The Dead Outside, de Kerry Anne Mullaney (2009), par Sékateur

Comment envisager l’avenir quand on a 16 ans et qu’on vit seule dans un monde de merde envahi par des malades aux intentions meurtrières ? Comment envisager l’avenir quand on a 16 ans et qu’on ne peut plus faire confiance à personne sans risquer sa vie ? « The Dead Outside » essaie de répondre à ces douloureuses questions…

Un film à micro budget n’est pas forcément un mauvais film ; j’en ai vu des bons et parfois de très bons. Ok, c’est mal fichu, mal joué, parfois mal tourné. Ok, la photographie est souvent dégueu, la musique anonyme ou inexistante, le ton mal défini. Ok, ça casse pas des briques, mais avec des idées, un film sans budget peut – je dis bien peut – sortir du lot.

« The Dead Outside » est un film à micro budget. Et ça se voit. Dès le début, on le sent. L’image, la photographie grise, bleutée – moche, en résumé – dévoile un manque hurlant de moyens. Dès le début, c’est mauvais signe. Heureusement, on échappe aux teintes sépia de « Mega Piranha », mais bon… le cache-misère est bien présent. Pour éviter l’aspect « comme à la maison » d’une image trop naturelle, on la délave, on la teinte, et c’est… moche. L’avantage, c’est que ces couleurs moches sont pertinentes pour définir l’univers où se déroule l’histoire – à savoir, un monde dévasté, envahi par des malades belliqueux.

Dead Outside - Mec1

Allez, je balance de suite le premier gros reproche, parce que je suis un chacal, et que « The Dead Outside » est mensonger à plus d’un titre, donc, premier gros reproche : l’univers n’est pas crédible. La photographie moche est certes adaptée à cet univers triste et mélancolique, mais bon… tout le reste sent la mauvaise blague.

Je crois que c’est Yannick Dahan, le réalisateur de « La Horde » qui a proclamé « 2 millions d’euros, c’est le minimum pour crédibiliser un univers. Nous, c’était notre budget total, alors… » sauf que l’univers de « La Horde » est plutôt bien défini, resserré sur l’essentiel, c’est solide.

Pour « The Dead Outside », c’est raté. Du début à la fin, l’univers où évoluent les personnages n’est jamais crédible. Difficile de s’y immerger. Tout est bidon. Ok, avec 4000 livres Sterling, soit 5645 euros, il était difficile de dépeindre un cadre super-crédible. Mais là… Les « zombies » ne sont pas des zombies. Est-ce par « sensibilité féminine », je n’en sais rien, en tout cas, les malades sont juste des bonshommes et des bonnes femmes isolés, pas de hordes, pas de groupes, juste des individus qui se baladent ça et là ! Difficile de les trouver dangereux. Pas de maquillage ou très peu. Ce sont des gens malades, rien de plus. Pas des morts avides de chair fraîche. Des malades, voilà tout. Leur maladie les pousse à agresser les individus « sains »… ouais, car ce ne sont pas des zombies, mais allez savoir pourquoi, ils ne semblent pas agresser les autres malades. Ils s’en prennent juste aux « non-malades »…

Dead Outside - Mec2

Je vais faire mon vieux con, mais bon, j’en ai marre de cette frilosité. Plein le cul des films « d’infectés » ! Soit on fait un film de zombies, et on l’annonce clairement sans se planquer derrière une quelconque intellectualisation-du concept-de la spiritualité du monde dévasté, putain, des zombies, ça se déplace en groupe, ça bouffe de la viande arrachée à coups de dents d’un corps encore chaud et palpitant. Le sang doit gicler, bordel !

Si Kerry Anne Mullaney ne veut pas de zombies dans son film, qu’elle prenne un autre prétexte pour dépeindre un univers post-apocalyptique ! À cause de cette approche trop « réaliste » elle saccage une grande partie de son long-métrage.

Comment frémir devant l’approche d’un zozo de 60 kilos qui hurle « sortez de ma propriété » armé d’une manivelle ? Honnêtement…

Dead Outside -Malade

Et puis ils sont cons… complètement cons, ces malades. Ils s’empalent sur les barrières de barbelés, comme les rôdeurs de « Walking Dead »… Si les gens sont seulement malades, et non pas zombifiés, pourquoi sont-ils débiles ? Bah on sait pas. Et on s’en fout.

Car Kerry Anne Mullaney se fout pas mal de ses zombies, du concept même d’invasion de malades… pppppp… elle s’en fout. Dans le principe, le monde est dévasté, peuplé d’individus très méchants, et tout le monde – même les gens apparemment très gentils – peuvent devenir très méchants… donc, on ne peut plus faire confiance à personne.

Voilà ce qui intéresse Kerry Anne Mullaney ! La paranoïa. La difficulté à faire confiance à autrui. La foi en l’autre – et par concomitance, en l’avenir… Youpi ! J’ai compris… sauf que ça ne rend pas le film plus immersif pour autant.

La jeune fille de seize ans à laquelle je fais référence dans mon introduction n’est pas le seul personnage de ce film. Dès le début, c’est un homme, quadra, qui se pointe chez elle pour se reposer. La relation entre ces deux personnes, asexuée, très tendre, cimente solidement ce film. Les acteurs sont plus que corrects, c’est vrai, ça marche. Le côté renfrogné de l’ado est compréhensible, l’attitude de bon gars du quadra très bien dépeinte. Ce type est un paladin, un pur. On le voit, et on comprends que la jeune fille finisse assez rapidement par lui faire.. confiance… vous l’avez déjà compris, la confiance, c’est le thème principal de ce film. Le zombie, on s’en branle ! Ici, la réalisatrice ne s’intéresse qu’à ce thème. Comment se projeter dans l’avenir sans faire confiance à personne ? Impossible ? Peut-être…

Dead Outside - Nana2

Quel dommage que la réalisatrice ait souhaité aborder ce thème dans un film post-apo rempli de malades/zombies mal définis, mal maquillés, mal joués, et mal filmés, car je suis sûr qu’elle aurait pu faire quelque chose de très correct avec une approche moins horrifique. Pour les scènes d’attaque, elle est nulle. Dans un tête à tête, elle parvient à nous paumer, à tel point qu’on ne sait plus qui frappe qui. C’est surprenant.

Le dénouement est très mélancolique, baigné par une ritournelle au piano assez basique, mais bien intégrée. Voilà où elle excelle, cette petite dame (Kerry Anne Mullaney si vous l’aviez pas bien compris !) dans la relation intime, la douceur du sentiment, la torpeur des émotions… tout ce qu’on ne veut pas voir dans un film de zombies, putain !

Dead Outside - Nana1

Au final, impossible de croire en cet univers post-apo du pauvre, mal foutu, gâché par un concept d’envahissement hanté par deux ou trois malades débiles sans aucune dangerosité apparente. Mais chapeau à la réalisatrice pour faire tenir la barque de son long-métrage grâce à une poignée de personnages bien vivants, et attachants. Ce n’est pas un naufrage, juste un film fauché mal foutu aux intentions mal définies. Le plus dommageable, c’est l’absence d’idées originales, sur la longueur, l’ennui est toujours proche. La lenteur contemplative de l’ensemble peut séduire, mais elle a plus de chance de vous faire piquer du nez…

Bref, un film à regarder avec une indulgence Séraphine, un recul analytique forcené, car ok, c’est louable de faire un film post-apo intimiste, mais sans idées, comment justifier la pertinence d’un tel projet ? J’ai beau être ouvert à l’aspect cheap d’un film, aux acteurs débutants, aux effets spéciaux merdiques, je ne parviens pas à trouver ce film attrayant, malgré de vraies qualité pour dépeindre une atmosphère.

C'est mauvais!!
Louable dans les intentions, mais vraiment trop mal foutu pour être crédible…
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2 commentaires

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