Alexandre Nevski de Serguei Eisenstein et Dmitri Vassiliev (1938) par Marc Shift

Le peuple russe est encerclé par des ennemis impitoyables, à l’est les fourbes tatars et mongols, à l’ouest par les sanguinaires chevaliers teutoniques convertissant à la religion catholique par le massacre. Le prince Alexandre Nevski fera le choix de s’attaquer aux guerriers teutons pour les empêcher d’arriver sur la terre sacrée de la Russie.

Quand l’histoire tombe à pique….

Film éminemment à la solde de la propagande soviétique, commandé par Staline, avec un Samuel Eisenstein sous la très haute surveillance du parti. Rien que l’acteur principal, l’acteur préféré de Staline et donc imposé, Nikolaï Tcherkassov, est un membre du parti, comme de toutes façons la quasi totalité de l’équipe, Eisenstein compris (mais personne n’avait vraiment le choix…).

Mais Staline s’est toujours plus ou moins méfié de l’intellectualisme d’ Eisenstein, lui ayant par ailleurs interdit le montage intellectuel (notion on ne peut plus vague) et le typage (idem). Si évidemment le film rempli très largement son cahier des charges « patriotiques », il n’est rets pas moins que le film est surprenant à bien des égards.

Alexandre Nevski est une figure mythique de l’histoire russe, ayant successivement vaincu les suédois, puis les chevaliers teutoniques sur les berges de la Néra tout en faisant la trêve avec les mongols. Même pas besoin d’en rajouter, avec une bonne dose d’héroïsme, de patriotisme et de personnages très stéréotypés (le chef héroïque, le lâche, le fourbe, le traître, le brave…), la situation colle tellement au contexte de la fin des années 30’ que s’en est trop beau.

Car pour Staline, pas de doutes, l’ennemi viendra de l’ouest et il est allemand (attention, les nazis n’ont pas encore envahis la Pologne).

Alors le film ne lésine pas sur le côté caricatural, ce qui pourrait faire sourire s’il n’y avait pas un côté prophétique (séquence très sombre lors de l’entré des chevaliers teutons dans une cité). Le héros est grand (1m98), fier, invincible, charismatique correspondant en tous points au héros mythique….allemand. Le stéréotype du héros nordique en somme.

Le film d’ailleurs pourrait être entièrement caricatural s’il n’y avait pas la musique de Prokofiev et la réalisation d’Eisenstein. La musique est très régulièrement un contrepoint comique à des scènes plutôt emprunte de lyrisme héroïque donnant à l’ensemble du film une tonalité assez particulière, comme si il ne fallait pas le prendre tant au sérieux que ça…

Et la réalisation est, comme à chaque fois que je découvre un film d’Eisenstein, époustouflante de modernité, avec un montage d’une précision plus que chirurgicale, des cadrages certes à la limite de la caricatures mais avec une telle maîtrise qu’on ne peut qu’être admiratif…et puis comment résister à un film dont le dernier tiers n’est qu’une continuelle bataille s’achevant par une scène totalement mythique sur la glace du lac Peïpous ?

Alors oui, c’est un film de propagande, parfois caricatural dans son propos, assez daté au niveau du jeu des acteurs, mais à bien y réfléchir il reste très proche de certain film moderne (jusque dans le propos…) et il serait dommage de passer à côté d’un tel film, ayant fait date dans l’histoire…

Difficile à noter en raison du versant propagande…

Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein et Dmitri Vassiliev (1938, URSS) musique Sergueï Prokofiev, acteur Nikolaï Tcherkassov…. Durée 1h52

Le film est dispo en entier, mais c’est à vous de chercher….

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