Gérard Kikoïne est sur la pellicule brûle pour la sortie du Kikobook!!

Le 12 février est lancé le Kikobook, et qu’est ce que c’est me direz vous? Et bien c’est un livre concocté par le réalisateur Gérard Kikoïne, qui retrace sa carrière dans le monde du porno qui s’étale de 1974 à 1982, à savoir l’âge d’or de ce cinéma si particulier (après la libération sexuelle de 68 et avant l’explosion du SIDA…).

Gérard Kikoïne
Gérard Kikoïne

Pourquoi défendre ce livre? Sur ce blog on parle de cinéma, et les films de Gérard Kikoïne, justement, mérite le titre de film. Et pompeusement dans notre société, je pense, qu’il devient important face à une société liberticide (d’ailleurs sur la plateforme WordPress je n’ai pas le droit de publier des photos avec des sexes, encore moins quand ils s’emboitent, mais des trucs violents je peux…) de défendre même la pornographie (sans occulter ses dérives…).

Mais trêves de digressions, place à M. Kikoïne, pape du porno chic (surnom qui lui a été attribué et qui le fait sourire) et à son livre:

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-Bonjour M. Kikoïne, pour commencer y a t il une raison à la sortie du Kikobook maintenant?

*Oui et non, c’est un mélange d’envie et d’opportunité. Depuis un moment j’avais envie de revenir sur cette parenthèse enchantée qui m’a permis aussi d’avoir une certaine renommée, et puis il y a 3 ans je croise l’un de mes assistants de l’époque qui me dit avoir pas mal de photos. Pas seulement des photos de tournage, mais de plateau, avec les équipes techniques, l’envers du décors, plus de 150 photos. Avec l’envie, et, ce matériel m’est venue la possibilité de faire découvrir l’envers du décors, vous affranchir, vous montrer à quoi ressemblait la réalisation et la production de ces films, avec une volonté de faire un KIKOBOOK haut de gamme.  D’initier mes lecteurs à l’enthousiasme et la vitalité qui régnaient dans les années 70.

Et grâce aux photos j’ai eu la possibilité de faire quelque-chose de différent, de diviser le book par thèmes pour bien comprendre le back-stage de ces films d’Amour, beaucoup de monde se pose des questions, toi aussi je suis sûr, sur la fabrication de ces films d’Amour…

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-C’est un terme que vous utilisez souvent, d’ailleurs je vous avais rencontré lors du Bloody week-end 2013, et c’est un terme que vous utilisiez volontiers, j’ai finis par comprendre que ce n’est pas ironique…

*Oh pas du tout, je dis ça pour plusieurs raisons!! D’abord nous étions une vraie équipe (en moyenne une dizaine de personnes pour le plateau), tous passionnés par le cinéma dans le sens large du texte, avec même une idée de transmission de savoir, l’importance d’avoir une bonne ambiance, de la convivialité…

-Oui, c’est l’une des raisons qui ont fait que je me suis intéressé au projet, pour votre recherche de financement (via le site Ulule) vous aviez fait des petits teasers tournant autour d’un plateau de tournage où la bonne humeur régnant avait l’air tout sauf feinte!

*Tout à fait, il y avait beaucoup d’enthousiasme, pour moi c’est très important! Déjà la bouffe était très bonne, et c’est important, après une journée de 14h, un bon gueuleton pour repartir du bon pied le lendemain est indispensable! Pas de bouffe, ça veux dire pas de film!! Sinon c’est du foutage de gueule… Une petite anecdote, certaines actrices m’ont presque supplié de les prendre, même à l’oeil, parce qu’elle savaient qu’avec mon équipe ça se passait dans de bonnes conditions!

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-Alors je n’ai pas vu tous vos films, mais j’ai révisé (notamment Bourgeoise et pute…) et je me suis renseigné, et limite ça surprend, mais ce sont des vrais films, avec des histoires et même de vrais dialogues!! C’est important pour vous?

*Oui!! J’aime le cinéma, j’ai baigné très tôt dedans, avec la boîte de mon père où j’ai fait du montage son (doublage etc…), j’ai travaillé avec quelques grands de l’époque, Joël Séria, Bertrand Tavernier, Abel Gans, Jess Franco (gros travail sur la sonorisation), ça m’a mis le pied à l’étrier… Et oui raconter une histoire c’est donc aussi très important, les actrices et acteurs avaient des textes, de vrais personnages, et ils adoraient ça!!

-Et surtout vos films sont tout sauf basiques, on sent bien le travail qu’il y a derrière…

*Ce qui est important c’est l’imagination, de tenter des trucs. Avec l’équipe on se lançait très souvent des défis… Moi je suis un admirateur de Fellini par exemple, d’Orson Welles… et toutes proportions gardées on s’embarquait à faire des plans à la Citizen Kane!!! Je veux dire par là que je développais une vrai stratégie visuelle, je découpe mes plans, j’avais envie de surprendre le spectateur, et ça a marché, au total avec mes films d’amour j’ai fais plus de 4 millions d’entrées!!

Pour revenir au scénario ça pouvait aller loin, par exemple pour Parties fines (l’un des premiers) je joue sur le côté miroir, sur ce qui est subi/voulu ainsi que sur le manque et l’ennui, sur Bourgeoise et Pute le côté héroïne et très important, ça tourne sur une enquête et une histoire de vengeance, pour 2 soeurs lubriques dans une certaine mesure je joue sur la schizophrénie etc…

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-Je suis tout à fais d’accord, en fait vos films fonctionnent aussi sans les scènes porno…même si elles sont très bien ;-). Mais vous avez arrêté cette carrière au moment de l’émergence de la vidéo…

*Merci de le dire pour mes films… Et oui la vidéo, ça m’a fait chier… Je ne voulais pas faire partie de ce mouvement, je tournais en 35mm, je faisais aussi, grâce aussi à l’investissement de mes techniciens, un gros travail sur la lumière et je ne voulais pas passer à une qualité inférieure, avec des délais encore plus resserrés…Mes tournages prenaient en moyenne une grosse semaine (en gros le double de la norme de ce type de production), avec des actrices/eurs payés au forfait (à la journée), et non pas à l’acte comme c’est devenu la norme…

Par exemple avant il était difficile de trouver une actrice qui acceptait de faire l’entrée des artistes (la petite porte donc 😉 ), maintenant c’est devenu une sorte de norme parce que ça rapporte plus, à cause du paiement à l’acte et donc c’est l’escalade… Et puis l’hygiénisme…Une anecdote: sur l’un de mes tournages une actrice se pointe avec le ticket de métro, et là avec les techniciens on est juste catastrophé, on se dit que c’est pas possible de filmer ça!!

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-Je le déplore aussi…

*Tu as raison!! Moi c’est mon côté rousseauiste!! C’est aussi ça qui développe l’imagination, avec aussi les contraintes économiques… On part sur des idées de travestissement, du fantasme, toujours l’envie de surprendre, avec aussi les objets du délit qui deviennent des objets de plaisirs, les femmes avaient le vagin vengeur dans mes films!! J’avais vraiment envie de réhabiliter la vitalité du plaisir dans ce type de ciné, cette substance vitale qu’est le plaisir… C’est pour ça aussi que par exemple je parle de l’entrée des artistes, comme par exemple aussi se mettre « plein phare » ça met de l’humour dans la situation, on était pas dans le défonçage…J’avais du respect pour elles, ce n’est pas pour rien que j’ai gardé de très bon rapport avec Marilyn Jess (l’une des plus grandes actrices de m’époque), Brigitte Lahaie, avec Alban Ceray…

-Oui, d’ailleurs vos actrices/eurs restent (relativement hein…) habillés…

*Oui je veux qu’au minimum la scène soit crédible, s’il n’ y a pas de raisons d’être complètement à poil, et bien pas de tous à poil comme ça sans justifications!!

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-On comprend aussi, à travers vos propos, que la notion d’équipe est très importante pour vous…

*Absolument!! J’ai eu une équipe assez stable en fait, les postes étaient plus ou moins doublés, donc quand une personne n’était pas dispo pour un film je prenais l’autre. On m’amenait aussi des stagiaires, mais il fallait vite se décider (dans la 1/2 journée), même toi en fait (je vous rassure derrière la caméra, pas devant…)!! Par exemple j’ai même fait démarrer Pitof, un gars vraiment talentueux…

-Et en fait j’ai pris votre carrière par le mauvais bout, si j’ose dire, avec vos films fantastiques que j’ai découvert au Bloody week-end 2013. Le fantastique c’était une vrai envie?

*C’est assez drôle que tu me poses cette question, j’ai récemment relu une interview que j’ai donnée au début des années 80 où je parlais de cette envie… Mais bon en France, même si j’ai fait de l’institutionnel (tournage pour la FDJ de l’époque, de pubs pour des collectifs etc…) j’étais quand même grillé. Et puis une opportunité de tournage avec Oliver Reed, du temps et un plateau technique conséquent, difficile d’y résister!! Surtout que dans mon package j’y allais avec mon chef op’  Gérard Loubeau et mon assistant  Do Combes!!

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-Et donc moi j’ai vu des films d’une très bonne qualité technique, mais avec en plus des castings hallucinants!! Robert Vaughn, John Carradine et Donald Pleasance d’un côté et Anthony Perkins de l’autre!!

*Oui, c’était vraiment extraordinaire, car en plus ça c’est vraiment bien passé!! Par exemple sur Dragonard avec Reed…pour bien comprendre il faut savoir que je ne travaille pas à l’américaine, où la scène est filmée en plan serré, puis la même en plan large et parfois encore la même pour d’autre plan. Moi j’ai déjà mon plan dans la tête, je ne lasse pas l’acteur à refaire une vingtaine de fois la même prise, surtout que majoritairement au delà de 5 prises ça ne donne plus grand chose… Donc Avec Oliver Reed j’ai un long travelling à faire, avec un dialogue en continue. Il marche sur un plancher, mais ça craque, et ça fout en l’air la scène. La lumière décline, et pas le temps de palier au problème. Et là Reed me fait un clin d’oeil, pour refaire une prise. Et au moment où le plancher  va craquer, il arrête de parler, continue et reprend son texte, il avait repéré la lame fautive, et du coup la prise était réussie!! Et ça n’a l’air de rien mais quand un acteur fait ça c’est qu’il a confiance en toi!!

Après à part pour Robert Vaughn, au caractère assez renfermé ce fut vraiment de belles rencontres…

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-Oui on sent que Vaughn en plus renfermé, ça se sent un peu dans son jeu. Par contre Donald Pleasance à l’air de s’être vraiment amusé dans Buried Alive!! Et Perkins dans Edge of sanity est aussi très bon!!

*Donald Pleasance était vraiment une personne extraordinaire, très drôle, j’ai passé de très bon moment sur ce film…Et Perkins…il m’appelais « my dad »… C’était vraiment une personne adorable, j’avais réussi sur Edge of sanity à apporter ma touche au scénario, pour les costumes, les décors…je voulais que ça ai un côté moderne, ça reste de très bons moments pour moi…

Merci à M. Kikoïne pour sa bonne humeur (en plus d’être très drôle), pour sa disponibilité et sa patience (l’entretien téléphonique fut entaché de petits problèmes techniques).

Je remercie la maison Editions de l’oeil ainsi que Mlle Sophie pour les photos….et ses corrections!!

Le Kikobook est disponible depuis le 12 février, au prix de 69€ (368 pages au format 20X27).

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4 commentaires

  1. J’ai rencontré Gérard K. avec Marc au Bloody. On a bien rigolé lorsque Marc a pris son courage à 3 mains pour lui demander une interview. Ce dernier lui a alors demandé s’il avait déjà regardé un de ses films d’amour. La réponse fut négative. M. Kikoine rit aux éclats et l’envoit balader. Un grand moment.

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