Dheepan, de Jacques Audiard (2015), par Sékateur

Oublions la Palme d’Or, de toute façon, Jacques Audiard est une bête à concours, c’est devenu une habitude, intéressons-nous au film. Il mérite les qualificatifs « naturaliste », intimiste, désabusé, mais surtout, il demeure un film noir, au sens polar du terme…

Il est parfois compliqué de déterminer le genre de certaines œuvres, car l’auteur sait jouer avec les codes pour créer son propre univers. Dans la littérature, un certain Barjavel faisait de la science-fiction, ou du mélodrame, ou les deux à la fois, sans qu’on sache vraiment ce qui l’emporte. Dans le cinéma, on a Jacques Audiard. Immergé dans un univers de polar, de petites frappes, de dealers, il façonne des personnages plus ou moins paumés, les pousse à se confronter à un univers cruel et impitoyable. C’est presque le même parcours dans chacun de ses films. Et souvent, ça marche. Il a du talent le bougre. Il sait nous rendre passionnant la vie « banale » d’un gusse lambda.

Alors quand il se penche sur le sort d’un « migrant », cela prend une autre dimension.

Belle intelligence d’utiliser un ancien guerrier Tamoul. On connaît mal le Sri Lanka, on voit peu de ses réfugiés en France. Le racisme naturel qu’une partie du public aurait ressenti pour un Syrien ou un Irakien (oui, je suis cynique, mais ai-je tort ?) est un peu détourné, ce qui fait gagner des points au projet !

dheepan-2Trois inconnus s’associent pour quitter le Sri Lanka et rejoindre la France. Lui, Dheepan, veut rester en France. Elle, Yalini, souhaite rejoindre sa cousine en Angleterre. La fille, Illayaal, ben, rien, c’est juste une petite fille de 9 ans.

Pas facile d’établir une relation familiale sur un mensonge. C’est le ciment du scénario, ce trio improbable va, on s’en doute, finir par coaguler et créer une vraie cellule familiale. Sauf que… dès le début, on sait que ça va péter.

La famille recomposée trouve refuge dans une barre HLM miteuse, dans une banlieue sordide investie par des zonards bien chelou. Audiard nous offre au passage une jolie carte postale de la France « d’en bas », je me demande s’il n’est pas un peu démago dans sa démarche, mais peu importe. On comprend vite que nos pauvres Sri Lankais passent de Charybde en Sylla. Dheepan pensait oublier la guerre en quittant l’armée Tamoul, ben, c’est peut-être pas tout à fait terminé…

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À l’Instar de « un prophète » le film écorche le vernis de notre belle France, tout en restant ancré dans une certaine idée du polar. À mes yeux, c’est même l’essence du polar. Cette atmosphère de menace sourde, rarement concrète, glauque, nous étouffe et nous berce à la fois. Et quand un coup de feu retentit, on frémit avec les personnages, saisit au fond des tripes par la tension dramatique et le suspense.

Le réalisme entretenu durant 1 heure 45 finit par se déchirer pour envoyer le long-métrage dans une bataille digne du soldat Ryan. Comme dans toute démarche « d’action », la réalité en prend un coup, au profit des frissons et des crispations nerveuses…

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J’ai adoré ces personnages, très simples, très vrais, très vivants, tant pis si cette vision de la banlieue est très « pro-FN » elle part d’une certaine réalité, ne nous voilons pas la face. Ce film est grandiose dans sa simplicité, et rend chacun de ses effets particulièrement saisissant. Pas un chef-d’oeuvre, sans doute, mais un putain de bon film…

excellent, brillant
Excellent !
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