Interstellar, de Christopher Nolan, par Sékateur

Perdu au fin fond de l’espace, personne ne vous entendra bailler…

Après un « Gravity » visuellement brillant et immersif, nous retrouvons avec « Interstellar » le vertige du vide et du cosmos, propre à « 2001, Odyssée de l’Espace. » Le scénario timbre-poste de « Gravity » laisse place à une écriture bien plus complexe et ambitieuse, sur trois longues heures… C’est beau l’ambition, courageux, mais…

Christopher Nolan est un brillant réalisateur. Il est parvenu à nous faire oublier la période gay/fantaisiste du duo Burton/Schumacher du super-héros Batman, en proposant un univers plus réaliste et cohérent, sans toutefois renier la nature même des personnages… une vraie prouesse, on peut le dire. Mais il n’est pas le réalisateur de cette seule trilogie. Il a aussi offert « Memento » et « Inception », deux variations fascinantes sur des thèmes eux aussi fascinants, la mémoire, le rêve…

Un joli monde menacé d'une mort certaine...
Un joli monde menacé d’une mort certaine…

Alors voilà que le sieur Nolan s’attaque à une odyssée spatiale plutôt ambitieuse, à la portée métaphysique, au risque de se voir comparé au très grand « 2001, odyssée de l’espace »… ce qui d’emblée était un peu casse-gueule…

Force est de constater qu’il n’en sort pas grandi, sans toutefois être totalement décrédibilisé en tant que réalisateur talentueux et prometteur.

Pour résumer rapidement cette histoire : un ancien pilote spatial, recyclé en fermier, est entraîné par des phénomènes a priori surnaturels vers un complexe secret… abritant ses anciens patrons, anciens patrons qui lui confient une mission « interstellaire » pouvant « sauver le monde »…

En trois lignes, j’ai dévoilé la caractéristique principale du scénario: les coïncidences. Avec cette question sous-jacente : sont-elles vraiment liées au hasard ?

Tin, tin, tin… suspense…

Ça sent le roussi sur la planète Terre...
Ça sent le roussi sur la planète Terre…

Cette histoire a le mérite de brasser de nombreux thèmes, avec plus ou moins de pertinence. L’écologie, bien sûr, socle de base du scénario. La planète est « malade », on ne sait pas ce qui se passe au juste, disons que la nature se meurt, et qu’un sable suffocant recouvre tout, faisant mourir la végétation, et par voie de conséquence, les animaux, et les hommes… ce qui amène les autorités à recentrer les compétences de la jeunesse sur les métiers de la terre… Autre thème central, le sens du devoir d’un individu, qui délaisse sa vie personnelle au profit d’un enjeu d’intérêt général majeur… avec l’idée du sacrifice en arrière-plan.

La mission interplanétaire, pourtant au cœur du visuel du long-métrage, ne semble pas être la préoccupation de Nolan. Les explications « scientifiques » sont foireuses, très discutables, fondées sur des théories souvent exploitées – notamment dans « Event Horizon » du tâcheron Paul W.S Anderson (eh oui.) – les dialogues font beaucoup penser à la parodie de « Star Trek » des Inconnus… on y parle de relativité, de physique quantique… oh là là…

Une planète avec de l'eau, c'est bien, mais quand il n'y a que ça...
Une planète avec de l’eau, c’est bien, mais quand il n’y a que ça…

Les questions de la solitude au fin fond de l’espace, du désespoir entraînant les déséquilibres de l’esprit, sont présentes également, mais largement contournées, grâce au maintien d’un lien affectif très fort entre un père et ses enfants. Ce lien affectif semble être la vraie préoccupation de Nolan. Il utilise le cosmos, la distance, le sacrifice, pour mieux souligner la force de « l’amour »… ce qui peut paraître un peu facile (voir un peu niais !)

Dans son dénouement (on pourra sans doute en discuter), Nolan offre davantage une illustration du pouvoir de l’amour (notamment filial) sur la construction de l’avenir, qu’une réflexion métaphysique d’envergure sur le paradoxe temporel…

Les personnages de cette histoire n’ont rien de bien intéressants. Ils sont totalement clichés. Un pilote déchu à cause d’une erreur de pilotage où il avait peu de responsabilités. Une enfant surdouée et ultrasensible. Une astronaute jeune et sexy (bien sûr, sinon c’est pas drôle) qui s’avère être la fille du chef de projet. Un chef de projet hyper confiant qui cache un lourd secret. Bon, on est vraiment dans des caractéristiques très hollywoodiennes.

Par contre, pour le casting, c’est un sans faute. Matthew Mac Conaughey est parfait en père de famille « typique et intègre », Anne Hathaway, parfaitement en femme « sérieuse et sexy », Jessica Chastain en scientifique hautement intuitive, Michaël Caine en chef de projet « humain »… et Matt Damon, encore lui, cette fois dans un rôle un peu moins lisse que d’habitude…

Joli couple de cinéma made in Hollywood, non ?
Joli couple de cinéma made in Hollywood, non ?

Il y a beaucoup de qualités dans ce film, dans le visuel, l’interprétation, les ambitions, les thématiques, c’est indéniable. Mais vraiment, le scénario de cet « Interstellar » ne tient pas la route. Rien à faire. J’ai beau essayer d’être indulgent, je ne vois rien qui puisse réhabiliter cette histoire tirée par les cheveux, improbable, impossible, totalement clichée et dénuée de force poétique et métaphysique… C’est énorme, trop énorme, les explications sont bancales, le dénouement vraiment « facile. » J’ai eu l’impression que Nolan utilisait la SF pour justifier un grand port’nawak faussement spirituel, se disant que bah, puisque c’est de la science-fiction, pas besoin d’être crédible, on est dans l’inconnu, alors on fait ce qu’on veut… quitte à jouer avec la vie et la mort comme si c’était juste un point de vue temporel… pas convaincant du tout…

A la sortie de « Prometheus », je me souviens qu’on a beaucoup pavoisé sur les fausses promesses apparentes de ce long métrage, qui semblait apporter des explications sur les origines de la vie. Au final, il s’agissait d’une série B de luxe ne se prenant pas réellement au sérieux.

J’ai le sentiment que « Interstellar » essaie, bien plus que « Prometheus », de nous faire passer des vessies pour des lanternes. Libre à chacun de se laisser ber(n)cer par la torpeur apaisante du rythme, pour goûter à ce final tirant fort sur la fibre émotionnelle (je l’ai dit, le lien filial me paraît être la seule vraie préoccupation de Nolan, et il insiste lourdement dessus) avec un certain succès…

Au final, en ce qui me concerne, je rapprocherais aisément les questionnements de film avec l’oeuvre de Claude Lelouch…

Cela dit, pourquoi pas… sauf que moi, Lelouch, c’est pas mon truc…

bof, mais ça passe
bof, mais ça passe

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10 commentaires

  1. Comme toi j’ai trouvé les quasi 3 heures très longues et le film juste correct.
    Oui les dialogues métaphysicos-scientifico-lourdauds plombent le métrage mais ça c’est Nolan dans tous ses films il adore que ces personnages s’entendent parler pour ne rien dire et pour débiter un tas de connerie (le « les parents sont les fantômes du futur de leurs enfants » ou un truc du même acabit sorti à un môme de 8 ans remporte la palme du WTF), oui le final est larmoyant (coupé 20 minutes avant aurait pas été un mal), mais il y a quelques fulgurances qui font que je déteste pas totalement le film (et puis moi tu me montres une navette voguant dans le vide intergalactique avec une musique planante et le film a déjà rempli son contrat, donc mon fanboyisme Sf me fait faire fi de nombres de défauts).

    Mais quand Nolan fera dans plus de simplicité ça sera cool.

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      • Nolan a une hype incompréhensible depuis son début de carrière qui est assez hallucinante car tous ses films sont truffés des mêmes défauts : trop longs, trop bavards, assez prétentieux dans le fond. Il faudrait qu’il « simplifie » son cinéma et qu’il arrête de se prendre pour plus intelligent que ses spectateurs.

        je pense qu’il plait car il propose de gros films pas dénués de fond et que ça change donc globalement des transformers et consorts. En fait on est tellement habitué à la médiocrité que lorsqu’un film a un minimum d’histoire on s’emballe.

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  2. Lelouch et « Event Horizon » dans le même article!!! chapeau bas 🙂 « Interstellar » est encensé de partout c’est quand même cool et sain d’avoir des avis un peu critiques envers ce long métrage

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  3. Ah des critiques un peu négatives sur Interstellar … je commence à y prendre mon pied ! Le film n’a même pas atteint les 3 millions d’entrées alors que le nullissime Gravity a dépassé les 4 millions d’entrées. Si cela n’est pas une claque à Nolan qui se la joue Kubrick (C’est un grand fan de Stanley). Dans une interview, il a dit qu’il fallait regarder son film sans chercher à comprendre l’histoire. Du coup, je n’ai même pas levé mon cul pour aller voir sur grand écran un grand trou noir !

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  4. « Au final, il s’agissait d’une série B de luxe ne se prenant pas réellement au sérieux. »
    Prometheus ne se prenait pas au sérieux ??? Putain j’ai du me tromper de salle alors car dans mon souvenir, je me souviens m’être dit: j’ai rarement vu un truc aussi pompeux !
    Bref, ta critique est très bien mais je pense qu’elle oublie l’essentiel: l’émotion qui se dégage de cet amour filial. Mais tu as raison, l’amour filial est une thématique centrale de ce grand film. Enfin, selon moi.
    Quant à la hype injustifiée d’un tel ou d’un tel quand on va voir un film je ne vois pas l’intérêt. Au contraire, c’est même dangereux les aprioris. Non ?

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    • Un avis est forcément subjectif. L’émotion que tu évoques m’a un peu effleurée, je le reconnais, mais pas au point d’être bouleversé. Du coup, grâce à ton intervention, je comprends un peu mieux pourquoi ce film a eu tant d’éloges.

      Pour Prometheus, j’avoue, je n’ai rien vu de pompeux, juste un bon gros délire (les personnages idiots qui se perdent dans les couloirs, l’avortement express), bref. La prétention que l’on prête à ce film, je ne l’ai pas vue à l’écran.

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      • Oui, un avis est forcément subjectif mais j’ai l’impression que notre ami Tootsif est de mauvaise foi sur ce coup-là.
        Je pense effectivement que les gens qui encensent le film le font car, comme moi, ils ont été emporté par l’émotion procurée et non parce que Nolan a la côte.
        Ou les femmes qui courent tout droit au lieu d’aller sur le côté ^^
        Punaise tu me donnes envie de revoir Prometheus ^^

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