Le chasseur, de Daniel Nettheim (2010), par Sékateur

À force de mater des films en DTV je vais finir par devenir normand. Y’a du bon et du moins bon. Et dans « Le chasseur », ben c’est mi-figue, mi-raisin, et comme c’est la saison des figues et des raisins, ben ma métaphore est géniale, pis c’est tout…

Willem Dafoe est un grand acteur. Très grand. Mythique. Pour moi c’est une gueule inoubliable à l’instar d’un Kurt Russel ou d’un Ed Harris. Dès qu’il apparaît à l’écran, le film devient intéressant, quand bien même ce serait une grosse merde…

Bon, « Le Chasseur » n’est pas une grosse merde, n’exagérons rien. Il est juste à l’image de son titre.

Le pitch : un chasseur de prime pas écolo pour un sou accepte de chasser un animal prétendument disparu, pour le compte d’une société… un poil louche…

Sur place, en Australie (Tasmanie) il est hébergé chez une bobo dont le mari a disparu en forêt (en recherchant la même bestiole de lui) Il fait ensuite la connaissance avec les Autochtones du coin, à savoir de gros redneck pas vraiment jouasses.

Chasseur 4

Redneck à qui il rendra visite de temps à autre sans que l’on comprenne vraiment pourquoi… et surtout, il se lie d’amitié avec la marmaille de ladite bobo, deux enfants, une fille et un gamin muet, tous deux vraiment attachants (de ce point de vue, bravo pour le casting !)

Chasseur 2

« Le chasseur » est un thriller écolo… pur jus. Sur la jaquette du blue-ray, tout est raconté. Finalement, l’enjeu dramatique consiste à retrouver la trace du dernier représentant d’une race d’animal réputé disparu pour… le buter et récupérer du sang, des poils, des tissus… Pourquoi ne pas le capturer vivant ? On sait pas. C’est comme ça, c’est tout. Faut qu’il soit nécessaire de le buter, sinon, le dénouement est moins fort. On est dans l’écologie sentimentale, pas dans la logique, hein !Comprenez par là que c’est un ressort scénaristique grossier, et que le spectateur vigilant a peu de chances d’être dupe d’une telle méthode…

Par exemple, moi, je n’adhère pas du tout. Faut pas déconner. Même en considérant que la société en question est une ignoble firme de clonage sans scrupules, qui n’aurait besoin que d’une goutte de sang pour reproduire à l’infini une espèce disparue, pour en vendre à prix d’or aux parcs zoologiques du monde entier, je pense qu’il serait préférable d’obtenir un corps vivant ou au minimum entier, ne serait-ce que pour s’assurer que la bestiole est bien celle qu’on attend, sans passer par des semaines ou des mois d’analyses, mais aussi pour avoir à disposition la matière si les premières tentatives de clonage foirent !

Voilà la bête en question. Pas certain qu'elle mérite des tueries à la pelle, mais bon...
Voilà la bête en question. Pas certain qu’elle mérite des tueries à la pelle, mais bon…

Bref… Je spoile un peu, mais de toute façon, l’intérêt du film n’est pas vraiment son scénario !

Le chasseur, joué par Willem Dafoe, a pour mission de récupérer du sang, des poils, des tissus de chair, rien de plus… c’est un peu con, mais… bon, je n’insiste pas…

Dafoe est grandiose. C’est clair et net. Il devait être intéressé par le projet, car il est parfait du début à la fin. Irréprochable, un taulier, le film lui doit beaucoup. Tout.

Le scénario est adapté d’un roman. Je serais curieux de le trouver, ce roman, pour voir si les scénaristes ont délibérément décidé de démonter l’intrigue pour la rendre plus « hype » d’un point de vue cinématographique, car il y a pas mal de choses à revoir niveau cohérence…

Sam Neil campe un personnage ambigu, ami de la bobo, et adversaire non déclaré de notre chasseur. On ne comprend pas vraiment ses motivations, à ce type… d’ailleurs en a-t-il réellement ?

The Hunter. Photo by Matt Nettheim.
The Hunter. Photo by Matt Nettheim.

Le gamin de la bobo, âgé de moins de dix ans, est au courant de TOUT. C’est lui qui sait où se trouve ce putain de tigre à la con. Mais il est muet… heureusement qu’il sait dessiner… (là, niveau scénario, on frôle les télétubies !)

Que dire du cadavre du père disparu, dont le squelette est parfaitement lisse (bordel ! Il est censé être mort depuis peu…) en même temps, on comprend que ça fait un moment qu’il est absent car sa femme, la bobo, regarde le chasseur d’un œil très intéressé dès le début de l’histoire… là encore, ça fleure bon la romance hollywoodienne bien sirupeuse… (et là, je balance un faux spoil…)

Que dire de ce groupe électrogène en fin de vie qui en fin de compte fait fonctionner une multitudes de lampes, chaîne hi-fi, baffles pendues dans les arbres ?

Bon, j’en passe et des meilleurs. Ce scénario est volontiers opportuniste, et nous assène des câbles en lieu et place des ficelles habituelles, pour mieux nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et comme pierre qui roule n’amasse pas mousse, eh ben…

Pourtant, le film se regarde facilement. J’ai vraiment aimé le côté naturiste. Les décors sont magnifiques. Le film étant bien produit, les images sont d’une beauté à couper le souffle. Le rythme est assez lent, pour ma part, ce n’est pas un défaut, c’est l’une des rares choses réellement justifiées dans ce long-métrage. L’aspect contemplatif fait partie intégrante de l’oeuvre, si on l’enlève, on obtient un navet pur jus !

Les enjeux de cette histoire semblent mal définis. Pour ma part, je n’ai pas compris où était l’intérêt de la société secrète, et la violence qui déferle à la fin me paraît totalement déplacée. Outre le fait qu’en Australie, manifestement, on peut mourir en forêt sans que ça donne suite à la moindre enquête policière, le fait de buter un être humain est totalement anecdotique alors que buter une bestiole censée ne plus exister, ben, c’est déchirant… Le chasseur se prend d’affection pour la famille de la bobo, et la bobo elle-même, la mimi Jessica Harper (si c’est elle, j’en sûr, elle n’a pas pris beaucoup de rides, mais c’est elle !) c’est cousu de fil blanc, mais n’explique pas tout à fait le dénouement…

Frances O'Connor et la gamine Morgana Davies
Frances O’Connor et la gamine Morgana Davies

Bon, au final, pas grand chose ne tient debout scénaristiquement parlant, je trouve, mais Willem Dafoe parvient, aidé en cela par des gamins vraiment bien castés, à offrir l’humanité nécessaire à la réussite du projet. Réussite très partielle, l’ensemble tient laborieusement la route, mais au final, le résultat est là, le film est beau, agréable à suivre, naïf dans ses facilités, mais ça marche… un peu…

Pas trop mal
Pas trop mal mais trop d’approximations pour mériter plus

 

 

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