Big Racket de Enzo G.Castellari (1976), par Sékateur

Lorsqu’un État échoue à assurer la protection du citoyen, il ouvre la porte aux réactions vindicatives, et plus généralement aux vocations de justiciers. Paul Kersey est déjà passé par là, en 1974, à la suite du crime impuni de sa femme par d’odieux salauds agissant en toute impunité sous l’oeil torve des forces de police. Il est devenu un « Justicier dans la ville. » Deux ans plus tard, en Italie, Nico subit à son tour l’action de petits malfrats cruels et impitoyables… Mais est-ce vraiment comparable ?

Enzo G.Castellari est certainement le réalisateur de films d’action le plus compétent du bis italien des années 70/80. On a entendu parler de lui en 2009, car il a été le principal inspirateur de Tarentino pour son « Inglorious Basterds » (il y joue même un tout petit rôle), étant lui-même réalisateur de « The Inglorious Bastards » en 1978…

Une belle référence, sans doute la plus récente, mais n’oublions pas sa mémorable filmographie, outre les westerns, les fameux « Les guerriers du Bronx » ou encore « Les nouveaux Barbares », œuvres hautement jubilatoires dont je ne cesserai jamais de louer les mérites… quand bien même serais-je le seul !

Bigracket - face à face
L’un des rares moments où l’on sourit…

Allez, autant le dire, j’aime beaucoup Enzo G.Castellari. Ses scénarios font souvent la part belle aux cascades, fusillades, et traits d’humour plutôt efficaces, portés par des personnages caricaturaux mais bien campés par des acteurs solides (enfin, en général…) Bon, ok, le style est vintage, et parfois les détonations ne sont pas suivies d’impacts. Ouais, d’accord. C’est vrai…

Pour mieux faire parler la poudre, dans « Big Racket » Castellari use d’un manichéisme primaire. C’est même la plus grosse faiblesse du scénario, car par ailleurs ce dernier nous offre de belles séances de cruauté urbaine bien crispantes et de magnifiques séquences d’ultra-violence bien jouissives…

BigRacket-Weapons

Italie, années 70… Les commerçants honnêtes et droits d’une bourgade sont victimes de racket par de petites frappes sans foi ni loi. Cette mafia miniature perpétue menaces, tortures et crimes sous la désapprobation impuissante des forces de police, soumises à des lois protégeant les agresseurs au détriment des victimes… L’omerta règne. Personne ne veut témoigner. Les balances subissent d’inévitables représailles contre lesquelles, une fois de plus, les flics ne peuvent rien… Nico en a mare et décide de tout faire pour mettre un terme à ces agissements – allant même jusqu’à troquer son uniforme de policier pour celui de chef de guerre…

Castellari a écrit un scénario à première vue basique, directement inspiré de gros succès américains. J’ai cité le « justicier dans la ville » mais ce n’est évidemment pas le seul… Cette référence est intéressante, selon moi, car elle pose d’emblée le caractère douteux de ce type d’entreprise. Une police laxiste, une justice défaillante, et voilà que l’on justifie les agissements meurtriers des victimes innocentes, ivres de vengeance… comportement « normal » difficile à approuver intellectuellement…

Pourtant, là où Bronson se prend les pieds dans le tapis en soutenant un propos très premier degré sur l’autodéfense, donc très réac’ – tempéré fort heureusement par l’aspect bis et « action » du long-métrage, « Big Racket » évite à mon avis bien des écueils. Sans doute pas tous, mais très honnêtement, je ne vois rien de réactionnaire dans le film de Castellari. Il dresse le constat navrant d’une police réduite à l’impuissance par la corruption (au sens large du terme) et oppose à la satisfaction d’une loi du Talion brutale, une charge sacrificielle particulièrement désespérée…

bigracket - poupée

Je l’ai dit, Castellari n’hésite pas à en faire des caisses dans le manichéisme, le point d’orgue étant l’agression du petit ange de service, la fille d’un bistrotier ; c’est parfaitement odieux, et ça marche… les agresseurs n’ont aucune nuance, ce sont d’infectes pourritures, point barre. Rien à sauver chez ces salauds. La nana du groupe est méchante, donc vulgaire, et donc elle mâche son chewing-gum la bouche ouverte. Une vraie tête à claques !

bigracket- nonne

Franchement, ces fiottes peuvent mourir, ce n’est que… justice ?… encore que non, en fait, à ce stade d’énervement, la justice on l’oublie. On est clairement dans la vengeance, et il n’y a aucune ambiguïté à ce niveau. On prend plaisir à éliminer des visages honnis, un point c’est tout ! Les mauvais sentiments sont-ils douteux ? Peut-être, mais le propos ne va pas au-delà. Pas de morale, pas d’apologie, et surtout, pas d’impunité. Personne ne sort gagnant de ce bain de sang…

Le film a un peu vieilli, c’est vrai, mais il demeure d’une efficacité redoutable. La caméra s’attarde sur les visages à retenir, suit nerveusement les fusillades, se plonge régulièrement au cœur de l’action. Rien à dire, on est bien dedans…

Certains effets sont désuets ; par exemple, les acteurs sont parfois obligés de faire la danse de l’épaule pour mimer les impacts de balles sur leur corps. C’est assez drôle d’ailleurs, mention spéciale au Gérard Hernandez de service (affublé de la voix de Jacques Balutin dans la V.F ! Arf !)

Big Racket - Acolyte

Comme pour l’ensemble du projet, la finesse est comparable à un uppercut sous le menton, faisant sauter les incisives dans un flot d’hémoglobine !

Parlons maintenant du casting, vraiment très bon. Fabio Testi est parfait, et certains seconds rôles, pourtant peu aidés par leur personnage caricatural au possible, parviennent à tirer leur épingle du jeu. Peu de femmes au casting, si ce n’est la méchante dont j’ai déjà parlé plus haut, et à la limite, ce serait un homme, ce serait bien pareil ! La fine équipe de bras cassés voués au casse-pipe est bien campée par des gueules que l’on n’oublie pas.

bigracket- Testi

Malgré quelques défauts, rien ne gâche le plaisir que l’on ressent à plonger dans cette misérable guerre urbaine pleine de fureur, de poudre et de sang.

Un très bon Castellari, peut-être même le meilleur…

un bon film
un bon film

La bande annonce V.O

 

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2 commentaires

  1. Tu as très bien cerné ce qui fait la force de ce « Big Racket », un polar brutal qui n’hésite pas à rentrer dans le lard du spectateur (une constante des glorieuses 70’s). Et puis comme tu le soulignes également, Castellari est un réalisateur très compétent (j’ai aussi un faible pour son western crépusculaire « Keoma »). Le bonhomme n’a d’ailleurs jamais caché son amour pour le cinoche de Peckinpah, comme le montre le gunfight final de « Big Racket », peut-être bien le plus gros coup de bourre du poliziesco all’italiana.

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    • Merci pour ce commentaire, venant de toi, c’est précieux ! Je ne suis qu’un amateur, pas un spécialiste, et c’est toujours risqué de parler avec franchise d’une oeuvre appartenant à une autre époque, sans être totalement à côté de la plaque…

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