PIFFF 2016, par Sékateur

Pour cette 6ème édition, le PIFFF s’est emparé du Max Linder, superbe cinéma situé sur les grands boulevards de Paris, de façon exclusive, allant même jusqu’à dépasser la date de clôture. Certaines rediffusions sont en effet proposées après la clôture officielle, le 11 décembre… excellente initiative. Le PIFFF, c’est l’occasion de découvrir des films assez peu diffusés en France, des œuvres étonnantes, troublantes, intimistes, bref, le cinéma fantastique de ce festival est souvent indépendant, produit à l’arrache, et c’est en partie ce qui fait son charme.

C’est vrai, le PIFFF n’est pas totalement terminé, la séance de clôture ayant lieu ce dimanche 11 décembre 2016 à 20h30. Cependant, pour avoir vu tous les films proposés en compétition (sauf les courts-métrages étrangers), je suis en mesure de dresser ici mes premiers commentaires. Commentaires qui n’engagent que moi, bien entendu, et qui se trouveront peut-être (certainement) en contradiction avec les décisions du jury…

Le palmarès du PIFFF 2016 sera révélé plus tard, ici ce n’est pas le sujet. Comme toujours, je donne « mon » avis, sans me préoccuper de la réputation ou du qu’en-dira-t-on des protagonistes. Alors désolé si je suis en décalage avec les décisions finales, je le répète. Nous verrons bien !

En séance d’ouverture, a été diffusé « The autopsy of Jane Doe », une autopsie – donc – très particulière, opérée sur un « cadavre » dont l’apparence extérieure, d’un blanc d’ivoire, tout en restant assez désirable (oui, je suis nécrophile, et alors ?), reste immaculé. Un médecin légiste, assisté de son fils, vont tenter de percer les mystères de cette pauvre morte, et s’engager eux-mêmes dans un délire très… spectral.

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Un bon film d’ambiance, un peu plombé par quelques effets « too much. »
Sympa quand même…
Réalisateur : André Ovredal, USA.

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Les longs-métrages proposés en compétition

I am not a serial killer

Réalisateur : Billy O’Brien, GB/Irlande

Un ado zarb’, qui assiste sa maman médecin légiste dans ses autopsies, et qui ne semble pas s’en affecter (empathie zéro, donc !), accusé plus ou moins fortement d’être un psychopathe par son entourage, suit les traces d’un monstre bizarre.

Christopher Lloyd as Bill Crowley and Max Records as John Cleaver in 'I Am Not a Serial Killer'

Le long-métrage n’est pas exempt de défauts, notamment de nombreuses baisses de rythme, un positionnement résolument intimiste prenant le pas sur l’aspect genresque du concept… cela dit, il propose un personnage bien défini et le plonge dans une situation où tout est fait pour l’accuser lui, plutôt que le « vrai » monstre. C’est plutôt bien fait.

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Realive

Réalisateur : Mateo Gil

Lorsque Marc apprend qu’il est atteint d’un cancer inopérable, et qu’il n’a plus que quelques mois à vivre, il décide de se prêter à un programme expérimental de cryogénie. Le film retrace par flash-back les grandes étapes de son existence, jusqu’au moment fatidique où il a passé le « cap » nécessaire à sa résurrection.

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Profond et sensible, le film propose une réflexion pertinente sur le sens de la vie, la valeur qu’on lui accorde, et le concept un peu orgueilleux d’immortalité. Sans compter l’opportunisme du monde médical. Beaucoup de thèmes sont brassés, mais le film ne s’égare jamais et reste sur son personnage principal du début à la fin, interprété par l’excellent Tom Hugues. Mention spéciale à Charlotte Le Bon, en infirmière. Elle est impeccable dans son rôle, tout comme elle l’était dans « Iris » vu récemment…

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The Greasy Strangler

Réalisateur : Jim Hosking

Voilà un film port’nawak comme on en voit trop rarement. Un vieux schnock se gave de graisse du matin au soir. Il en met dans tout sauf dans le café (il se demande vraiment pourquoi, d’ailleurs !) De la bonne graisse bien dégueu. Son fils un peu débile vit avec lui et lui sert, entre autres, de cuisinier. Le plus souvent, il s’agit d’un souffre douleur. Mais une femme aux mœurs un peu légères va s’interposer entre eux-deux.

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L’histoire de ce film est assez secondaire, l’essentiel ici est le ton adopté. Dialogues absurdes qui tirent en longueur, situations surréalistes, effets gore comiques, c’est du grand n’importe quoi, et ça bouleverse un peu les habitudes.

Alors non, ce n’est pas la première fois que je vois un film un peu barré, et celui-ci n’est certainement pas un chef-d’oeuvre du genre. Mais il est quand même bien sympa !

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The unseen

Réalisateur : Geoff Redknap

Suite à un appel au secours de son ex, un type qui se sent devenir invisible accepte de renouer le contact avec sa fille de 17 ans. Pour « financer » son trajet, il accepte de servir de mule à un trafiquant… Le scénario de ce film me fait penser à une mosaïque. Plusieurs boucles sont imbriquées, et elles se clôturent les unes après les autres, en dévoilant à chaque fois une révélation. Très bien écrit, donc, le film ne perd jamais son temps, tout en permettant aux personnages d’interagir suffisamment pour qu’une complicité s’installe entre eux. Passé et avenir vont se confronter, et lorsqu’on a tout compris, c’est l’émotion qui prime.

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Au final, c’est un très bon film, qui exploite très intelligemment le concept d’invisibilité. Mon préféré de la sélection.

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K-Shop

Réalisateur : Dan Pringle

Dans une Angleterre ivre et violente, un jeune fils d’immigré doit sacrifier ses études pour reprendre le commerce de son père, abattu par une bande de ploucs. Mais des ploucs, il y en a partout. Ils sont attirés par une boîte de nuit, appartenant à une « star » de la télé-réalité.

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Le scénario de ce film commence comme un banal slasher sauce Kebab. Il évolue peu à peu en combat contre une « autorité » suprême qui corrompt les jeunes, sur fond d’alcool et de drogue. Portant des sujets difficiles à traiter, peut-être trop nombreux, le film se perd un peu dans ses rebondissements, et crée quelques redondances pas toujours heureuses. Cependant, l’acteur Ziak Abaza campe ici un psychopathe d’un genre nouveau, sans doute inspiré par certains super héros… à supposer qu’un super-héros soit amateur de boucherie…

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Grave

Réalisatrice : Julia Ducournau

Le titre ne se prononce pas « grève » car il s’agit bien du terme français. Une jeune fille végétarienne entre en école vétérinaire où sa sœur suit déjà ses études depuis quelques années. Bizutée avec tous les autres de sa promotion, elle accepte d’ingurgiter un truc immonde et suite à une réaction allergique, va développer un goût pour la chair assez déviant…

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Le terme film « français » va encore tourner à plein régime, car ce film se moque éperdument du « genre »… On oublie les zombies, les mutations, les monstres. Tout le projet tient sur les personnages, leurs interactions, leurs passions, leurs déchirements. Les amateurs de bidoche en auront pour leurs frais, le film n’est pas vraiment gore. Juste dérangeant, car la tension qui s’installe entre les protagonistes est brutale, et fait de ce film une vraie réussite.

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Sam was here

Réalisateur : Christophe Deroo

Voilà un film un peu Ovni. Ça faisait longtemps que j’avais pas été plongé dans une autre dimension. Un représentant fait du porte-à-porte dans un coin totalement paumé des Zitazunis. Tous les mobiles-homes auxquels il rend visite sont déserts. Personne ne répond au téléphone, ni son patron, ni sa femme. Sa voiture pourrie lui joue des tours. Il s’arrête dans un motel, voit une porte lourdement verrouillée avec des chaînes. Et puis le délire commence…

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Au-delà de l’excellente mise en abîme de ce personnage, je tiens à souligner la qualité de la photographie. Les plans sur le déserts sont bluffants. Étouffants à souhait, on a peine à croire que ce soit fait avec trois francs six sous… et pourtant, cela semble bien être le cas (tournage en 12 jours dixit le réalisateur en fin de séance.) La musique électro et le cachet 80’s de l’ensemble font penser à Carpenter, une grosse influence du réalisateur. Cependant, son film se démarque assez sensiblement du style de son mentor, Sam was here dégage une atmosphère plutôt similaire à « Awake in fright » (en tout cas, c’est mon ressenti)
Au final, c’est un beau film, très esthétique, étouffant, mystérieux, et captivant.

note-51

Prevenge

Réalisatrice : Alice Lowe

Seule avec le bébé qu’elle porte, une jeune femme se laisse influencer par son fœtus. Ce dernier lui ordonne de se débarrasser de ceux qui ont tué son père. Alors elle va se faire le bras armé du petit, pas encore né, mais déjà très vindicatif !

Proche de « la mariée était en noir » de Truffaut, le scénario se démarque par ce léger décalage (c’est le fœtus qui commande), un ton résolument second degré, tout en restant très sombre, et l’aspect social de son propos. Sur sa trajectoire meurtrière, cette mère enceinte va rendre une « justice » qui s’éloigne de son cas personnel, pour traiter des sujets d’actualité plus forts, ou s’attarder sur le sens des responsabilité de certains hommes.

La veuve était en rouge
La veuve était en rouge

En tout cas, pour son premier film Alice Lowe exploite à merveille sa propre grossesse, et propose un film extrêmement bien réalisé, et maîtrisé malgré l’abondance de sujets qu’elle aborde.

Dans ses intentions, ce long-métrage se rapproche de K-Shop, on sent que la Grande Bretagne est une terre de contraste, et que les réalisateurs indépendants veulent remettre certaines pendules à l’heure !

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Les courts-métrages français proposés en compétition

Dénominateur commun de Quentin Lecocq

Un type un peu « nerd » accepter de tester un nouveau médoc pour se faire de la thune. Les effets seront fulgurants, à tel point qu’il va s’en servir pour draguer sa voisine.

Sur cette bonne idée, le film développe une intrigue comique, qui se termine en apothéose. Bien joué.

note-41

Here we are de Fabien Dubois, Aladdin Serraoui de Lanzac

Deux amis se rendent en Islande pour tester une théorie étrange, sur l’anti-gravité. Hum… concept hautement nébuleux pour moi, l’effet « Hutchison » trouve ici matière à un voyage dans les beaux paysages d’Islande, c’est déjà ça… pour le reste, je n’ai pas tout compris à l’objectif poursuivi par ces deux protagonistes. N’en reste pas moins un traitement de l’image excellent, une interprétation convaincante et de bons effets spéciaux.

note-3

Le plan de Pierre Teulières

Une sorte de monstre extra-terrestre a dressé un plan d’invasion de notre planète, mais pour cela, il doit envoyer des émissaires, et faire en sorte que ces derniers répandent sa substance sans se faire prendre la main dans le sac. Le films est découpé en deux partie. L’un nous expose le monstre, sa mutation. C’est pas beau, dégueu, et plutôt bien fait. La second nous montre un père de famille à la recherche de sa fille. Cette partie manque un peu de punch. Surtout vers la fin, où on a le sentiment que le bon papa prend tout son temps, alors que sa fille est peut-être en train d’être violée… bon, le résultat est un peu bancal, mais cela reste un bon film, jouant sur plusieurs atmosphères.

note-3

Lumpen de Thibaut Piotrowski

Sans doute le court-métrage le plus expérimental, ce film m’a fait penser à « la momie », car son minimalisme, et la voix off omniprésente. Étrange, on navigue entre SF et schizophrénie.

note-3

Marée basse, de Adrien Jeannot

Dans un monde où des créatures extraterrestre cherchent à envahir la planète en passant par la mer, des chasseurs sont postés sur les plages, et shootent les bestioles à vue.

Après 15 années de bons et loyaux services, un chasseur est démis de ses fonctions et remplacé par un type plus jeune. Dur, dur.

Tourné en forme de comédie, ce film a le mérite de montrer qu’un travail vaut parfois plus que le montant affiché sur la fiche de paie, et que la dignité bafouée, ça peut provoquer de violents retours de bâtons…

note-41

Margaux de Joséphine Hopkins, Rémy Barbe et Joseph Bouquin

Une ado un peu renfermée et isolée cherche à tout prix à se faire aimer. Elle s’y prend maladroitement, demande conseil à sa maman, mais c’est un prof qui va la mettre sur la voie…

Ce film, un peu comme « Grave » se porte davantage sur la nature de ses personnages que sur le concept de genre. Et comme dans « Grave », c’est très bien fait. Le thème du harcèlement scolaire est abordé de manière frontale, c’est classique mais efficace. L’émotion est au rendez-vous, c’est à mes yeux, le plus réussi des courts-métrages de cette année.

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Popsy de Julien Homsy

Un crétin endetté accepte de bosser un pour type louche afin de rembourser ses créanciers. Il doit enlever une gamine. Et il en trouve une, justement. Elle attend « Popsy »… mais elle ne trouvera que ce gros crétin…

Adapter une nouvelle de Stephen King n’est certainement pas facile. Force est de constater que ce film est un poil raté. C’est dur à dire, car tout le développement est au cordeau. La tension s’installe dès la rencontre avec la gamine. Les agissement de cet enfoiré sont stressants au possible. Jusque-là, tout va bien. Puis, le dénouement arrive et ne tient pas ses promesses, c’est d’autant plus dommageable que dans un format court, c’est souvent la fin que l’on retient.

note-21

Vardoger de Ludovic de Gaillande

Un photographe un peu sur le retour propose des clichés à un journal, très enthousiasmé par son « trash élégant »… le film nous raconte alors comment il en est arrivé à les produire.

Le film est très maîtrisé pour l’utilisation des décors, des atmosphères. Le scénario est très bon, pas grand chose à reprocher au final.

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