PIFFF 2015, par Sékateur

Pour sa 5ème année d’existence, le PIFFF a décidé de s’expatrier de 300 mètres, passant du Gaumont Opéra au Grand Rex de Paris. Je ne sais pas si ça change grand-chose d’un point de vue fréquentation, en tout cas, pour le contenu, c’est tout pareil. Toujours aussi sympa, quoi…

Toujours 8 films en compétition :

– Curtain
– Blind Sun
– Some King of Hate
– Evolution
– Der Nachtmahr
– The Survivalist
– Don’t Grow Up
– Bridgend

Toujours le même « pouvoir » offert aux spectateurs : celui de voter et d’élire le grand gagnant.
Toujours des courts-métrages.
Tout pareil, je vous dis.

Mais alors, ça donne quoi ?

Je n’ai vu que la moitié des films présentés en compétition, on peut donc parler ici de semi-rétrospective. C’est mieux que rien (ou pas.)

Voici donc un résumé super-méga-résumé de la manifestation de cette année.

Bizarrement, la majorité des films proposés tournent autour d’une thématique commune : la jeunesse. En tout cas, les 4 films que j’ai vus sont totalement ancrés dans ce sujet, avec souvent beaucoup de pertinence.

Some King of Hate, de Adam Egypt Mortimer, Etats-Unis

PIFFF 2015_some kind of hate

Un lycéen faible de caractère, écrasé par son père alcoolique, se retrouve dans un foyer de réhabilitation après un acte de rébellion envers une agression et va se retrouver mêlé à une série de meurtres étranges.
Le harcèlement scolaire est au cœur de cette intrigue, au fonctionnement très classique, mais à l’efficacité certaine. Proche d’un « It Follows » dans son ambiance, le film n’hésite pas à faire couler le sang, d’une manière peu réjouissante, d’ailleurs, sur un principe bien trouvé, tout à fait dans le ton du scénario.
Le principe du « partage » du plaisir ou de la douleur d’un individu sur l’autre est d’ailleurs curieusement éprouvé durant cette sélection, car il est utilisé dans Der Nachtmahr, ainsi que dans un court-métrage français, le plus beau de la sélection (mais je vais y revenir)… et peut-être dans d’autres œuvres, je ne saurais le dire…
En tout cas, ici, c’est parfaitement adapté. Nous avons donc affaire à un slasher dans la pure tradition du genre, avec une dimension sociale pertinente, ce qui ne gâche rien… Les écueils du genre ne sont pas tous évités, quelques passages à vide, quelques facilités, mais le projet tient largement la route, et avec ça une tueuse assez charismatique, assez proche, selon moi, de la zombie masochiste du retour des morts-vivants 3… en moins sexy, mais en plus dangereuse !
Du tout bon.

note-51
Excellent slasher

Der Nachtmahr, de Akiz

PIFFF 2015_der-nachtmahr

Variation captivante d’une rencontre du 3ème type largement inspirée de E.T, ce film à l’ambiance techno barrée est l’oeuvre d’un artiste plasticien manifestement très doué, et pas seulement pour les sculptures, il a tout compris au cinéma. J’ai peine à croire que ce soit son premier film. Il fait preuve d’une belle maîtrise. Déjà, la maîtrise du sujet, c’est la moindre des choses, tout vient de sa caboche. Ensuite, maîtrise de la caméra, et des effets de surprise. Pourtant dans le déroulement, rien de nouveau, on est face à une rencontre comme on a pu en suivre dans des tas de films, « maman, j’ai vu une bestiole sous mon lit / mais non, y’a rien, tu as fait un cauchemar » dans le genre, c’est carrément du cliché. Et pourtant, ça marche. Et pour ne rien gâcher, le film bien qu’un peu nébuleux (surtout dans son dénouement, d’ailleurs) se comprend très bien – on est loin d’un David Lynch, par exemple.
Bref, un petit film empreint de musique bruyante, de substances illicites, et de mystère… sans oublier la petite touche d’humour, appréciable. Vraiment intéressant pour une première œuvre.

note-51
Excellente rencontre du 3ème type bien chelou

The Survivalist, de Stephen Fingleton

PIFFF 2015_survivalist

Le monde tel que nous le connaissions n’existe plus…

Mouais, niveau originalité, je me suis senti floué. Lors de sa présentation, le sieur Fausto rédacteur en chef de Mad Movies, a affirmé avoir sélectionné ce film car il traitait du sujet « post-apo » d’une façon originale… je veux bien, oui, si on oublie totalement que la série Walking Dead existe ou que « la Route » a déjà été tourné il y a quelques années… parce que niveau ambiance, on est à la croisée de ces chemins.
Dans un monde détruit, un jeune homme vit seul, reclus dans une mini-ferme où il produit les légumes utiles à sa survie. Il est à moitié parano, normal, toute rencontre humaine étant devenue mortelle. Sauf qu’un jour, deux femmes, une jeune, une vieille, lui rendent visite.
La situation est toute simple, et on suit sans véritable surprise des péripéties déjà vues dans d’autres œuvres minimalistes (zombies ou pas, le post-apo intimiste fonctionne toujours selon les mêmes codes) mais c’est bigrement bien foutu, bien joué, et une vraie tension s’installe. On sait dès le début que ça ne peut pas bien se passer, et cela justifie l’intérêt du projet.
Établi sur des fondations déjà mille fois exploitées, ce film parvient donc à maintenir l’intérêt jusqu’au bout. Une gageure. À noter que le film est particulièrement contemplatif et silencieux, ces caractéristiques pourront rebuter ou séduire, je pense donc intéressant de le souligner…

note-51
Paysages de rêve pour situation de cauchemar

Don’t Grow Up, de Thierry Poiraud

PIFFF 2015_dont grow up

Un film français au PIFFF ! Yahouuu ! Cocorico !

Niveau scénario nous sommes face à un retournement de chaussette. Prenez le concept des « Révoltés de l’an 2000 » inversez-le et voilà, vous avez « Don’t Grow Up ». Ici, ce ne sont pas les enfants qui tuent des adultes mais des adultes qui tuent des enfants… Sauf que les enfants, ben ça grandit… surtout quand ils sont ados, et à deux doigts de passer la barre fatidique…
Partant d’une idée intéressante et lourde de sens sur l’avenir de nos sociétés, Thierry Poiraud perd un peu le fil de son film car comme souvent dans le cinéma français, passé une heure, le scénario est épuisé et n’a plus rien à raconter. Restent de belles images, de beaux paysages, pour illustrer le propos un brin écolo (mais pas que), bref… après un bon début, on se retrouve encore devant un final complètement bateau (c’est même une barque) sans intérêt. Quel dommage…

note-41
Sympa, mais final un peu foireux…

Au niveau des courts-métrages français, je retrouve avec plaisir « Juliet » et « The Cure », déjà vus au Bloody week-end. Mon opinion ne change pas pour Juliet ; il résiste à l’épreuve de la rediffusion, c’est toujours un bijou. Mon opinion ne change pas davantage pour « The Cure », efficace mais dont la surprise ne fonctionne qu’une seule fois. Je vais donc me focaliser sur les autres, tous très bons.

Craspec, de David Le Meur

Un milliardaire reclus chez lui, passe son temps à picoler et cogite méchamment sur sa situation et ce qui l’entoure.
Basé sur un fait réel, ce film ancré dans une réalité sociale très actuelle, est à mon sens le moins intéressant de la sélection. Il n’est pas mauvais pour autant, disons que sur la durée (15 min) le scénario ne propose pas grand-chose pour renouveler l’intérêt. Dès lors qu’on a compris, on attend un peu la fin, très similaire à un certain Maniac (je trouve)…

note-41

L’Appel, d’Alban Ravassard

Un lieutenant de police d’un âge certain se rend sur les lieux où l’on a retrouvé une femme, manifestement morte, sur une plage. Non, ce n’est pas une migrante. Soudain, la morte se redresse et le mord à la main. S’ensuit une sorte de métamorphose…
Bref, ce film assez curieux fonctionne par son approche du réel et de l’irréel. Les deux se superposent, difficile de tout piger. Le factuel paraît clair, mais il ne l’est pas, si on réfléchit un peu. En somme le scénario semble simple, facile à ingurgiter, mais on peut se poser des questions.
Très intéressant…

note-41

Of Men and Mice, de Gonzague Legout

Deux cambrioleurs se retrouvent enfermés dans la banque qu’ils désiraient dépouiller, obligés de prendre en otage les quelques clients présents. Sauf que bizarrement, on leur demande de surtout ne pas sortir…
D’un fonctionnement assez ironique, cette histoire d’épidémie propose de bons numéros d’acteurs, beaucoup d’humour (ironie oblige) et une petite surprise. Un contexte social, comme pour « Craspec », cimente le projet suffisamment bien pour faire oublier quelques longueurs.
Très sympa.

note-51

Phantasms of the Living, de Jean-Sébastien Bernard

Voici le court le plus court de la sélection. Le scénario ne se raconte pas, c’est un film qui se ressent et se vit. Au risque de passer pour un vicieux, c’est celui qui m’a le plus bluffé, car son approche ultra-minimaliste est totalement en accord avec la durée, et la simplicité de la situation évoquée. C’est sensuel, érotique, poétique, une bien belle œuvre, ma préférée d’un point de vue purement cinématographique (bien sûr…)

note-61-e1404635549882

Splintertime, de Rosto

Film très largement « visuel », d’une approche très cartoon (les 9/10ème du film sont en animation 3D) ; on se laisse bercer par ce voyage en ambulance atypique, barré, enfumé de THC. Évidemment, la toute fin est un peu décevante, car honnêtement, les courts-métrages qui se terminent ainsi, pour expliquer leur onirisme, sont légion. N’en reste pas moins un court-métrage solide, très agréable à regarder.

note-51

Ce sera tout pour cette année.

Pour le palmarès complet, voici l’adresse du site officiel du PIFFF.

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