Aux yeux des vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014), par Sékateur

Le duo français, déjà coupable du délicat « À l’intérieur » et du féerique « Livide » revient dans un slasher à l’ancienne, ça va frémir dans les chaumières… ou pas…

Moi j’aime bien Maury et Bustillo. Avec « À l’intérieur », ils avaient su redorer le blason du gore à la française, bien dégueu, fun, on retrouvait l’esprit de « Baby Blood », petite perle déjà vieillotte restée orpheline la pauvre, le ciné fantastique français étant plutôt porté sur des projets peu audacieux et très référentiels – ce qui n’est un mal, si la qualité est au rendez-vous, sauf que bien souvent… On était alors dans la tripaille, baigné dans une ambiance bien poisseuse, avec des scènes qui font grincer des dents. Du tout bon.

aux-yeux-des-vivants-Dalle

Avec « Livide », bien sûr, ça descendait d’un cran, car le sang était remplacé par un mystère. C’est plus difficile à mettre en scène, surtout quand le scénario n’est pas au top. C’est quand même un film sympa.

Alors « Aux yeux des vivants », c’est quoi ? Un slasher ? Ouais, on peut le dire. C’est aussi un savant mélange des deux premiers films du duo, avec une dimension proche de « Stand by me » (adaptation de la nouvelle « le Corps » de King dans « Différentes saisons », ouais je balance ma science, même si je sais que 99% d’entre vous, lecteurs, le savent déjà !) Certains évoquent une ressemblance avec les Goonies. Pourquoi pas, pour moi cette référence est trop choupinou. Mais admettons. Il s’agit, vous l’aurez compris, d’une histoire d’amitié entre d’jeunz. Trois ados font l’école buissonnière, se vannent, vivent la belle vie, et rencontrent le croquemitaine de service.

aux-yeux-des-vivants-Les 3 potes

Le pitch est d’une simplicité… enfantine…

Je ne pense pas dire d’énormes conneries en affirmant que « Aux yeux des vivants » est un mélange des deux premiers films de ses géniteurs. L’introduction, avec Béatrice Dalle en guest, nous renvoie directement à « À l’intérieur », scène gore à l’appui. C’est un moment intense, crade, dégueu, qui tranche totalement avec la première partie du film, relatant l’amitié de ces trois ados. Nous ne sommes alors plus du tout dans du craspec, on se dirige plutôt vers la comédie. Enfin, l’apparition du tueur évoque l’ambiance pleine de mystère de « Livide », la dimension slasher en sus…

Est-ce que ça marche ? Oui et non. Réponse de normand, je sais. Je n’ai pas envie de sanctionner ce film, qui a le mérite de jouer la carte du premier degré, et de ne pas prendre le spectateur pour un con. Les intentions sont bonnes. Le problème, c’est l’intensité. Difficile de créer une ambiance avec des scènes courtes, des meurtres peu inventifs, souvent suggérés hors champ. Le suspense est en demi-teinte, le spectateur n’est pas réellement dans l’attente d’un truc horrible, même s’il apparaît évident que ça va arriver. C’est trop mou, trop systématique. Ça fonctionne moyennement à ce niveau, et c’est sans doute là où le film perd la majorité de son capital sympathie. Car c’est un film qui aurait mérité de rendre difficile l’exécution de chaque cible…

aux-yeux-des-vivants-Marivin

Pas évident d’inspirer une franche empathie pour des personnages, même des enfants, en si peu de temps. Les choses ne sont pas suffisamment développées. C’est dommage, et en même temps, ce n’est pas totalement raté non plus.

J’ai beaucoup apprécié les décors. La nature est belle, même si un truc pas jobard se niche à l’intérieur (oui, encore) Les acteurs jouent vraiment bien, même les mômes. Pas de fausses notes à ce niveau. J’ai même retrouvé avec plaisir la cop’ sympa de « Bienvenue chez les Chtis », Anne Marivin… Le tueur est bien « désign-é » mais reste sans doute trop peu à l’écran pour nous foutre les pétoches d’usage.

aux-yeux-des-vivants-bagnole

« Aux yeux des vivants » reste malgré certains défauts, parfois voulus par les auteurs comme la retenue, la pudeur (c’est louable, mais il faut savoir montrer les dents, dans un film de trouille !), ce film reste donc honorable, sympa, tout à fait regardable. J’aurais aimé davantage, les excès de « À l’intérieur » ayant dévoilé un potentiel énorme chez ces réalisateurs, je ne parle pas de sang ou de violence, mais d’une intensité (allez, comme dans « haute tension », merde !), d’une mise en scène vraiment immersive.

Je suis resté un peu sur ma faim, mais le plat était quand même de qualité…

moyen mais sympa
moyen

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