  « Undead, Daybreakers », le bien nommé « Predestination. » Il faut en parler car il ne sortira qu’en DTV, difficile de comprendre qu’aucun distributeur n’en ait voulu (ou alors, c’est une stratégie voulue par les producteurs) car c’est une petite merveille. Adapté d’une nouvelle de Robert A.Heinlein, il narre les aventures d’un agent spatio-temporel à la poursuite d’un terroriste qui traverse les époques pour perpétrer des attentats d’envergure.Predestination

Le paradoxe temporel trouve ici l’une de ses plus belles illustrations filmées, ça va loin, c’est énorme, et rendu crédible par une réalisation au cordeau et des acteurs au top, mention spéciale au génial Ethan Hawke…

un bon film
un bon film

Pour conclure, même si je ne verrai pas le film de clôture, je pense pouvoir affirmer que cette sélection 2014 était d’une qualité tout à fait conforme à ce que l’on est en droit d’attendre d’un festival de films dits de « genre » à notre époque. Rien de fabuleux, d’enthousiasmant, à l’image de la production générale actuelle (blockbusters compris), mais une belle représentation internationale d’un cinéma « différent. »

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5 commentaires

      • Audincourt, moi aussi, je pense y faire un tour prochainement … le Festival a l’air sympa et il y a un très bon niveau des courts métrages présentés en compétition… Bravoà Loic Bugnon pour ce Festival non loin de celui de Gérardmer !

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