Le fils de Saul de Lazlo Nemes (2015) par Marc Shift

Saul est dans l’antichambre de la mort, qu’il rejoindra bientôt. Il ne vit plus vraiment, agit mécaniquement comme par réflexe. Il fait parti d’un des sonderkommando, du camp d’extermination d’Auschwitz. Ce qui lui reste de vie bascule le jour, où, dans un tas de cadavre il trouve celui de son fils…

Des cannes pour les aveugles…

Et des aveugles y en a un paquet, en commençant par le jury du festival de Cannes et certaines revus (des pro il parait…). Ce film a reçu le « Grand prix du jury » nom pompeux pour désigner le second de la sélection officiel. Non pas que le film primé cette année soit mauvais (Dheepan de Jacques Audiard), mais franchement le fils de Saul est à des années lumières…

Et ce n’est pas non plus une « obligation » morale qui me fait dire que le fils de Saul doit être un chef d’oeuvre pour la seule est unique raison qu’il traite de la Shoah. Car mine de rien, avec son premier long métrage, Lazlo Nemes réussi là où Stanley Kubrick (pas le premier venu…) a échoué. Quel est le rapport allez vous me dire ? Kubrick voulait faire un film sur la shoah, projet qu’il n’a jamais réussis à faire aboutir, car effectivement comment mettre en image l’horreur absolue que représente l’anéantissement d’être humain ?

Spielberg y a répondu, d’une certaine manière, avec la liste de Schindler lors de la séquence du passage dans un camp d’extermination. Moment anxiogène, peur palpable, plan dans des douches (des vraies…), plan sur des cheminées…Mais comment faire un film entier, sur un camp, sans être voyeuriste, complaisant (que ce soit ou non l’intention), faire un film humain sur ce qu’il y a de plus inhumain.

Lazlo Nemes a trouvé une réponse là où Kubrick (et un tas d’autres…) n’en a pas eu. Il a réussis à filmer le chaos, l’horreur, ces hommes qui sont au coeur de l’enfer : les sonderkommandos. Ce sont ceux qui acheminent les déportés vers les chambres, les fonds se déshabiller, font les poches pendant la phase de gazage, pour finir par sortir les cadavres et les charrier vers les fours crématoires.

Et le film commence là. Dans le bruit, la peur, ceux qui savent mais qui y vont quand même, dans une sorte de mouvement implacable où le mot humain n’a pas sa place. C’est là que Lazlo Nemes, dès ces premières minutes, montre que son choix est le bon : il film Géza Röhrig (Saul) au plus près, il en remplis le cadre, le reste est flou, des visions fugaces. Ce que Saul le voit, le spectateur ne le voit pas (ou si peu…). Mais on le comprend, on l’imagine, on le devine.

Et ça fonctionne, surtout que ce postulat est respecté jusqu’à la fin du film, même si la caméra s’écarte de Saul en quelques occasions, c’est à bon escient. Ce film répond même à des questions aux quelles je n’avais jamais pensé (que faire des cendres…).

Et surtout le film amène une étincelle d’humanité là où elle a été annihilé. L’histoire de Saul est elle crédible ? Les actes de résistance et de sabotage réalisés par les hommes des sonderkommando sont sans doutes plus nombreux que les récits qui ont survécu (l’un des plus connu reste le sabotage d’un des fours d’ Auschwitz, sabotage qui a ralenti la machine de mort pendant près d’un an…). Cette question est elle si importante ? A mon sens non.

Dire que ce film est totalement indispensable, et qu’il aurait mérité bien plus, est une évidence…

Indiscutable…

Le fils de Saul *-Saul Fia*- de Lazlo Nemes (2015, Hongrie) avec Géza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn….durée 1h47

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