L’espion qui venait du surgelé, de Mario Bava (1966), par Sékateur

En bon faiseur, Mario Bava a beaucoup tourné de produits, comme la plupart de ses comparses du bis italien des années 60/70, dans différents genres. Peu connu, cet espion qui venait du surgelé est l’une des rares incursions du maître dans le domaine de la comédie… une curiosité à redécouvrir grâce à Artus Films…

Comme souvent avec les éditions vintages de chez Artus Films, le bonus est indispensable pour apprécier à sa juste valeur l’oeuvre proposée, car il permet de la recadrer dans son époque et d’en tracer la genèse, souvent passionnante. C’est d’autant plus le cas avec ce film, proposé en deux versions : une italienne et une américaine.

Pourquoi deux versions ? Plus tard, les amis, plus tard… (quel suspense!) Voyons d’abord les grandes lignes du scénario…

Le mégalo docteur Goldfoot que tout le monde croit mort revient au premier plan avec une armée de femmes robotisées dont le baiser sent la poudre. Comptant sur la lourdeur des généraux de notre monde, toujours avides de jolies pépés, il s’enquiert à éliminer un à un les organes de décisions de chaque armée et se prépare à remplacer lui-même le général Willis, son sosie… et ce pour se partager le monde avec les Chinois…

Présentation des sex bombes. Évitez de les bécoter...
Présentation des sex bombs. Évitez de les bécoter…

Cette parodie de James Bond est une suite, celle de « Dr Goldfoot and the Bikini Machine » film américain tourné en 1965. Toutefois, Mario Bava s’en moquait pas mal, manifestement, car il a réalisé un film totalement italien, centré sur deux comiques de l’époque extrêmement populaires dans son pays : Franco Franchi et Ciccio Ingrassia. C’est son choix, c’est son film, mais ça n’a pas plu des masses aux producteurs américains…

Mario Bava a construit intégralement son film autour du tandem Franco et Ciccio. Ce sont clairement les premiers rôles, et Vincent Price, la grande star du projet, fait un peu de la figuration. C’est un choix tellement assumé que Bava semble totalement se mettre au service des deux hurluberlus, sans chercher à soigner la forme de son film. La mise en scène et le rythme sont efficaces, mais nous sommes ici en présence d’un produit très impersonnel.

L’échec ou la réussite artistique du projet repose donc sur les épaules des deux rigolos de service…

Alors ? Echec ou réussite ?

Le duo comique
Le duo comique

Voyons où situer l’humour de Franco et Ciccio… Prenez Chevalier et Laspalès, mixez-les avec Eric et Ramzi, fusionnez Franco avec Michel Leeb, Ciccio avec Popeck… Ça y est, vous êtes mort de rire ? Ok, ce film est donc fait pour vous.

Sans être trop sévère, car on peut rire de tout, et j’ajouterais même il faut rire de tout, je dois le reconnaître : les pitreries de ces deux individus sont moyennement drôles. Tout au plus, trouvera-t-on matière à sourire, ou d’apprécier un jeu de mots plutôt sympa. Voire trouver un gag marrant, mais là, il faudra attendre la scène située dans la nacelle du ballon. Je n’en dirai pas plus, à vous de découvrir…

Ouais...
Ouais…

Pourtant, ils sont loin de gâcher le film, disons qu’ils le servent à leur façon. Si on s’y fait, on peut trouver agréables et amusantes les scènes et le final réserve son lot de fantaisie plutôt sympa. Honnêtement, j’ai vu de pires navets. Surtout, le film tient à peu près la route, malgré un scénario un peu bordélique.

Les robots ne sont malheureusement pas tous des sex bombs
Les robots ne sont malheureusement pas tous des sex bombs

Je parle ici, vous l’aurez compris, de la version italienne.

Je l’ai dit, les producteurs américains n’ont pas apprécié ce film, c’est compréhensible, ils avaient le souci de vendre le long-métrage comme une suite, avec la star Vincent Price en rôle principal.

Ils ont donc remonté le master.

Ce qui s’apparente au final à un violent charcutage.

Plus courte de 7 minutes, la version américaine propose pourtant des scènes supplémentaires, offrant la vedette, vous l’aurez compris, à Vincent Price. Toutes les séquences Franco & Ciccio sont saccagées, au mépris parfois de la chronologie des événements et de la cohérence des scènes. Comment comprendre que le duo prenne Fabian, un agent secret au physique on ne peut plus occidental, pour un Chinois, au début du film ? On n’en sait rien, et on s’en fout.

Énigme dans les deux versions : pourquoi s'allier aux Chinois, alors qu'il pourrait avoir le monde à lui tout seul ?
Énigme dans les deux versions : pourquoi s’allier aux Chinois, alors qu’il pourrait avoir le monde à lui tout seul ?

Ce montage conserve le rythme du film d’origine, mais peine à créer un lien entre les scènes. On voit des trucs sans vraiment piger d’où ça sort, et où ça peut aller… La scène de la fête foraine est totalement muette (pourquoi pas), mais vide de sens, alors que dans le film d’origine, elle est pleine de fantaisie, avec les meilleurs gags du duo Franco & Ciccio…

On pourra noter tout de même une copie américaine vraiment impeccable, niveau technique. Son et images sont vraiment bons. La VF est proposée en deux traductions, contre aucune pour le montage italien, uniquement en V.I sous-titrée. La version italienne a davantage morflé, des passages sont dégradés, l’image moins nette, le son parfois criard. C’était probablement le prix à payer pour reconstituer cette curiosité. En tout cas, ce n’est pas excessivement gênant et amplifie même le charme désuet de l’entreprise… tout comme ce placardage de sous-titres en plein milieu de l’écran – je ne sais pas à quoi c’est lié, mais ça fait bizarre car ça dure plusieurs minutes !

Le gros avantage de la version américaine, car il y en a un, est de renforcer certains rôles féminins.

Une scène absente de la version Italienne...
Une scène absente de la version italienne… mais on s’en fout !

Tout d’abord, l’assistante du Dr Goldfoot (Hardjob) interprété par une actrice pas vraiment connue, Moa Tahi. En effet, quasiment absente dans la version italienne, elle apparaît régulièrement au côté de Vincent Price dans le montage américain. Et emballe même l’agent secret pourtant promis à…

…la dulcinée de l’agent secret, Rosanna, la secrétaire du grand boss jouée par Laura Antonelli. Bava passe totalement sous silence son idylle avec l’agent secret et sa duplication en robot par le Dr Goldfoot. La petite histoire raconte que la belle ne voulait pas jouer trop déshabillée et que cela agaçait Mario Bava, à tel point qu’il a réduit considérablement sa présence à l’écran, rendant incompréhensibles certaines séquences, notamment à la fin du film.

Une scène qui aurait mérité de figurer sur la version Italienne...
Une scène qui aurait mérité de figurer sur la version Italienne…

Le montage américain réhabilite donc ce rôle, et propose la seule scène vraiment intéressante de cette version : le numéro de charme de Laura Antonelli.

Cependant, soyons clairs : les rôles féminins sont purement décoratifs, dans les deux versions.

Pour le reste, je prends clairement position, la version américaine, c’est un peu une purge. Décousue, bordélique, elle est encore moins drôle que la version italienne – oui, car si l’on peut contester la drôlerie des deux comiques de service, l’on peut également rester béat de consternation devant le cabotinage de Vincent Price. Chacun son boulot. Je préfère deux comiques proposant un humour certes moyennement réussi à une star vieillissante qui surjoue bêtement un rôle de méchant.

Verdict

Montage italien :

Bof, mais ça va...
Bof, mais ça va…

Montage américain :

Naze !
Naze !

Et bande annonce…

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